5 Lettres

Lettre 4378 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Ütrecht/La Haye 21 et 24.07.1732

Il y a huit jours que

Marc Turrettini a √©crit √† sa m√®re il y a huit jours pour lui apprendre leur retour de Leyde √† Amsterdam. C'est maintenant Vernet qui √©crit √† JA pour lui signifier leur arriv√©e √† Utrecht. Ils ont √©t√© accompagn√©s par [Jean I] Barbeyrac et sa femme [H√©l√®ne]. Ils ont travers√© de belles campagnes et ont couch√© chez l'un des amis de [Gabriel et Charlotte] de Normandie, qui √©taient aussi de la partie. Tout ce beau monde les a accompagn√©s √† Utrecht, et, apr√®s le d√ģner que Vernet et Turrettini leur ont o...

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Lettre 4378 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Ütrecht/La Haye 21 et 24.07.1732


Lettre autographe, signée, adressée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.V.1/II

Extraits dans Budé, Lettres, III, p.384-387. Omissions. Datée seulement du 21.07.1732. Budé, Vie de Vernet, p.50-51.


Il y a huit jours que


Marc Turrettini a √©crit √† sa m√®re il y a huit jours pour lui apprendre leur retour de Leyde √† Amsterdam. C'est maintenant Vernet qui √©crit √† JA pour lui signifier leur arriv√©e √† Utrecht. Ils ont √©t√© accompagn√©s par [Jean I] Barbeyrac et sa femme [H√©l√®ne]. Ils ont travers√© de belles campagnes et ont couch√© chez l'un des amis de [Gabriel et Charlotte] de Normandie, qui √©taient aussi de la partie. Tout ce beau monde les a accompagn√©s √† Utrecht, et, apr√®s le d√ģner que Vernet et Turrettini leur ont offert, est retourn√© √† Amsterdam. La kermesse a fourni √† Marc Turrettini l'occasion d'offrir √† Madame Barbeyrac un pr√©sent qu'il avait achet√© √† Amsterdam. Il s'agit d'un √©tui avec des ornements d'argent qui a co√Ľt√© 25 florins. Ils avaient d√©j√† eu cette id√©e avant que JA ne l'exprime. Le temps n'a malheureusement pas √©t√© favorable, √† cause du vent, trop fort. Ils ont vu √† Leyde plusieurs personnes que Marc Turrettini a d√Ľ mentionner dans sa lettre, notamment les professeurs [Franciscus] Fabricius, Wesselius et Schultens, qui les ont tr√®s bien re√ßus. Le premier leur a donn√© une harangue et leur a rendu leur visite le jour m√™me en d√©pit de son √Ęge. Vernet a appris de lui que [Johann Jakob I] Hottinger de Zurich lui avait √©crit pour se plaindre de ce qui se passe √† B√Ęle au sujet de [Johann Jakob] Wettstein. Il est donc certain que ce sont les th√©ologiens de Hollande qui, avertis par leurs coll√®gues de Suisse, ont excit√© le Magistrat d'Amsterdam √† notifier √† l'√Čglise arminienne, qui avait choisi Wettstein, que celui-ci ne lui √©tait pas agr√©able et qu'il fallait en choisir un autre. Et voil√† comment Wettstein a perdu cette place. Un Anglais s'appr√™te √† r√©futer ses prol√©gom√®nes dans un ouvrage latin dont Vernet a vu le prospectus. Le professeur [Johannes] Marck est mort depuis cinq mois et sa place n'a toujours pas √©t√© remplie. On l'a offerte √† [Johann Christian] Kirchmeyer qui l'a refus√©e. Les cocc√©iens gagnent de plus en plus de terrain, en d√©pit de ceux qui ne les √©pargnent pas, m√™me en chaire. Le bon go√Ľt n'est pas √©teint et les livres anglais font du bien, mais les d√©m√™l√©s qui ont divis√© l'√Čglise fran√ßaise ont √©t√© tr√®s nuisibles. En effet, par crainte de donner la moindre prise, les gens collent √† l'orthodoxie la plus rigide et essayent de se faire valoir de ce c√īt√©-l√† pour se couvrir d'ailleurs. Avec l'exp√©rience, Vernet constate que tant de formulaires ne sont souvent que des intruments d'oppression mani√©s par les moins scrupuleux au d√©triment de ceux qui ont le