4245 Lettres

Lettre 4358 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Francfort 20.05.1732

J'eus l'honneur de

Vernet va décrire la situation des Églises en Allemagne, selon les souhaits de JA, d'après ce qu'il en a entendu dire soit aux docteurs [Ludwig Christian] Mieg et [Johann Heinrich II] Hottinger soit à d'autres personnes bien instruites. Il y a dans le Palatinat cinq cents Églises réformées dont certaines ne sont que des annexes; elles sont réparties, comme en Suisse, dans des Classes qui ont chacune un doyen ou inspecteur. La direction générale est assurée par un Sénat ecclésiastique composé de...

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Lettre 4358 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Francfort 20.05.1732


Lettre autographe, signée, adressée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.V.1-II

Budé, Lettres, III, p.374-382. Omissions.


J'eus l'honneur de


Vernet va décrire la situation des Églises en Allemagne, selon les souhaits de JA, d'après ce qu'il en a entendu dire soit aux docteurs [Ludwig Christian] Mieg et [Johann Heinrich II] Hottinger soit à d'autres personnes bien instruites. Il y a dans le Palatinat cinq cents Églises réformées dont certaines ne sont que des annexes; elles sont réparties, comme en Suisse, dans des Classes qui ont chacune un doyen ou inspecteur. La direction générale est assurée par un Sénat ecclésiastique composé de huit personnes, toutes réformées, nommées par le prince; quatre sont des théologiens et quatre des séculiers, en général des jurisconsultes. Ces conseillers ecclésiastiques, comme on les appelle, examinent les candidats, imposent les mains, nomment aux places vacantes, exceptées celles où les fidèles ont le privilège de choisir eux-mêmes leur pasteur, bref s'occupent de toutes les affaires ecclésiastiques et exercent l'autorité épiscopale. Pour les causes matrimoniales par contre il y a un autre Conseil, mixte, formé de luthériens et de réformés; ils ont en effet à ce propos la même discipline. Hottinger fait partie de ce dernier conseil, alors que Miège est du premier. L'endroit où il y a le plus de difficultés est la question des revenus, tirés en partie des dîmes et en partie d'autres fonds (environ 100'000 écus d'Allemagne), et toujours confrontés à l'avarice du clergé romain et de la Cour. L'ensemble de ces revenus est géré par une Chambre d'administration qui est formée au gré du prince et dont la majorité des membres est catholique. En effet c'est aux catholiques que vont les deux septièmes du total sous prétexte qu'il faut pourvoir les cures qu'ils ont créées en plusieurs endroits. Chaque fois (et cela arrive quotidiennement) qu'un curé et un ministre sont aux prises au sujet de ces revendications, on peut bien imaginer lequel des deux gagne la partie, compte tenu du fait que le président est catholique et arrange les affaires à sa guise. D'autre part il faut dire que la situation est telle depuis que la famille électorale protestante est éteinte. Cette situation a créé un mécontement qui ne s'est pourtant jamais clairement manifesté. En 1719, quand l'Électeur [Karl Philipp III de Wittelsbach] est monté sur le trône, il a donné la cathédrale de Heidelberg aux catholiques en prétextant que les Électeurs étaient les possesseurs du chœur où étaient ensevelis leurs ancêtres et que, de toute façon, la cathédrale devait suivre la religion du souverain. Il fit dès lors abattre le mur de séparation entre le chœur et la nef. Quand les réformés furent chassés de l'église en cette même année 1719, on leur promit de leur en bâtir une encore plus belle et de les maintenir dans la jouissance de leurs revenus. Le Conseil était presque prêt à accepter mais c'était un piège qu'on leur tendait puisque le gros des revenus est attaché à la cathédrale. D'autre part les droits des réformés du Palatinat sont établis par les traités de Westphalie dont les princes réformés sont les garants. On demandait donc aux réformés de se priver de l'un des droits affirmés dans ces traités et de les mettre à la merci d'une convention établie avec l'Électeur à la place d'un traité garanti par les puissances protestantes. Percevant tout le danger d'une telle proposition, on fit des plaintes au corps évangélique de Ratisbonne. L'Électeur exigea alors qu'on changeât certaines expressions du Catéchisme de Heidelberg trop dures à l'égard de la messe, traitée d'idolâtrie abominable. On ne céda pas, en affirmant qu'on ne pouvait pas changer à sa discrétion les livres symboliques et qu'on garantissait par ailleurs la liberté d'expression à la religion réformée, en ajoutant que même le roi de France avait toléré que les protestants de son pays appelassent le pape Antéchrist. Quand on proposa des conférences pour s'entendre là-dessus, les réformés répondirent qu'ils récusaient des juges qui étaient aussi des parties. Alors le prince fit enlever les catéchismes"de tous les lieux publics