172 Lettres

Lettre 3566 de Jean-Pierre Crousaz  à Jean-Alphonse Turrettini

Gron[ingue] 08.01.1726

Qu'aures vous pensé

De Crousaz a gardĂ© un long silence parce qu'il aurait aimĂ© donner de bonnes nouvelles; au contraire, aprĂšs un accueil trĂšs positif, la situation a commencĂ© Ă  se gĂąter, probablement Ă  cause de la jalousie de ses collĂšgues, qu'il cherchait pourtant Ă  mĂ©nager. Il se liguĂšrent contre lui et suscitĂšrent le zĂšle des ministres qui jalousaient l'estime dont les magistrats voulaient bien l'honorer. Les civilitĂ©s extrĂȘmes qu'il eut Ă  leur Ă©gard ne purent dĂ©sarmer leur entĂȘtement sans fondement puisqu'ils...

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Gron[ingue] 08.01.1726


Lettre autographe, signée. (F)
BibliothÚque de GenÚve, Ms fr 486 (f.45-46)

Extraits dans De La Harpe, De Crousaz, p.72.


Qu'aures vous pensé


De Crousaz a gardĂ© un long silence parce qu'il aurait aimĂ© donner de bonnes nouvelles; au contraire, aprĂšs un accueil trĂšs positif, la situation a commencĂ© Ă  se gĂąter, probablement Ă  cause de la jalousie de ses collĂšgues, qu'il cherchait pourtant Ă  mĂ©nager. Il se liguĂšrent contre lui et suscitĂšrent le zĂšle des ministres qui jalousaient l'estime dont les magistrats voulaient bien l'honorer. Les civilitĂ©s extrĂȘmes qu'il eut Ă  leur Ă©gard ne purent dĂ©sarmer leur entĂȘtement sans fondement puisqu'ils ignoraient tous le français. Ils voulaient mĂȘme saisir le synode. Il dĂ©clara vainement de son cĂŽtĂ© que Dieu, par un effet de sa bontĂ©, dispensait Ă  certains des grĂąces extraordinaires et les conduisait au salut par des moyens infaillibles, comme de Crousaz pense que cela se trouve dans l'Écriture. Il ajouta que, pour le reste de la prĂ©destination, on ne savait rien avec certitude et que c'Ă©tait la raison pour laquelle il fallait se garder d'Ă©tablir ce dogme d'une façon telle que l'on courre le risque d'Ă©branler d'autres articles de la religion. On parut sur le moment rassurĂ© mais la volontĂ© de de Crousaz de se tenir Ă  l'Ă©cart de toute controverse l'a rendu suspect Ă  tout le monde. Ils ne connaissent pas par expĂ©rience la lumiĂšre de la raison et la considĂšrent comme trĂšs dangereuse. C'est la seule crainte de dĂ©plaire aux magistrats qui protĂšgent de Crousaz qui les empĂȘchent de l'attaquer ouvertement. Ils se sont par ailleurs avisĂ©s de tyranniser l'Église et l'AcadĂ©mie de GenĂšve et de prier pour que l'hĂ©tĂ©rodoxie qui y rĂšgne ne parvienne pas jusqu'Ă  leurs Provinces. Il ne faut pas s'Ă©tonner s'ils prĂȘchent ainsi, compte tenu de leur formation: aprĂšs une annĂ©e au collĂšge, ils passent environ deux ans en thĂ©ologie Ă  Ă©tudier commentaires et lieux communs. AprĂšs quoi, une fois promis de dĂ©tester tous ceux qui ne pensent pas comme la mode le veut, ils reçoivent la charge d'une paroisse, soit en ville soit Ă  la campagne. À la campagne, ils prĂȘchent une fois par semaine et deux fois le dimanche, sans compter le catĂ©chisme; en ville, ils font beaucoup d'actions, de priĂšres et le sermon, qui dure une heure, est plus court. Il s'entretenait, il y a quelques jours, avec l'un de ses collĂšgues au sujet de l'indolence dont on fait preuve au sujet de la conversion des Indiens et celui-ci rĂ©pondit que c'Ă©tait une affaire Ă  attendre du Saint-Esprit. Ils sont tellement accoutumĂ©s Ă  parler sans savoir ce qu'ils disent que c'est une peine inutile d'essayer de les Ă©clairer. L'astronomie nous enseigne des choses contraires Ă  l'Écriture mais eux rĂ©pĂštent avec assurance que la terre est en repos, que les corps cĂ©lestes ont une autre nature etc. De Crousaz admire la façon dont les magistrats ont pu se tirer de ces prĂ©ventions; ceux-ci du reste ont toujours Ă©tĂ© de son cĂŽtĂ© et lui ont offert toute sorte d'avantages pour qu'il reste; mais sa conscience ne lui permet pas de demeurer, pour des raisons purement financiĂšres, dans un lieu oĂč il est inutile. La bienveillance des magistrats lui a attirĂ© beaucoup de jalousie et des complots affreux, mĂȘme de la part de ceux qu'il considĂ©rait comme des amis. Mais assez de choses aussi tristes. Parmi ses contacts Ă  Groningue, il y en a eu de positifs avec un groupe d'anabaptistes ou mennonites, qui constituent environ la sixiĂšme partie des habitants de la ville. Ils sont le sel de la terre, de bons chrĂ©tiens qui suivent en toute simplicitĂ© les prĂ©ceptes de JĂ©sus-Christ. Ils font tous grand cas des ouvrages de JA, de mĂȘme que de ceux de [Jean-FrĂ©dĂ©ric I] Ostervald et de [Samuel] Werenfels. Un des ministres mennonites a lu la Nubes Testium de JA, traduit en flamand [Wolken van getuigen], au lieu du sermon. C'est un homme savant, point paresseux, mais qui a reconnu qu'il ne pouvait rien dire de plus Ă©difiant Ă  ses paroissiens. Il va prĂ©sentement lire Le Pasteur Ă©vangĂ©lique de Roques traduit en nĂ©erlandais [De Evangelische leeraar]. Certains des collĂšgues de de C"rousaz reprochent Ă  cet homme-lĂ  d'ĂȘtre arminien; il a rĂ©pondu qu'il ne s'Ă©tait pas entretenu avec lui de ces matiĂšres mais qu'il savait qu'il s'agissait d'un pasteur sans reproche et qu'on ne fait pas honneur Ă  l'orthodoxie en accusant de telles personnes de s'en Ă©loigner. Mais ils n'entendent rien Ă  ces rĂ©flexions. Pour fermer la bouche aux luthĂ©riens qui les accusent d'universalisme, il y en a certains qui affectent de n'adresser leurs exhortations qu'aux Ă©lus. Divers pasteurs refusent de baptiser les enfants bĂątards et, plus en gĂ©nĂ©ral, les enfants des pĂšres dont la conduite ne leur plaĂźt pas sous prĂ©texte de l'Ă©lection! On imprime Ă  Brunschwig les ouvrages de JA [Opuscula] et le baron de Stain procure cette impression; il demande Ă  JA de lui envoyer instamment ce qui lui manque puisqu'il ne peut pas le trouver dans ces provinces. De Crousaz a donnĂ© ce qu'il possĂ©dait Ă  son ami mennonite qui a traduit en flamand plusieurs passages de sa Logique et tout ce qui concerne le fanatisme pour lequel certains de ses fidĂšles avaient un penchant.

Adresse

[GenĂšve]


Lieux

Émission

Groningue

RĂ©ception

GenĂšve

Conservation

GenĂšve


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