plus de droiture. On n'a pris encore aucun parti concernant les collectes pour les Vaudois. Il y en a eu deux, la premi√®re faite par quatre √Čglises wallonnes ‚Ästqui a donn√© 25'000 florins¬†‚Äď la seconde, g√©n√©rale, qui est immense. Le synode wallon doit disposer de la premi√®re. Mais les choses se font tr√®s lentement √† cause des divisions qui r√®gnent et du changement trop fr√©quent des commissaires. [Th√©odore-Fran√ßois] Huet, de Loches et [d√©chirure] sont commis √† pr√©sent et doivent fournir un plan au synode mais l'√©loignement des lieux et des esprits retarde beaucoup l'op√©ration. Ils s'accordent pourtant √† reconna√ģtre que le meilleur emploi pour cet argent est d'en appliquer le revenu √† l'entretien des √Čglises et des √©coles sans en ali√©ner le fond. Quant √† la collecte g√©n√©rale, elle est √† la disposition des √Čtats-G√©n√©raux, auxquels on a pr√©sent√© diff√©rents projets pour attirer les Vaudois r√©fugi√©s dans des r√©gions peu peupl√©es. Mais on trouve des difficult√©s √† tous ces projets et Consul lui-m√™me, qui passait par ici et a pr√©sent√© ses m√©moires, n'a pas trouv√© ces projets convenables. Certaines personnes ont parl√© de la division qui r√®gne parmi les ministres des Vall√©es et des plaintes qui s'√©taient √©lev√©es de part et d'autre. Vernet a eu soin de ne parler de cela qu'avec r√©serve et d'un air indiff√©rent mais quand il a pu s'ouvrir √† certaines personnes, il n'a pas manqu√© de dire que tout cela ne devrait pas porter pr√©judice aux Appia [Cyprien et Paul I], qui comptent, surtout l'a√ģn√© [Cyp"rien], parmi les meilleurs pasteurs et auxquels tout le troupeau rend t√©moignage. Il a ajout√© que les vieilles jalousies se sont r√©veill√©es √† cette occasion et qu'il est possible que certaines attitudes aient pr√™t√© le flanc √† des critiques. La personne dont ils se plaignent [Michel L√©ger (?)] est un homme vif qui peut, par ses attitudes, avoir indispos√© des gens mais, au fond, on ne l'accuse que de partialit√© et, pour pouvoir v√©rifier ces accusations, il faut √™tre sur place. Cette personne n'a pas √©t√© envoy√©e l√†-bas par la Compagnie des pasteurs de Gen√®ve, mais il a pourtant rendu compte de sa gestion d'une mani√®re qui a satisfait tout le monde. Il a sugg√©r√© aussi qu'√† l'avenir, pour des commissions pareilles, on ne charge√Ęt pas un seul particulier. Il a termin√© en louant le z√®le de Messieurs de Hollande, du Magistrat et de la Compagnie de Gen√®ve, pour r√©tablir la paix dans ces √Čglises. On a dit √† Vernet que L√©ger avait eu environ 500 florins pour ses frais et que Chais l'avait bien second√© dans cette affaire. Vernet n'a pas manqu√© de dire qu'il faudrait r√©server les grandes lib√©ralit√©s pour les grands besoins alors qu'on a trop √©cout√© ceux qui ont exag√©r√© les d√©g√Ęts provoqu√©s dans les Vall√©es par les inondations. Vernet a appris avec chagrin que l'√Čglise de Mannheim demandait qu'on rappel√Ęt [Pierre] Romagnac. C'est un malheur pour la Compagnie de Gen√®ve, qu'on envoie des sujets qui lui attirent ensuite des reproches. Ils ont appris certaines choses sur lui √† Francfort; il aurait fr√©quent√© des gens peu estim√©s et de bas rang pour se goinfrer avec eux, mais sans qu'on lui ait jamais reproch√© d'exc√®s dans ce domaine. C'est un pauvre pr√©dicant qui n'a point de t√™te √† ce qu'on dit. Pourtant, sa conversation ne semble √† Vernet manquer ni d'esprit ni de jugement. [Fran√ßois-Louis] Faigaux, qui avait consult√© JA au sujet de son mariage avec sa cousine germaine [Isabelle], est actuellement √† l'√Čglise de Breda gr√Ęce √† la recommandation de l'√©v√™que de Porrentruy [Reinach-Hirzbach]. Vernet