47 Lettres

Lettre 4781 de Jean-Alphonse Turrettini à Hans Kaspar II Escher

[Genève] 26.07.1735

J'ai vû par votre

La lettre d'Escher du 13 juillet a appris à JA ce qui s'était passé à la Diète de Baden au sujet de la subvention demandée pour les Vaudois; dès qu'il a reçu cet avis, il a écrit à Berne et, à l'heure qu'il est, l'affaire devrait être exécutée de ce côté-là; quand Zurich en fera de même cet acte de charité se trouvera accompli. Ceux qui disent qu'on est actuellement tranquille à Genève parce que la bourgeoisie ne semble plus rien prétendre prennent leurs désirs pour des réalités car il règne au...

[Genève] 26.07.1735


Lettre autographe. Inédite. (F)
Zentralbibliothek (Zürich), FA v.Wyss III.102 (22)


J'ai vû par votre


La lettre d'Escher du 13 juillet a appris à JA ce qui s'était passé à la Diète de Baden au sujet de la subvention demandée pour les Vaudois; dès qu'il a reçu cet avis, il a écrit à Berne et, à l'heure qu'il est, l'affaire devrait être exécutée de ce côté-là; quand Zurich en fera de même cet acte de charité se trouvera accompli. Ceux qui disent qu'on est actuellement tranquille à Genève parce que la bourgeoisie ne semble plus rien prétendre prennent leurs désirs pour des réalités car il règne au contraire une grande agitation. La fermentation naît de la demande qu'on avait faite depuis quelques mois au sujet des Règlements sur la garnison et les charges de syndic de la garde et de général d'artillerie. On est parvenu à des documents qui ne sont pas trop mal en soi mais, outre les équivoques qu'on y trouve, c'est la manière par laquelle on y est arrivé qui est fort triste. En effet, c'est le Conseil général qui a tout fait et il a fallu y aquiescer sans pouvoir y changer une syllabe. On avait imprimé les résolutions du Petit Conseil et de celui des Deux-Cents; sous prétexte que certaines choses avaient déplu à la bourgeoisie (ou, mieux, à ses chefs), il fallut intégrer sur le champ les modifications demandées, sous menace d'un nouveau soulèvement. Le deux juillet, anniversaire de ce qu'ils appellent la découverte du tamponnement, il y a eu des réjouissances indécentes pendant toute la nuit, avec des chansons infâmes contre le gouvernement; il a fallu tout supporter, sans oser faire la moindre plainte. Chaque jour, il se passe quelque chose de désagréable et maintenant c'est le tour de [Jacob] de Chapeaurouge de faire les frais d'une telle situation. Ce magistrat vertueux n'envisage pas de revenir à la vie publique mais, sans rien demander, a voulu clamer son innocence sur les faits dont on le charge. Il a donc présenté au Conseil une requête très respectueuse en demandant qu'elle soit lue en Deux-Cents et attachée au Registre. Aussitot déposée, la requête suscita une vive émotion, de sorte qu'elle fut rejetée par le Conseil, avec interdiction à de Chapeaurouge ou à d'autres de la répandre, car contraire à l'Édit de pacification du 20 décembre. Les chefs de la bourgeoisie, non contents de ce jugement, en ont obtenu un durcissement: la requête a été définie comme blâmable et son auteur sera obligé de comparaître en Conseil, sous l'accusation d'avoir envoyé sa demande à l'étranger. Il ne fait pas de commentaire, en laissant son correspondant juger de la situation. Il y a quinze jours, on a décidé une députation en Suisse mais les députés n'ont pas encore été nommés. Jamais la conjoncture extérieure n'a été aussi dangereuse qu'actuellement et si on ne retrouve pas la paix à l'intérieur, on risque de succomber. Le jubilé se passera de façon bien triste; on a affaire à des gens qui ont confondu la liberté avec la licence. L'expéditeur a écrit à cœur ouvert et compte sur la discrétion de son correspondant. Il ne signera pas la lettre.

Adresse

[Zurich]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Zurich

Conservation

Zurich


Cités dans la lettre