33 Lettres

Lettre 3719 de Jean I Barbeyrac à Jean-Alphonse Turrettini

Groningue 17.12.1726

Il est vrai... que j'étois

Barbeyrac avait bien raison de craindre que le silence de JA ne f√Ľt le fait de ses incommodit√©s. Il le remercie d'avoir continu√© √† s'int√©resser √† l'affaire d'Angleterre, alors que lui-m√™me n'y pensait plus. Il est content aussi d'apprendre que son ami a une opinion avantageuse du jeune seigneur [Evert Joost Lewe van Aduard van Hoogkerk] ; il l'a transmise au p√®re [Evert Joost Lewe van Aduard], qui a avou√© avoir quelques motifs d'insatisfaction. En effet, il aurait aim√© que son fils √† Gen√®ve ne p...

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Lettre 3719 de Jean I Barbeyrac à Jean-Alphonse Turrettini

Groningue 17.12.1726


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 484 (f.249-250)


Il est vrai... que j'étois


Barbeyrac avait bien raison de craindre que le silence de JA ne f√Ľt le fait de ses incommodit√©s. Il le remercie d'avoir continu√© √† s'int√©resser √† l'affaire d'Angleterre, alors que lui-m√™me n'y pensait plus. Il est content aussi d'apprendre que son ami a une opinion avantageuse du jeune seigneur [Evert Joost Lewe van Aduard van Hoogkerk] ; il l'a transmise au p√®re [Evert Joost Lewe van Aduard], qui a avou√© avoir quelques motifs d'insatisfaction. En effet, il aurait aim√© que son fils √† Gen√®ve ne perfectionn√Ęt pas seulement ses √©tudes mais fr√©quent√Ęt aussi des compagnies honn√™tes de gens des deux sexes; or son fils lui √©crit qu'il a fait peu de connaissances depuis son arriv√©e dans la ville et que pour fr√©quenter les dames genevoises il faut √™tre tr√®s introduit chez elles. Il craint aussi que le jeune homme, un peu na√Įf, ne soit la dupe de gens pr√™ts √† exploiter une jeunesse sans exp√©rience; c'est la vue de certaines des d√©penses quelque peu excessives de son fils qui lui a sugg√©r√© cette pens√©e. Il lui semble aussi que le jeune homme a davantage perdu que gagn√© dans les liaisons qu'il a contract√©es lors de son voyage en compagnie du Genevois [Fran√ßois Fatio (?)] chez qui il a log√© √† son arriv√©e √† Gen√®ve. Il se trouve du reste que quelqu'un qui conna√ģt la ville ne lui a pas parl√© de fa√ßon tr√®s favorable de cette famille; et Barbeyrac lui-m√™me a toujours pens√© qu'il faudrait que le jeune Hollandais √©vit√Ęt une trop grande familiarit√© avec elle. Barbeyrac et le p√®re du gar√ßon seraient reconnaissants √† JA s'il voulait non seulement recevoir le jeune homme chez lui quand sa sant√© le lui permettrait, mais aussi l'introduire chez des gens honn√™tes des deux sexes; il pourrait aussi les pr√©venir au cas o√Ļ viendraient √† sa connaissance des probl√®mes ou de mauvaises fr√©quentations. Le p√®re avait aussi pr√©venu le fils qu'il ne devait pas quitter Gen√®ve sans l'en avertir; or, il a appris, par une lettre que le jeune a envoy√© √† son ancien gouverneur [Gabriel Tavel], gendre de [Jean-Pierre] de Crousaz, qu'il s'ennuyait √† Gen√®ve et voulait voyager en Suisse. Pour l'instant, le p√®re a donn√© ordre √† son banquier de limiter l'argent √† mettre √† la disposition de son fils; il aimerait aussi savoir le nom des personnes chez qui il loge. Barbeyrac savait d√©j√† qu'au moment o√Ļ l'Acad√©mie de Lausanne se donnait un si beau sujet en la personne de [Fran√ßois-Fr√©d√©ric] Treytorrens, enseignant de philosophie, on lui donnait √©galement un espion en la personne de [Jean-Jacques] Salchli; il