181 Lettres

Lettre 3509 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Paris 19.05.1725

J'ai beaucoup de graces

Vernet remercie beaucoup JA de lui avoir communiqué la nouvelle de l'élection de [Jacques-Théodore] Le Clerc, qui a un vrai talent pour l'érudition et qui rendra de grands services à l'Académie. Il s'imagine qu'il apprendra bientôt l'arabe, indispensable pour l'érudition orientale. L'abbé de Saint-Pierre se réjouit de recevoir l'ouvrage de JA quand il sera terminé. Il ne se souvient pas d'avoir rencontré JA chez [Étienne] Pavillon mais cela est très possible puisqu'il y allait souvent. Il a écri...

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Lettre 3509 de Jacob Vernet à Jean-Alphonse Turrettini

Paris 19.05.1725


Lettre autographe, signée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.V.1

Budé, Vie de Vernet, p.18-19.


J'ai beaucoup de graces


Vernet remercie beaucoup JA de lui avoir communiqué la nouvelle de l'élection de [Jacques-Théodore] Le Clerc, qui a un vrai talent pour l'érudition et qui rendra de grands services à l'Académie. Il s'imagine qu'il apprendra bientôt l'arabe, indispensable pour l'érudition orientale. L'abbé de Saint-Pierre se réjouit de recevoir l'ouvrage de JA quand il sera terminé. Il ne se souvient pas d'avoir rencontré JA chez [Étienne] Pavillon mais cela est très possible puisqu'il y allait souvent. Il a écrit quelque chose sur les conflits entre Gomar et Arminius mais du point de vue politique; il prétend qu'un bon gouvernement a intérêt à favoriser les sentiments du second. Il a aussi inséré dans le dernier Mémoire de Trévoux quelques avis [Observations générales] à l'abbé de Houteville pour perfectionner son ouvrage [La religion chrétienne] dont il prépare une deuxième édition. Il prétend que dans ce genre d'ouvrage, on ne doit pas négliger d'avoir recours aux figures et aux peintures qui frappent l'imagination puisque l'homme est déterminé à croire par un certain ébranlement du cerveau, par des sentiments etc. autant que par la raison. Vernet aimerait avoir l'avis de JA là-dessus. En effet pour Vernet, les catholiques réussissent moins bien que les protestants dans les ouvrages d'apologétique. Ils suent sang et eau pour démontrer l'excellence de la doctrine chrétienne sans y arriver; l'unique preuve qu'ils ont en main est celle des faits. L'abbé de Houtteville l'a bien senti; il n'a pas justifié la doctrine chrétienne par elle-même mais a eu recours au poids des autorités. Les théologiens protestants, notamment ceux qui pensent comme JA, ont les coudées plus franches; on suit la religion chrétienne parce qu'elle est bonne et sage, indépendamment des recommandations qu'on peut lui procurer. Le portrait que brosse JA est admirable. Ne voudrait-il pas joindre tout de suite les difficultés aux réponses? Cela aurait deux avantages: 1) éviter les répétitions et 2) ne pas séparer des choses qui doivent aller ensemble. En outre, si on renvoie les objections à la fin, on donne l'impression de n'avoir rien prouvé jusqu'alors et de confier ces matières au succès arbitraire de la dispute, au lieu que si on mettait ensemble preuves et objections, on ferait un tout qui aurait plus de poids. Si JA approuvait cette suggestion, il faudrait donner les objections chacune dans son lieu. Il attend la décision de JA pour traduire le tableau des dogmes dans la IIe section. La partie des préceptes est finie. JA ne penserait-il pas à joindre les promesses aux dogmes? Vernet y pense pour plusieurs raisons: 1) les promesses dont on parle sont de vrais dogmes et peuvent se ranger parmi les articles de foi, comme on l'a bien senti dans les catéchismes qui n'ont que deux parties, les vérités et les devoirs 2) la partie relative aux promesses n'est pas assez étendue pour former un chapitre à part, surtout dans les thèses de JA où celui-ci n'a pas eu les coudées franches 3) JA est obligé de faire mention de l'immortalité et du jugement à venir dans la partie des dogmes; mais il suppose ces vérités aussi parmi les motifs de la morale. Il serait peut-être plus naturel de les placer dans la première partie pour éviter toute répétition. Il est aussi étonné que JA ne dise rien de la résurrection dans le chapitre sur les promesses. Il a été sûrement gêné par le fait qu'il s'agissait de thèses. Vernet attend avec impatience ce que JA veut y ajouter pour la nouvelle forme. Il attend aussi avec impatience ce que JA veut ajouter sur les caractères de la révélation et tout le reste. Cornabé a remis à Vernet la thèse sur la vérité de la religion judaïque [Disputatio, 1717]. Il a promis à Guiton de compléter ce qui manque à son recueil, la thèse Qua via et les deux réponses aux difficultés [Disputatio, pars prima-secunda, 1724] ; o"n attend tous la IIIe. Il y a un auteur allemand qui s'appelle Oporin qui a fait un traité sur l'immortalité de l'âme [Historiæ criticæ dissertatio] et qui prépare une bibliothèque critique des auteurs qui ont écrit sur la vérité de la religion chrétienne. Il a écrit à l'un des amis de Vernet qui sont ici qu'il souhaiterait voir l'ouvrage de JA pour pouvoir le mentionner. L'ami en question est un honnête théologien de Hambourg, nommé Crusius, chapelain de l'envoyé du Danemark [Wedderkopp], qui a fait des remarques critiques sur la vie et les écrits de Du Plessis-Mornay intitulés Singularia plessiaca. Vernet a trouvé dans un inventaire, pour le professeur [Samuel] Turrettini, la Geographia de Nubie [d'Idrisi] et la lui enverra. La Lettre de l'abbesse de Chelles [Louise-Adélaïde d'Orléans], que JA a lue dans la Gazette de Hollande, a été condamnée et supprimée; elle est janséniste et très éclairée. Elle a pris des leçons de théologie du cardinal de Noailles. Le père Hardouin a finalement obtenu un arrêt du Conseil qui permet le débit de son ouvrage sur les Conciles et casse celui du parlement. L'abbé Desfontaines, auteur principal du Journal des sçavans, vient d'être mis à Bicêtre [prison des sodomites], car il est accusé de ne pas aimer les femmes; il proteste contre cette accusation odieuse et clame qu'elle est l'œuvre de ses ennemis. Il en a en effet beaucoup dont, entre autres, toute la faction de Fontenelle et de [Houdar de (?)] La Mothe. On n'a pas encore de reine et on dit même que le roi [Louis XV] ne veut pas se marier. On va débiter les quatre premiers tomes de l'Histoire romaine de Catrou.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Paris

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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