38 Lettres

Lettre 4725 de Jean-Alphonse Turrettini à Hans Kaspar II Escher

[Genève] 06.01.1735

Je suis infiniment

JA remercie Escher des vœux que celui-ci lui a adressés pour la nouvelle année et en fait de même. Il s'étonne que certains parmi les meilleurs négociants genevois aient pu envoyer des lettres à Zurich dans lesquelles ils relatent les tristes événements de Genève d'une façon différente de la sienne; il n'a raconté aucun fait qui ne soit très vrai et de notoriété publique; pour ce qui est des réflexions qu'il y a ajoutées, elles semblent être partagées par Escher. Il a communiqué la lettre de ce...

[Genève] 06.01.1735


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Zentralbibliothek (Zürich), FA v.Wyss III.102 (15)


Je suis infiniment


JA remercie Escher des vœux que celui-ci lui a adressés pour la nouvelle année et en fait de même. Il s'étonne que certains parmi les meilleurs négociants genevois aient pu envoyer des lettres à Zurich dans lesquelles ils relatent les tristes événements de Genève d'une façon différente de la sienne; il n'a raconté aucun fait qui ne soit très vrai et de notoriété publique; pour ce qui est des réflexions qu'il y a ajoutées, elles semblent être partagées par Escher. Il a communiqué la lettre de ce dernier à l'ancien syndic [David] Sartoris en raison de l'estime que le Zurichois a fait paraître à l'égard de celui-ci; cela a donné l'occasion à ce magistrat de mettre sur le papier ce qu'il pense des affaires genevoises; Escher trouvera ci-joint l'original autographe. Il y trouvera une peinture naïve de l'affreuse journée du 6 décembre, au cours de laquelle Sartoris exerça la présidence (et se montra à la tête des plus fermes) de 8 heures du matin à huit heures du soir. À ce que dit Sartoris, il faut ajouter deux remarques qui ont pesé lourd sur la plupart des juges : 1) que la vie des trois magistrats [Philippe De Carro, Charles Lullin et Marc-Conrad Trembley] était menacée, au cas où les Conseils n'auraient pas accordé leur démission 2) qu'on regardait tout ce qui se faisait sous la menace de la violence comme invalide ipso facto. Escher est étonné qu'on ait trouvé des substituts pour les postes devenus vacants; cela ne serait pas arrivé dans la république de Platon mais on vit dans la république de Romulus. Du reste, les personnes qui ont accepté attendaient depuis longtemps une charge politique et ont saisi l'occasion. S'ils avaient refusé, d'autres se seraient présentés, et d'un très mauvais caractère. Par ailleurs, il faut dire que ce qui a coupé bras et jambes aux Conseils, en leur ôtant tout moyen d'échapper, c'est... [Le Fort (?)] ; de sorte qu'au revers de la M...[édaille (?)] il fallait mettre "finis coronat opus, 6 décembre 1734". Si JA racontait à Escher tous les mensonges, les calomnies et les violences qui se sont commis, son correspondant aurait moins d'estime pour des personnes dont les uns ont été les auteurs du brigandage et les autres ont eu la faiblesse de s'y prêter. Quoi qu'on ait lu dans la commission (à laquelle JA a participé avec trois collègues [Jean-Antoine Fatio, Antoine I Maurice et Jacques Bessonnet]) les belles lettres de LL.E E. de Berne et de Zurich et qu'on en ait distribué des copies aux chefs pour qu'on les lise dans les Compagnies, elles ne furent point lues à l'exception d'une certaine copie, vraie ou fausse, propre à échauffer les esprits. Un bon nombre de ceux qui montèrent à la Maison de la Ville ne savaient même pas ce qu'ils allaient demander; quand certains voulurent s'y opposer, on ne daigna pas les écouter; une partie se retira mais l'autre céda à la violence. Il y aurait cent choses à ajouter comme le mensonge qu'ils ont fait imprimer dans leur "Déclaration" [voir Du Pan] à propos du fait qu'ils auraient pris les armes à cause seulement de quelques mouvements de la garnison, ce qui est complètement faux. Quant aux remèdes, il faut en ajouter un à ceux énumérés par Sartoris, c'est-à-dire que conformément aux Édits et au Serment des Bourgeois, toute assemblée des Compagnies bourgeoises et tout attroupement sont interdits sans la permission du Conseil et sans les officiers majors; sans cela, on sera à la merci des caprices de la multitude et par conséquent dans une véritable anarchie. Si les alliés veulent vraiment soutenir la Constitution de l'État, des lettres ne suffisent pas; il faut pour cela qu'ils envoient des personnes. Il sait que les Genevois ne méritent pas cette faveur et le silence de LL.EE. à la suite de plusieurs lettres de Genève montre assez leur juste ressentiment. Mais après tout, c'est le corps malade qui a péché et qui a besoin d'être guéri. JA applaudit aux éloges qu'Escher donne à Calvin; mais il faut dire que, quelqu'excell"ente que eût été sa méthode, il y eut de terribles séditions à son époque, comme celle de 1538, quand Calvin, Farel et Corault furent indignement chassés, ou celle alimentée par Ami Perrin, qui fut un partisan de la Réforme mais devint par la suite un ennemi de Calvin et fut cause de grands désordres. Cela montre que les meilleurs pasteurs et les meilleurs sermons ne sont pas toujours efficaces. Si les jeunes ministres ont des défauts et si, en général, on est tous en dessous des réformateurs, cependant chacun fait ce qu'il peut et ce n'est pas de leur faute si le peuple s'est oublié comme il l'a fait. JA a été chargé de fonctions très délicates lors des dernières élections et il a suivi ses lumières, tant en Deux-Cents qu'en Conseil général, mais certains n'ont pas été contents et il a été menacé d'un tumulte qui n'est heureusement pas arrivé; l'élection s'est très bien passée. Les quatre anciens ont été élus, à savoir [Barthélemy] Gallatin, [Jean-Louis] Chouet, [Pierre] Lect et [Jean-Marc] De La Rive; il a manqué quelques centaines de voix au premier mais il a eu néanmoins une supériorité de plus de 200 suffrages. À cause de toutes ces malheureuses affaires, JA a tardé à publier son Sermon [1734] ; maintenant qu'il est imprimé, il en offre deux exemplaires à son correspondant, l'un pour lui et l'autre pour la veuve [Anna] de son collègue [Johannes III Escher]. Il en enverra d'autres par le prochain ordinaire.

Adresse

[Zurich]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Zurich

Conservation

Zurich


Cités dans la lettre