savait aussi que les chances du fils [Abraham] de de Crousaz √©taient tr√®s r√©duites, bien qu'on e√Ľt remu√© ciel et terre pour lui. Quant au p√®re, on dit qu'il s'ennuie beaucoup √† Kassel, de m√™me que sa femme [Louise I] ; il y en a qui croient qu'il irait volontiers en France si on l'appelait. Il a √©t√© tr√®s f√Ęch√© des M√©moires sur le Consensus [de Barnaud] parce qu'il a pens√© que cela pourrait nuire √† son fils. Barbeyrac ne sait pas si, √† Berne, on a cru de Crousaz l'auteur de cet ouvrage, mais en Hollande personne n'y a pens√©. Il s'est inscrit en faux contre certains faits qu'on peut prouver par des lettres qu'il avait √©crites lui-m√™me en Hollande. Il remercie JA de lui avoir envoy√© la nouvelle version de Gen√®ve [Nouveau Testament, 1726], qu'il n'a pas encore re√ßue des libraires de La Haye [Jean N√©aulme (?)] ; il pense que, en d√©pit du fait qu'elle a √©t√© travaill√©e par diverses mains et √† diverses reprises, cette version pourra √™tre l'une des meilleures. S'il a des remarques √† faire, il les transmettra √† JA. Il semble que d'Artis ait publi√© √† Hambourg, o√Ļ il est √† pr√©sent, un libelle violent contre la version de Berlin [Nouveau Testament, Amsterdam, 1718]. On a publi√© un livre anglais de Collins √† La Haye mais sous le nom de Londres, ce qui fait penser qu'il n'a pas pu le publier chez lui [The Scheme] ; il s'agit d'une d√©fense de l'un de ses livres pr√©c√©dents [A Discourse] qui avait √©t√© attaqu√© par au moins"trente-cinq pamphlets qu'il cite et qu'il s'amuse √† mettre en contradiction les uns avec les autres. Apr√®s avoir donc d√©truit toutes les proph√©ties bibliques, il finit en promettant un discours sur les miracles, dans lequel il d√©truira ceux-ci aussi. √Ä Gen√®ve, on devrait d√©j√† avoir la nouvelle √©dition de Jos√®phe imprim√©e √† Leyde et qui se d√©bite depuis quelques mois; Barbeyrac y a trouv√© des fautes d'impression, ce qui n'est pas √©tonnant puisque le professeur qui s'est charg√© de l'√©dition [Haverkamp] avait trop de travail, ayant fait imprimer un Lucr√®ce √† la m√™me p√©riode. Il est du reste de ces √©diteurs ent√™t√©s de leurs auteurs et, de plus, th√©ologien orthodoxe. Il traite avec hauteur tous ceux qui estiment comme suppos√© le fameux passage de Jos√®phe sur le Christ. On a sorti aussi les huit premiers volumes du code diplomatique de Dumont [Corps universel] ; √† la fin, on aura davantage de volumes que pr√©vus et l'auteur promet une deuxi√®me collection, presqu'aussi vaste. Un certain Maxwell, qu'on dit habile homme, a traduit en anglais le De legibus natur√¶ de Cumberland avec des notes et des dissertations; cela a fait √©clater un conflit en Hollande entre deux √©diteurs, les Wetstein [Gerard et Rudolph] et d'autres √©diteurs de La Haye, ayant ce m√™me projet d'une √©dition fran√ßaise. Il y a quelques ann√©es Barbeyrac avait refus√© la proposition qu'on lui avait faite d'entreprendre un tel travail mais, il y a deux ou trois semaines, il a fini par c√©der aux Wetstein et a accept√©. Il se r√©serve toutefois le droit de travailler √† son rythme et d'y ajouter ses notes. Il attend l'original et la traduction anglaise. La nouvelle √©dition du Concile de Constance de Lenfant, de m√™me que celle de l'Horace de Dacier [Ňíuvres, Amsterdam, 1727], para√ģtront bient√īt.

Adresse

Genève


Lieux

√Čmission

Groningue

Réception

Genève

Conservation

Genève


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