47 Lettres

Lettre 4794 de François-Louis Pesmes de Saint-Saphorin à Jean-Alphonse Turrettini

Saint-Saphorin 30.08.1735

Mr le Ministre Lullin ayant

De Pesmes envoie à JA la copie d'une lettre qu'il a écrite au professeur Necker sur une solution possible des affaires de la République. C'est le pasteur [Ami] Lullin qui a estimé que cette lettre pouvait être utile à JA, en tant que doyen de la Vénérable Compagnie, mais Necker n'a pas voulu la lui transmettre, comme de Pesmes l'en avait prié, parce que le syndic [Jean-Louis] Chouet avait interdit, sur ordre des syndics [Barthélemy Gallatin, Pierre Lect, Jean-Marc De La Rive] qu'elle fût rendue...

+ 6 pages

page 1

ms_cramer_53_4_12_p039_ug59165_turrettini_file.jpg

page 2


ms_cramer_53_4_12_p040_ug59166_turrettini_file.jpg

page 3

ms_cramer_53_4_12_p041_ug59167_turrettini_file.jpg

page 4


ms_cramer_53_4_12_p042_ug59168_turrettini_file.jpg

page 5

ms_cramer_53_4_12_p043_ug59169_turrettini_file.jpg

page 6


ms_cramer_53_4_12_p044_ug59170_turrettini_file.jpg

page 7

ms_cramer_53_4_12_p045_ug59171_turrettini_file.jpg

page 8


ms_cramer_53_4_12_p046_ug59172_turrettini_file.jpg

Saint-Saphorin 30.08.1735


Copie. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms Cramer 53/IV. cahier 12 (f.39-46)


