285 Lettres

Lettre 3432 de Gabriel Artis  à Jean-Alphonse Turrettini

Berlin 15.11.1724

J'ai l'honneur de vous... envoyer

D'Artis envoie à JA des extraits de la correspondance qu'il a eue avec [Bénédict] Pictet, d'où ressortent les sentiments que celui-ci avait à son égard. Après avoir passé par Paris et par Strasbourg, il quitta la France pour Francfort où il espérait pouvoir rester pour œuvrer au maintien de la foi orthodoxe. Mais ses desseins ne suscitèrent aucune disposition favorable et il y vit un signe de la providence qui l'appelait à Berlin. Il est maintenant dans cette ville depuis deux mois mais il n'a r...

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Berlin 15.11.1724


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 486 (f.276-277)


J'ai l'honneur de vous... envoyer


D'Artis envoie à JA des extraits de la correspondance qu'il a eue avec [Bénédict] Pictet, d'où ressortent les sentiments que celui-ci avait à son égard. Après avoir passé par Paris et par Strasbourg, il quitta la France pour Francfort où il espérait pouvoir rester pour œuvrer au maintien de la foi orthodoxe. Mais ses desseins ne suscitèrent aucune disposition favorable et il y vit un signe de la providence qui l'appelait à Berlin. Il est maintenant dans cette ville depuis deux mois mais il n'a rencontré que des attitudes très hostiles à son égard tant dans le Consistoire français que parmi son troupeau. L'extrême indigence dans laquelle il se trouve et la dureté du Consistoire, parfaitement ingrat envers l'un des pasteurs les plus vieux et dévoués, l'ont obligé à demander secours aux Églises allemandes. On a complètement oublié tout ce qu'il a fait à l'égard des réfugiés. Un de ses anciens amis lui a laissé entendre que la seule façon de sortir de sa misère serait de se mettre entre les mains de [Jacques] Lenfant, disposé peut-être à l'aider à condition qu'il s'en remette sans réserve à sa discrétion. Il connaît les qualités humaines de Lenfant et est prêt à croire que celui-ci se conduirait d'une telle manière mais d'Artis est plus éloigné que jamais de la démarche qu'on lui propose. Il serait en effet tout à fait disposé à faire le sacrifice de ses justes ressentiments au nom de la charité chrétienne qu'il pratique mais des raisons doctrinales l'en empêchent. Depuis trente ans, il est convaincu qu'il y a parmi les théologiens modernes une faction d'antitrinitaires, parmi lesquels se trouve Lenfant, qui fait de son mieux pour saper les fondements de la religion chrétienne; leur méthode est de donner à des passages très formels de l'Écriture un sens tout différent de celui des réformateurs et des théologiens des trois communions différentes. D'Artis s'est opposé à ce projet par ses écrits et ses sermons et on lui en a fait un crime, en le faisant passer pour un brouillon et, paradoxalement, pour un novateur. Il eut un différend avec Lenfant sur le nombre et la validité des passages scripturaires qui prouvent la divinité de Jésus-Christ; cela donna lieu à trois lettres, dont deux ont été publiées depuis et la troisième a été supprimée de mauvaise foi [Lettres de M. d'Artis et de M. Lenfant]. Il avoue que les passages sur lesquels il établit cette divinité ne sont pas probants dans la traduction qui est donnée par Lenfant et Beausobre dans leur édition du Nouveau Testament [Amsterdam, 1718]. Il a examiné un grand nombre de ces passages et estime que l'interprétation des deux théologiens est très faible; tel est le jugement qu'il porte sur un ouvrage qui a un grand nombre de partisans à Genève, selon le dire de Pictet. Il ne sait pas si JA est parmi ceux-ci, quoiqu'il sache bien que celui-ci est en grande correspondance avec Lenfant. Mais il le sait aussi homme assez honnête pour reconnaître la vérité sur des questions de fait. C'est pourquoi il lui demande d'examiner attentivement une dizaine de ces passages sur la divinité du Christ et de lui communiquer ce qu'il en pense. Avec un différend si grave sur pied, il est impossible à d'Artis de feindre une réconciliation avec Lenfant. Par rapport aux conflits qui ont agité l'Académie de Genève une cinquantaine d'années auparavant et dans lesquels le père de JA a révélé tout son zèle, celui qui l'oppose à Lenfant porte sur des matières bien plus importantes. Pour qu'une véritable réconciliation ait lieu, il faudrait plusieurs conditions, à savoir 1) que l'on examine s'il est vrai ou faux qu'il y ait tant de gens qui s'éloignent, sur les dogmes fondamentaux, de la saine doctrine, suivant l'expression de Pictet. Celle-ci peut être facilement définie à partir du Concile de Nicée, du Symbole d'Athanase, des catéchismes et des confessions de foi 2) qu'on lui permette, maintenant qu'il est à Berlin, de rendre compte de toutes les circonstances de son différend"avec Lenfant et les autres ministres, notamment pour ce qui concerne la traduction du Nouveau Testament. Il l'aurait fait à Strasbourg ou à Genève, si seulement les partisans de cet ouvrage avaient voulu entrer en conférence avec lui. Ce qu'il demande ne serait que justice rendue à un pasteur qui exerce depuis 42 ans un ministère dont il s'est toujours acquitté avec fidélité. C'est ce que Pictet dit dans sa lettre. D'Artis rappelle que, s'il peut paraître isolé, il a encore en réalité le plus grand nombre avec lui, sinon à Genève, où ce Nouveau Testament a beaucoup de partisans et dont l'Académie s'est rendue suspecte depuis quelque temps, du moins parmi les vieux théologiens, les catholiques, une grande partie des luthériens et certains laïcs réfugiés qui ont été scandalisés par cette traduction. Un descendant de [Philippe] Du Plessis-Mornay, qui vivait à Amsterdam, a écrit contre cet ouvrage et qualifié les auteurs de Frères berlinois pour les mettre en parallèle avec les Frères polonais. JA, qui œuvre tellement pour la réunification, devrait être sensible au fait que les théologiens soupçonnés d'hétérodoxie sur les dogmes fondamentaux retardent fortement la réconciliation avec les luthériens. D'Artis lui-même avait écrit sur la réunification et il est convaincu que, s'il ne subsistait que les anciens obstacles, elle serait désormais facile; mais le penchant au socinianisme de certains théologiens réformés constitue un obstacle très grave. Maintenant qu'il est à Berlin, il espère qu'il pourra porter ses plaintes devant les instances appropriées ou, si on veut résoudre le conflit à l'amiable, par des conférences, publiques ou privées.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Berlin

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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