ne sait pas de quel cr√©dit jouit l'√©v√™que aupr√®s des √Čtats-G√©n√©raux dont d√©pend l'√Čglise de Breda. Il y a des ministres qui sont choqu√©s de cette situation et il se peut que des d√©marches soient entreprises pour √©carter Faigaux, sous pr√©texte qu'il a √©t√© d√©pos√© en Suisse. Il s'est acquis le cr√©dit de l'√©v√™que de Porrentruy et le discr√©dit de Messieurs de Berne par le petit cat√©chisme qu'il a publi√© sur les devoirs des sujets. Cet ouvrage a √©t√© supprim√© par LL.EE. il y a seize mois. On raconte ici une histoire terrible √† propos d'un ministre hollandais, du nom de Walck, riche et de bonne famille, qui s'est rendu suspect d'une abomination d√©natur√©e. Il a t√Ęch√© au d√©but de d√©tourner les soup√ßons, en pr√™chant par exemple violemment contre ceux qui embrassent le vice des gens parmi lesquels vivait Loth, mais √† l'occasion d'une de ses absences, on a trouv√© de tels indices de son vice qu'on l'a arr√™t√©. Emprisonn√©, il s'est √©trangl√© lui-m√™me. Son cadavre a √©t√© tra√ģn√© il y a trois jours et sa m√©moire fl√©trie comme il l'a m√©rit√©. Quand une abomination pareille touche un ministre, c'est un scandale encore plus grand. Un homme ordinaire, qui commet un tel p√©ch√©, est un sc√©l√©rat; mais un ministre qui agit ainsi, c'est un monstre. Il avait √©t√© d√©pos√© par le synode il y a plusieurs mois. Beaucoup de monde, en provenance essentiellement du Palatinat, passe par ici pour s'embarquer pour la Nouvelle Angleterre. Certains demandent l'aum√īne en chantant des psaumes. Vernet et Marc Turrettini ont beaucoup fr√©quent√© les ministres d'Amsterdam et on a souvent bu √† la sant√© de JA. [Brutel] de La Rivi√®re et [Henri] Chatelain sont ceux qui pensent le plus √† l'Angleterre. Dans tous les lieux o√Ļ ils s√©journent, Vernet et Marc Turrettini rendent respectueusement visite aux eccl√©siastiques et aux professeurs, montrant beaucoup d'√©gards pour eux et pour leurs ouvrages. Certains y sont sensibles, mais d'autres ne s'adouciront jamais et continueront de louer le p√®re de JA plut√īt que lui.""Utrecht est une des villes les plus rigides et les plus cocc√©iennes. La plupart des professeurs sont absents √† cause des vacances et c'est pourquoi Vernet et Marc Turrettini sont pass√©s √† Leyde. Ils auraient d√Ľ ensuite aller √† La Haye, mais ils avaient beaucoup de choses √† faire encore √† Amsterdam. Vernet a eu assez de peine √† n√©gocier le manuscrit de La Placette. Il y a √† peine deux ans, [Charles] de La Motte l'avait offert gratis aux libraires. Quelques amis ont fini par le faire agr√©er √† la Soci√©t√© des Libraires pour un prix modique, √† prendre en livres. Ne sachant pas tr√®s bien quel livre choisir, Vernet a pris les Epistol√¶ Gerardi Vossii que JA avait souhait√©es et une nouvelle √©dition du Dictionnaire de Fureti√®re [La Haye, 1727¬†(?)]. [C√©sar] Tronchin a fourni, non sans peine, les huit premi√®res ann√©es de la Gazette que JA avait √©galement souhait√©e. Ils ont vu [Sara] Got et Monsieur et Madame Boullenger, le chevalier [Nieustad] de Neufville, neveu de Clignet, qui a fait ce legs pour un √©tudiant vaudois. C'est un vieux gar√ßon riche et bien intentionn√© pour l'√Čglise. Il avait pens√© faire entrer dans les instructions donn√©es au comte [Capel] d'Essex quelques ordres en faveur des Vaudois. Vernet l'a assur√© que JA avait insinu√© la m√™me chose √† l'archev√™que [Wake]. Vernet a appris avec chagrin que l'ambassadeur est un jeune seigneur d√©bauch√© qui ne prendra s√Ľrement pas tr√®s √† cŇďur les affaires de la religion. L'exp√©diteur laisse maintenant Marc Turrettini g√©rer leur budget, pour qu'il s'habitue. Il