Mr le Ministre Lullin ayant


De Pesmes envoie à JA la copie d'une lettre qu'il a écrite au professeur Necker sur une solution possible des affaires de la République. C'est le pasteur [Ami] Lullin qui a estimé que cette lettre pouvait être utile à JA, en tant que doyen de la Vénérable Compagnie, mais Necker n'a pas voulu la lui transmettre, comme de Pesmes l'en avait prié, parce que le syndic [Jean-Louis] Chouet avait interdit, sur ordre des syndics [Barthélemy Gallatin, Pierre Lect, Jean-Marc De La Rive] qu'elle fût rendue publique. Or de Pesmes ne se soucie que du bien de la République et n'a rien à faire de ce qui peut être désagréable à tel ou tel individu. Si on avait suivi ses conseils, la République aurait maintenant la paix! Il a toujours pensé que la Vénérable Compagnie ne démentirait pas en cette occasion le zèle dont elle a toujours fait preuve pour le bien de la patrie aussi. Il la sollicite donc de s'unir pour faire face aux dangers qui guettent Genève. Il sait que les divers membres de la Compagnie se sont séparés sur la question des droits du Magistrat et des droits du peuple, ce qui a empêché au début l'union du corps lui-même. Il estime néanmoins que maintenant il s'agit d'assurer la bourgeoisie que jamais le Magistrat ne pourra ni ne voudra renverser ce qu'il a accordé et faire en sorte qu'aucun individu, qu'il s'agisse des magistrats, de la bourgeoisie, ou même des natifs et des habitants, ne soit inquiété sur ce qui s'est passé. Il faut aussi que les magistrats puissent retrouver l'autorité nécessaire pour exercer leurs fonctions, sans être tout le temps sous la menace d'assemblées tumultueuses qui les obligent à prendre des décisions contre leur conscience. Il estime que les persécutions en matière de religion comme celles des païens à l'égard des chrétiens ou celles des catholiques à l'égard des réformés, n'ont pas plus exigé contre le devoir d'un chrétien que ce qu'on exige des membres du Conseil en leur qualité de juges, comme le prouvent les trois sentences différentes données contre [Jacob] de Chapeaurouge. Il craint qu'on ne prépare des choses encore pires contre le Mémoire de Jean Trembley. Adressé aux Cantons de Berne et de Zurich, il échappe à la juridiction de Genève d'où la bourgeoisie l'a de surcroît fait bannir contre toutes les lois. Tout ce que la bourgeoisie ou le Conseil peuvent faire contre le Mémoire est d'en interdire le débit à Genève ou, s'ils estiment qu'il y a des choses qui ne sont pas conformes à la vérité, d'en faire une action devant ceux qui sont autorisés à le juger. Il dit tout cela moins par estime et compassion envers le syndic Trembley que par égard pour les alliés, en particulier le Canton de Berne, qui ont été souvent dans le passé l'objet de certains procédés de la part de la bourgeoisie genevoise. Il ne voudrait pas que celle-ci fasse à cet égard un nouvel écart qui pourrait être fatal à la République qui a tellement besoin de ces alliés. Il compte beaucoup sur la Vénérable Compagnie pour ramener le calme dans la ville, même si les mouvements convulsifs auxquels celle-ci s'est livrée, entre autres dans la journée du 6 décembre, lui font craindre le pire. Il pense que le plan qu'il avait envisagé devrait être approuvé par la bourgeoisie qui y trouverait sa sûreté et sa tranquillité. Les agitateurs devraient savoir qu'ils se trompent s'ils pensent pouvoir entretenir longtemps encore la bourgeoisie dans des principes aussi contraires à son vrai bien. Tôt ou tard elle ouvrira les yeux et se retournera contre ceux qui l'ont entraînée dans des démarches contraires à la justice et au bien de l'État. Mais il faut aussi craindre que certains essaient de profiter de la partie de la bourgeoisie qui est encore sous le charme: il ne faut pas oublier que Genève est une ville convoitée par ses puissants voisins catholiques et qu'elle n'a que les deux Cantons de Zurich et de Berne pour la protéger. Qu'on se rappelle l'exemple de Strasbourg. Elle doit avoir une entière confiance dans ses alliés, auxquels elle doit sa liberté et sa religion. En effet les meneurs ont tout fait pour ébranler cette confiance. Il est incompréhensible que la bourgeoisie ait pu se laisser séduire à ce point, d'autant plus que les députés [Hans Kaspar Escher II, Johannes III Escher, Abraham Sinner et Luternau] ont bien montré qu'ils avaient un égal intérêt pour les droits de la bourgeoisie et pour l'autorité légitime des Conseils. Pourquoi a-t-elle craint une nouvelle députation des alliés? Quelles armes auraient pu avoir les alliés sinon l'exhortation et la persuasion? Si la bourgeoisie n'avait pas agréée leurs propositions, elle aurait toujours pu les rejeter. On peut comprendre par contre que les agitateurs n'aient pas voulu d'une nouvelle députation qui aurait cherché à approfondir les choses. Mais les intérêts de ces quelques personnes et ceux de la bourgeoisie sont bien différents: les premiers ne visent qu'à jeter de la poussière aux yeux des citoyens alors que l'intérêt de ceux-ci consiste à connaître ce qui est juste et ce qui leur convient véritablement. Il est convaincu que la Compagnie des pasteurs contribuerait énormément à rétablir la paix si elle arrivait à convaincre la bourgeoisie d'accepter une médiation. Toute la lettre de de Pesmes à Necker roulait sur la médiation. Il se demande si les bourgeois se rendent compte que leur conduite les rend odieux aux yeux des autres États protestants et méprisables aux yeux des catholiques. Il sait que, à la Cour du roi son maître [George II], on considère les discours de ces gens-là comme des délires. Il prie Dieu de toutes ses forces pour Genève. Il termine en mettant en garde une nouvelle fois contre des mesures qui pourraient être prises à l'encontre du Mémoire de Trembley et en soulignant que le vice-bourgmestre [Hans Kaspar II] Escher approuve entièrement le plan qu'il a exposé dans la lettre à Necker.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Saint-Saphorin

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

+ 6 pages

page 1

ms_cramer_53_4_12_p039_ug59165_turrettini_file.jpg

page 2


ms_cramer_53_4_12_p040_ug59166_turrettini_file.jpg

page 3

ms_cramer_53_4_12_p041_ug59167_turrettini_file.jpg

page 4


ms_cramer_53_4_12_p042_ug59168_turrettini_file.jpg

page 5

ms_cramer_53_4_12_p043_ug59169_turrettini_file.jpg

page 6


ms_cramer_53_4_12_p044_ug59170_turrettini_file.jpg

page 7

ms_cramer_53_4_12_p045_ug59171_turrettini_file.jpg

page 8


ms_cramer_53_4_12_p046_ug59172_turrettini_file.jpg