202 Lettres

Lettre 3607 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Paris 01.04.1726

J'ai reçu il y a

Vernet a reçu une lettre de [Hans Heinrich II] Ott qui le prie de faire parvenir l'incluse à JA et qui se propose de faire un tour en Suisse au printemps; il pourra ainsi le voir ici [à Paris]. Il a remis à [Pierre II (?)] Pictet, fils de feu Jérémie, deux volumes de l'Histoire de l'Académie des sciences et deux tomes de l'histoire métallique des Arsacides [de Vaillant]. Ajoutés à l'ouvrage du père [Le] Quien [Jean Damascène, Opera, 1712], le tout coûte 50 livres ; puisqu'il en a r...

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Lettre 3607 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Paris 01.04.1726


Lettre autographe, signée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.V.1

Budé, Vie de Vernet, p.12-13, 14-15, 11-12.


J'ai reçu il y a


Vernet a reçu une lettre de [Hans Heinrich II] Ott qui le prie de faire parvenir l'incluse à JA et qui se propose de faire un tour en Suisse au printemps; il pourra ainsi le voir ici [à Paris]. Il a remis à [Pierre II (?)] Pictet, fils de feu Jérémie, deux volumes de l'Histoire de l'Académie des sciences et deux tomes de l'histoire métallique des Arsacides [de Vaillant]. Ajoutés à l'ouvrage du père [Le] Quien [Jean Damascène, Opera, 1712], le tout coûte 50 livres ; puisqu'il en a reçu 40 de [Robert] Butini, il prie JA de faire remettre les 10 restants à sa mère. Il faut renoncer à l'idée de trouver un jardinier ici. Arlaud, qui est maintenant à Genève, n'a rien dit de son départ, mais il semble qu'il reviendra bientôt; si tel est le cas, il faudrait le charger du De satisfactione du père de JA [1696], que le père Tournemine lui demande avec insistance. Ce jésuite fait grand cas de cet ouvrage de même que Tournély. Il est certain que Voltaire s'est attiré le malheur qui lui est arrivé. Il a été insolent avec le chevalier de Rohan allant jusqu'à lui dire que la différence entre eux venait de ce que Voltaire faisait honneur à son nom alors que l'autre le déshonorait. Celui-ci leva sa canne pour le frapper mais se retint. Trois jours plus tard, le chevalier, sous un prétexte quelconque, le fit sortir de l'hôtel de Sully où il se trouvait et le fit rouer de coups. Il criait de son carrosse, d'où il observait la scène, qu'il fallait lui épargner la tête qui était encore bonne à faire rire le public. Voltaire rentra dans l'hôtel et eut l'imprudence de ne pas cacher l'histoire. Il se tint caché ensuite mais vint chercher son ennemi jusque chez le cardinal de Rohan à Versailles qui, piqué, demanda au duc [Louis-Henri de Bourbon] une lettre de cachet pour le faire arrêter. L'ordre est donné mais pas exécuté car le coupable s'est sagement retiré à la campagne. On ne sait s'il y restera caché ou s'il ira en Angleterre. [Houdar de] La Motte a donné son Œdipe, qui n'a ni les défauts ni les beautés de celui de Voltaire. Ses ennemis trouvent la pièce froide et mauvaise, ses amis, dont les jésuites, la louent beaucoup. On y mêle en effet la théologie puisqu'on y voit des traits de pur molinisme touchant l'influence du Ciel sur les penchants et les vertus des hommes. Quelle pitié et quelle petitesse! Il paraît une nouvelle Relation du miracle de la dernière Fête-Dieu [de Charles Bertier] publiée par permission du cardinal de Noailles, on ne sait pour quelle fin. On y affirme que la femme [Anne La Fosse] a été suivie dans la rue grâce à la trace du sang qu'elle perdait et que des ministres protestants l'ont visitée et ont dit qu'ils n'avaient rien à répliquer. Les deux faits sont également faux. Il semble que le cardinal ait reçu un bref du pape [Benoît XIII] qui lui donne six mois pour accepter, purement et simplement, la Constitution [Unigenitus], faute de quoi on le dépouillera de son chapeau. Si le cardinal a le courage de résister, au lieu d'une vile calotte, il se couvrira le front d'un laurier immortel. On dit aussi que quelques évêques veulent rompre la communion avec lui. Il y a actuellement au Parlement un étrange procès: un négociant, dégoûté de la mauvaise foi de ses associés, avait décidé de s'associer avec Dieu en lui faisant un fond et en inscrivant dans un livre à son compte les pertes et profits. La société réussit bien et l'homme gagna beaucoup d'argent. Maintenant qu'il est mort, ses héritiers contestent à Dieu sa portion. On a nommé un avocat pour plaider au nom du bon Dieu sans savoir pour autant à quoi on doit utiliser ce fond. On a écrit – et mal écrit – une satire contre Fontenelle [restée ms] où on introduit Rome, Genève et Jérusalem se le disputant: la première fait état de sa profession de catholicité, la deuxième cite la "Relation de l'île de Borneo" où il joua l'Église romaine, la troisième prétendque Fontenelle s'est déclaré contre le Messie des chrétiens puisqu'il a nié que la venue de Jésus-Christ ait imposé le silence aux oracles. La conclusion est que Fontenelle est un vrai Pomponace. C'est affligeant car cette pièce renouvelle des choses oubliées depuis longtemps. Son grand ouvrage sur l'infini sera bientôt sous presse. Il est triste qu'il doive essuyer des mortifications à la fin de sa vie à cause du fait qu'il a soutenu, avec trop de bassesse et de flatterie, le parti de La Motte. Ces messieurs parviennent à leurs fins avec autant de ménagements qu'un courtisan ou qu'une coquette! Vernet négocie un emploi pour [Charles] Chais auprès d'un jeune seigneur allemand.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Paris

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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