veille n√©anmoins √† ce qu'on ne le trompe pas car JA n'a rien √† craindre d'une possible dissipation. Les professeurs [Jan] van den Honert et van Halphen sont √† la campagne. Vernet et Turrettini verront aujourd'hui le professeur [David] Mill qui doit leur montrer le mod√®le du temple de Salomon qu'il a fait construire et qui est une des curiosit√©s de la ville. Bonvoust sera leur guide. C'est un orthodoxe, mais pacifique. L'autre ministre est [Jacques-Louis] B√©nion, jeune homme dont les id√©es sont plus ind√©pendantes. Van Halphen voulait r√©futer le De Interpretatione sacr√¶ scriptur√¶ [de JA], mais on l'a persuad√© que c'√©tait se battre contre un fant√īme. Vernet a rencontr√© les deux √©tudiants vaudois. Le premier [Elis√©e] Jahier pr√©pare tout bonnement son syst√®me pour √™tre re√ßu au synode. Le second [Lasseur] pose en revanche quelques probl√®mes. En effet, d√®s son arriv√©e, il a mis Grotius et [Jean] Le Clerc au-dessus de tous les commentateurs, n'a pas perdu d'occasions de disputer avec les autres √©tudiants et a clam√© bien haut ""amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis amica veritas"". On a m√™me trouv√© un Limborch sur sa table et il s'est montr√© peu assidu aux le√ßons et aux sermons qui sont faits √† la mani√®re cocc√©ienne. On l'a exhort√© √† bien penser et quand il a comparu devant le Consistoire, il a affirm√© qu'il ne croyait pas pouvoir √™tre jamais re√ßu dans ce pays, √† cause de la signature du synode de Dordrecht. On lui a dit qu'il devait y r√©fl√©chir mais qu'il fallait en passer par l√†. Bonvoust l'a conduit √† faire des d√©clarations qui lui ont permis de rester dans le pays, mais qui ont continu√© √† le faire regarder de travers. Sa r√©pugnance pour la signature augmente et il envisage de partir. Il est dommage que sur les six √©tudiants qui ont b√©n√©fici√© de cette pension, trois en aient √©t√© priv√©s √† cause de leur mauvaise conduite, un soit mort, le cinqui√®me passe pour un g√©nie fort commun et le sixi√®me soit un h√©r√©tique. Il y a de quoi rebuter les donateurs qui sont d√©j√† un peu las. Si ce gar√ßon abandonne, ce sera une place perdue pour la th√©ologie. Les th√©ologiens de B√Ęle et de Gen√®ve ont √©t√© un peu compromis dans l'affaire. Il ne les a pas lui-m√™me accus√©s d'arminianisme, mais il a dit que, en ces endroits, on laissait √† chacun la libert√© de penser comme il voulait sur ces mati√®res. Vernet l'a exhort√© √† ne pas se rebuter, √† lire des livres appro"uv√©s et √† faire preuve de davantage de retenue, mais il doute que les esprits s'apaisent. Vernet et Marc Turrettini sont all√©s voir Voordaagh, premier directeur de la Compagnie du Levant, pour lui raconter l'histoire du Testament en grec moderne rest√© en d√©p√īt √† Gen√®ve [Genev√¶, 1632]. Il est tr√®s reconnaissant √† JA de son action et a demand√© son adresse. Ils viennent de voir le mod√®le du temple du professeur Mill. C'est grand comme une chambre, construit en bois. C'est une tr√®s belle curiosit√©. Vernet s'est renseign√© sur la famille d'√Člie Saurin dont la m√©moire est tr√®s v√©n√©r√©e. Il ne reste point de parent proche. Il y a les Mathy, p√®re et fils (le p√®re, [Matthieu], avait √©pous√© une sŇďur de Saurin [Anne]) qui vivent √† pr√©sent √† Leyde et sont en disgr√Ęce. Le fils [Paul] a √©t√© non seulement d√©pos√© mais aussi excommuni√©. Un Ps avertit que la lettre n'a pu √™tre envoy√©e d'Utrecht mais qu'elle le sera de La Haye o√Ļ ils sont arriv√©s heureusement.

Adresse

Genève


Lieux

√Čmission

Utrecht et La Haye

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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