85 Lettres

Lettre 3852 de Jacques Serces à Jean-Alphonse Turrettini

Londres 20.10.1727 [09.10.1727 (v.s)]

La mort de Mr le

Serces est profondément affecté par la mort de Samuel Turrettini et la douleur intense de JA; il nourrit les pires craintes pour l'Académie, à laquelle il reste toujours attaché. Si tout le monde était comme JA, il n'aurait jamais songé à quitter sa patrie. Il a passé quinze jours dans le petit bénéfice de la province de Lincoln que le chevalier Wynne lui a donné; pendant les deux semaines qu'il y est resté, il a lu trois fois le service et préché deux fois. Il paraît qu'il s'est fait bien enten...

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Londres 20.10.1727 [09.10.1727 (v.s)]


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.S.14


La mort de Mr le


Serces est profondément affecté par la mort de Samuel Turrettini et la douleur intense de JA; il nourrit les pires craintes pour l'Académie, à laquelle il reste toujours attaché. Si tout le monde était comme JA, il n'aurait jamais songé à quitter sa patrie. Il a passé quinze jours dans le petit bénéfice de la province de Lincoln que le chevalier Wynne lui a donné; pendant les deux semaines qu'il y est resté, il a lu trois fois le service et préché deux fois. Il paraît qu'il s'est fait bien entendre et que ses sermons ont été fort goûtés, ce qui l'engage à poursuivre dans la voie de la prédication en anglais. Il est évident qu'il risque d'avoir de la peine au début mais il devrait pouvoir s'y faire; cela lui permettrait d'échapper à l'esprit de cabale et d'intolérance si répandu parmi les Français d'Angleterre. Ses paroissiens l'ont incité à venir s'établir dans son bénéfice mais il a préféré y mettre un curé auquel il donne 20 livres sterlings, de sorte qu'il en retirera pour lui une trentaine de livres en liquide. Avec d'autres petites sommes, cela lui permettra de patienter. Son Traité sur les miracles est prêt et il a de bonnes raisons pour souhaiter qu'il soit imprimé rapidement; c'est dans cette vue qu'il avait demandé à JA, dans sa lettre précédente, d'en parler à [Jean] Le Clerc pour le prier de le faire imprimer en Hollande. C'est certain que de bonnes recommandations pourraient convaincre un imprimeur qui serait éventuellement réticent à publier un ouvrage d'un jeune auteur inconnu. Le Clerc pourrait lui écrire directement à la même adresse que celle utilisée par JA. Il ne faut pas indiquer son nom puisqu'ainsi les lettres lui parviennent franches. Les amis de Serces l'incitent à dédier cet ouvrage au prince Friedrich [Friedrich Louis de Braunschweig-Lüneburg-Hanovre (?)] qui avait été si aimable avec lui à Hanovre; il a déjà préparé une lettre pour lui en demander la permission. Mesnard l'aîné [Jean] est mort il y a un mois environ sans avoir souffert et à un âge très avancé; son canonicat a été donné au docteur Waterland, le grand défenseur du système orthodoxe sur la trinité contre Whiston; par ailleurs la place de chapelain du roi qu'il occupait aussi a été donnée à Aufrère à qui feu le roi [George I] l'avait promise. Cela fait deux vacances dans l'Église de la Savoie. Abbadie est décédé le 27 septembre, après une fièvre qui l'a indisposé quelques jours. Il s'apprêtait à donner une nouvelle édition de tous ses ouvrages en quatre volumes et à y joindre plusieurs pièces nouvelles; JA a peut-être vu le Projet qu'il a imprimé. Il se peut que ses amis mènent à bien l'initiative. C'était un beau génie qui avait beaucoup de lumières et de qualité de cœur. Serces ne l'a rencontré qu'une fois et il a dû tomber sur un mauvais moment puisque jamais une conversation ne l'a si peu satisfait. Il a fait preuve d'un très grand mépris pour beaucoup de savants du premier ordre du siècle précédent et du siècle présent et cela simplement parce qu'ils s'étaient un peu éloignés du système rigide. Il a par exemple reproché à Grotius, avec beaucoup d'aigreur, d'avoir rapporté dans son Traité de la vérité de la religion chrétienne beaucoup de passages d'auteurs païens pour montrer la conformité des vérités évangéliques avec les lumières de la raison, ce qui revenait pour lui à les rabaisser. Il a pris sur toutes les matières un ton décisif et de maître, ce qui fait que Serces a gardé le plus grand silence, sans ressentir par la suite le désir de le visiter à nouveau. JA a peut-être entendu parler du dessein d'[Isaac] de Beausobre de venir s'établir à Londres comme ministre de la Savoie à la place de Louis Saurin. Il faut dire que le Nouveau Testament qu'il a imprimé avec Lenfant [Amsterdam, 1718] est accusé ici de socinianisme, ce qui a fait naître un fort parti contraire. Plusieurs particuliers ont même menacé de quitter l'Église si on l'appelait. Bref, il y a beaucoup de vivacité et de chaleu"r de part et d'autre; les accusations de socinianisme ont fusé, le Consistoire même était tout à fait partagé. Ils ont donc décidé de ne pas se prononcer sur la véracité de ces accusations et de remettre la décision à plus tard, dans six semaines. Les amis de de Beausobre se donnent beaucoup de peine pour grossir leur parti mais Serces croit que l'esprit d'orthodoxie finira par prévaloir. Il adresse ses salutations à l'ancien premier syndic [Jean-Robert] Chouet, à Tronchin père et fils [Antoine et Louis II], au syndic [Jacob Chapeaurouge-]Dauphin, au professeur [Antoine I] Maurice, à [Léonard] Baulacre et à [Jacques] Chenaud.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Londres

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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