209 Lettres

Lettre 3553 de Jean-Frédéric I Ostervald à Jean-Alphonse Turrettini

Neuchâtel 24.11.1725

Je répons sans differer

La matière sur laquelle JA demande une réponse est délicate mais Ostervald s'ouvrira à son ami comme à un autre soi-même. Quant à la nouvelle qui fait tant de bruit, on n'en sait, à Neuchâtel, rien de plus que ce qu'on apprend par les informations qui viennent de Paris, de la Hollande, de Genève, de Berne etc. ; certes, on tâche de pénétrer le fond de cette affaire par l'intérêt qu'on y a, mais pour le moment on n'a rien découvert de certain. Certaines personnes du pays, qui ont probablemnt négo...

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Neuchâtel 24.11.1725


Lettre autographe. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 491 (f.30-31)


Je répons sans differer


La matière sur laquelle JA demande une réponse est délicate mais Ostervald s'ouvrira à son ami comme à un autre soi-même. Quant à la nouvelle qui fait tant de bruit, on n'en sait, à Neuchâtel, rien de plus que ce qu'on apprend par les informations qui viennent de Paris, de la Hollande, de Genève, de Berne etc. ; certes, on tâche de pénétrer le fond de cette affaire par l'intérêt qu'on y a, mais pour le moment on n'a rien découvert de certain. Certaines personnes du pays, qui ont probablemnt négocié l'affaire avec le baron [Strunkedé], doivent en savoir davantage mais elles gardent le secret. Ce qui rend la chose très vraisemblable, c'est non seulement qu'on en parle de tous les côtés mais aussi que le baron a entretenu des liens étroits, d'abord secrets, ensuite manifestes, avec les personnes qui sont derrière ce projet. De plus le premier ministre du roi [Friedrich Wilhelm I], le baron von Ilgen, qui n'aime guère Neuchâtel, avait donné à Strunkedé des instructions précises en sorte que celui-ci n'a fait qu'exécuter les ordres du premier. À cela s'ajoutent certains discours que le baron avait tenus avant d'arriver ici et qui confirment qu'on a voulu dégoûter le roi de Neuchâtel et en aliéner la souveraineté. Il est donc bien possible que le roi ait fait le marché dont on parle. Pour ce qui est du droit, faut-il parler de droit chez les princes? En effet, du point de vue légal, l'État est inaliénable de par l'acte de 1694 et celui de 1707 qui l'a assigné au roi de Prusse (en réalité cette dernière sentence suppose l'aliénabilité). Outre cela, on a un acte authentique du comte [Ernst] de Metternich qui établit la souveraineté, l'inaliénabilité et l'indivisibilité de l'État. Sur le plan du droit, la question est donc claire. Ostervald ne dit rien de l'intérêt qu'on aurait à ne pas vivre dans une incertitude perpétuelle ni du danger que courent les franchises, et en particulier la religion, à être l'objet de ce genre de trafics. Si la justice indique donc clairement ce qu'on devrait faire, il en va autrement de la réalité, quand les souverains agissent pour des raisons politiques et d'intérêt. On vit donc dans la crainte et la situation est bien fâcheuse. À Berne, on en est conscient et on reconnaît, peut-être trop tard, qu'on n'aurait pas dû laisser les négociations s'engager si loin. Ostervald ne prévoit que du mal, que l'on change ou que l'on demeure dans la même situation. Si on change, le pays sera, pour ainsi dire, vendu, et qu'en sera-t-il de la liberté et de la religion? Si on reste sous la domination du roi, comme le devoir et l'intérêt l'exigeraient, le pays demeurera dans un état déplorable, car le roi ne s'intéresse pas à lui et tout est entre les mains d'un ministre passionné qui écoute des favoris d'un étrange caractère: les honnêtes gens n'ont aucun crédit, l'anarchie règne partout, de même que la licence, l'impiété et l'irreligion. Ce qui accroît la peine est la façon dont on dit que la négociation a été menée à Herrenhausen puisqu'il semblerait que le roi d'Angleterre [George I] entre dans la négociation; si on pense à ce qu'ont fait le roi Guillaume III en 1699 et la reine Anne en 1707 pour défendre le pays et sa religion! Le pire est que, quand le roi de France [Louis XV] le voudra, le pays sera réuni à la couronne de France; en effet, en 1707, après l'investiture, le parlement de Besançon a réuni par décret le domaine utile du pays au domaine direct, à cause de la baronnie d'Arlay, située en Bourgogne, dont le roi de France est seigneur avec tous les droits qu'avait la maison d'Autriche en Bourgogne. Et voilà un titre qu'on fera valoir au bon moment. On dit aussi qu'on exécutera ce dessein non pas en faisant juger les États du pays mais par le suffrage des peuples, corps et communautés, ce qu'on a commencé à pratiquer quand le baron était à Neuchâtel et qui renverserait la constitution fondamentale de l'État en ouvrant la porte à la cabale et à la confusion. Ce qu'on a dit à JA à propos de [de Pesmes] de Saint-"Saphorin ne doit pas être vrai. Il ne peut avoir fait cette proposition aux Messieurs de Berne, puisqu'il n'a couché qu'une nuit à Berne, avant de se rendre en Bavière. Ostervald aimerait que JA parle de tout cela à l'archevêque [Wake] et qu'il tâche de savoir de lui ce qu'il y a de vrai dans ces bruits. Il lui demande aussi d'être tenu au courant de tout ce qu'il pourrait apprendre sur cette affaire. On doit rester fidèle au roi mais si celui-ci veut se débarrasser du pays, du moins il faut s'assurer que cela se fera d'une manière qui garantisse la liberté de la religion. Ostervald a écrit à l'archevêque et lui a envoyé le second mémoire venu de Batavia; il le fera parvenir aussi à JA.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Neuchâtel

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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