et privés et interdit toute nouvelle impression, ce qui faillit provoquer des soulèvements à la campagne. Une nouvelle plainte fut faite à Ratisbonne alors que le roi d'Angleterre [George I] et le roi de Prusse [Friedrich Wilhelm I] se montraient extrêmement fermes, ce qui sauva en réalité les Églises protestantes du Palatinat. L'empereur [Karl VI] fit un décret par lequel il ordonna le rétablissement de la situation sur la base du traité de Baden. L'Électeur quitta pour toujours Heidelberg comme capitale, ce qui nuisit à la ville. On finit par restituer les lieux, maison par maison, par rendre la nef de la cathédrale et par rebâtir le mur de séparation. Depuis lors, la situation des Églises est assez bonne et on les ménage même davantage qu'en 1719 après qu'on a vu la protection dont elles jouissaient auprès des souverains étrangers. L'Électeur [Karl Philipp] est bon et aime la paix mais il est obsédé par un confesseur jésuite qui profite de sa faiblesse et de son âge pour le convaincre que la seule manière de racheter ses péchés passés est d'agir ainsi à l'égard des protestants. Les ministres de leur côté, voyant l'attachement de l'Électeur à Heidelberg, ont voulu l'amener à déplacer la Cour à Dusseldorf, dont la plupart est originaire; s'il a pourtant quitté Heidelberg, ç'a été pour s'établir à Mannheim où il a fait bâtir un palais magnifique. Il y a eu quelques démarches pour convaincre les réformés d'abandonner une partie de leurs dîmes en faveur des luthériens pour entretenir la fraternité entre eux. Mais le mauvais traitement dont les réformés font l'objet ailleurs en Allemagne de la part des luthériens (qui sont craints autant que les catholiques) et leurs maigres revenus actuels au Palatinat constituent des obstacles à l'acceptation de cette proposition. Outre cela, il y a peu de luthériens au Palatinat et la grande partie appartient à la noblesse qui a les moyens d'entretenir quelques ministres. À la Cour seuls les catholiques ont des charges et leur nombre augmente peu à peu grâce à l'action des jésuites et des autres religieux. Quand Vernet est passé par la ville, il y avait deux soldats luthériens condamnés comme déserteurs; le premier a été gracié après avoir changé de religion et l'autre a été pendu ayant refusé de le faire. L'Université est mi-partie. Dans des actes publics, les professeurs réformés sont côte à côte avec des jésuites mais tous les actes moins solennels se font séparément. L'Université est peu fréquentée à présent et il y a presqu'autant de professeurs que d'étudiants; c'est un grand mal pour le pays et les sciences dépérissent à vue d'œil. Il y a pourtant encore du zèle et de l'instruction parmi le peuple et si les Églises continuent à être soutenues, il y a de l'espoir pour le futur. On dit que la princesse de Wurtemberg [Jeanne Élisabeth], bien qu'âgée de 51 ans, serait enceinte; si c'était vrai, ce serait un miracle de la providence pour sauver le pays. L'héritier, le prince Alexandre de Wurtemberg, en a été très alarmé; il est parti subitement il y a quelques jours pour la Hongrie où il semble que les Turcs veuillent faire une invasion. La comtesse de Grävenitz n'est pas encore arrivée ici; elle est toujours retenue en Wurtemberg. Ayant le titre de comtesse d'Empire, elle peut en appeler à l'empereur pour éviter d'être jugée dans le pays. Elle se sert aussi des dons de son amant pour se soustraire à son autorité. [Jacques II] Eynard leur a procuré l'honneur de faire la révérence à la raugrave palatine [Luise de Wittelsbach] ; il les a aussi amenés chez la marquise de Langallerie. [Alexandre] Sarasin et [Antoine] Matthieu leur font beaucoup d'honnêtetés. Hier ils ont été invités à dîner chez Pritz. C'est un théologien qui a puisé dans les bonnes sources et qui a du zèle pour l'universalisme; il fait grand cas des ouvrages de JA et voudrait qu'on les réimprimât. Eynard et Matthieu remercient JA du passage de sa lettre qui concerne leur Église. Ils disent que la reine"a dit souvent des choses semblables mais sans qu'on en voie les résultats. Une bande de 300 Salzbourgeois est passée d'ici (et on en attend encore d'autres) pour aller dans les terres du roi de Prusse. Vernet [et Marc Turrettini] partiront demain pour Kassel; là ils décideront de la route pour la Hollande. La voie d'eau ne peut être pratiquée que jusqu'à Cologne et la basse Westphalie est connue pour être très mauvaise en fait de voyage; c'est pourquoi on leur conseille de passer par Hanovre et Brême d'où ils pourraient aller directement à Groningue. Vernet a laissé à Fröreisen de Strasbourg les quatre dernières dissertations de JA sur la théologie naturelle [Theses, 1729; Dissertatio de existentia Dei, 1730; Dissertatio de adtributis Dei, 1730; Dissertatio de providentia, 1731].

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Francfort

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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