32 Lettres

Lettre 3416 de Jean-Pierre Crousaz  à Jean-Alphonse Turrettini

Groningue 19.09.1724

Je suis icy... depuis

De Crousaz est √† Groningue depuis le d√©but du mois; le voyage s'est tr√®s bien pass√©. Sa femme [Louise I] et ses filles [Louise II et Marie], lasses du Rhin, l'ont quitt√© √† Emerich. Ils sont all√©s ensuite √† Cl√®ves trois jours chez le comte de Byland, puis √† Doort aupr√®s du comte de Flodroff. En attendant l'arriv√©e des hardes, la famille a s√©journ√© chez [Jean I] Barbeyrac qui appara√ģt rajeuni, comme sa femme [H√©l√®ne] du reste. Toute la famille s'est adapt√©e √† la bi√®re ; mais ils ont ici aussi du b...

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Groningue 19.09.1724


Lettre originale non autographe, signée. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 486 (f.43-44)


Je suis icy... depuis


De Crousaz est √† Groningue depuis le d√©but du mois; le voyage s'est tr√®s bien pass√©. Sa femme [Louise I] et ses filles [Louise II et Marie], lasses du Rhin, l'ont quitt√© √† Emerich. Ils sont all√©s ensuite √† Cl√®ves trois jours chez le comte de Byland, puis √† Doort aupr√®s du comte de Flodroff. En attendant l'arriv√©e des hardes, la famille a s√©journ√© chez [Jean I] Barbeyrac qui appara√ģt rajeuni, comme sa femme [H√©l√®ne] du reste. Toute la famille s'est adapt√©e √† la bi√®re ; mais ils ont ici aussi du bon vin, des eaux bonnes et un air plus vif; quant aux gens, il y en a beaucoup qui parlent fran√ßais et sont polis. Il a √©t√© bien accueilli par les professeurs de th√©ologie [Driessen et Verbrugge] ; il regrette seulement qu'on boive et qu'on fume autant lors de ces entretiens mais il est vrai qu'on peut se limiter. Driessen a paru √©difi√© du refus de signer; il est orthodoxe mais il regarde toute contrainte en mati√®re de religion comme un reste d'antichristianisme. Barbeyrac a su persuader les magistrats que toutes les formules n'√©taient que des exp√©dients des th√©ologiens pour dominer. Driessen est tout √† fait pour la libert√©; il va jusqu'√† rejeter le th√®me des causes occasionnelles et croit que l'√Ęme agit r√©ellement sur le corps et vice versa; que la libert√© d'indiff√©rence consiste dans le pouvoir que Dieu a donn√© √† l'√Ęme sur les autres facult√©s; que qui pense autrement renverse la souverainet√© de Dieu sur ses cr√©atures. Il s'en prend vivement √† Leibniz et √† ses disciples, Wolff notamment. De Crousaz l'a sollicit√© √† publier sa r√©futation des fatalistes. Quant √† lui-m√™me, il trouvera toujours en Leibniz et en Wolff d'excellents plastrons pour faire accepter ses principes aux th√©ologiens. Son coll√®gue de facult√© Tilburg a d√©j√† commenc√© ses coll√®ges; il en fera un sur la pneumatologie et en a fait un autre sur la logique dans lequel il a prouv√© que celle-ci est une science et non pas un art puisqu'elle a pour objet des choses immat√©rielles; de m√™me il a montr√© que la logique √©tait une partie de la philosophie et non pas un organe. Il faudra que de Crousaz travaille dur pour s'√©lever √† un tel niveau! Il est en tout cas heureux d'√™tre dans un pays o√Ļ les magistrats ne prennent pas de part aux querelles des savants. Il se tiendra √† l'√©cart de toute dispute. Les eccl√©siastiques savent gr√© √† de Crousaz de porter l'habit pastoral, contrairement √† ses coll√®gues. [Georges] Polier [de Bottens] a remis √† de Crousaz et √† Barbeyrac les derni√®res dissertations de JA [Disputatio, pars prima-secunda, 1724 (?)] qu'ils ont lues avec la plus gande satisfaction possible, comme tout ce qui vient de lui.

Adresse

[Genève]


Lieux

√Čmission

Groningue

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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