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Lettre 3390 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 19.06.1724

J'ecris le plus rarement

JA tâche de déranger Wake le moins possible; c'est pourquoi il n'avait pas répondu à sa dernière lettre, en se contentant d'en marquer la réception à [Heins Heinrich II] Ott. Il brise maintenant le silence pour lui communiquer la nouvelle de la mort, le 10 de ce mois, de [Bénédict] Pictet que Dieu a retiré de ce monde, après une langueur de quelques mois qui a été accompagnée d'un affaiblissement de l'esprit, raison pour laquelle personne ne l'a plus vu depuis sa maladie. Il est mort dans son so...

Lettre 3390 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 19.06.1724


Lettre autographe, signée. (F)
Christ Church Library (Oxford), Arch. W. Epist.31 (174-175)

Une phrase dans Sykes, Wake, II, p.56.


J'ecris le plus rarement


JA tâche de déranger Wake le moins possible; c'est pourquoi il n'avait pas répondu à sa dernière lettre, en se contentant d'en marquer la réception à [Heins Heinrich II] Ott. Il brise maintenant le silence pour lui communiquer la nouvelle de la mort, le 10 de ce mois, de [Bénédict] Pictet que Dieu a retiré de ce monde, après une langueur de quelques mois qui a été accompagnée d'un affaiblissement de l'esprit, raison pour laquelle personne ne l'a plus vu depuis sa maladie. Il est mort dans son sommeil d'une manière fort douce. On doit reconnaître qu'il avait beaucoup de lecture et une grande mémoire et beaucoup de facilité à écrire et à parler. Il avait aussi un don pour la prédication, une belle voix et beaucoup de feu qui lui valaient les applaudissements. Malheureusement il lui manquait la justesse d'esprit et la modération; la source de son zèle outré était une prodigeuse vanité qui lui faisait faire des démarches peu convenables. C'est du reste ce qui le fit tomber plusieurs fois en contradiction avec lui-même. Il avait en effet écrit des livres très modérés sur la réunion avec les luthériens [De consensu; Amica responsio; Vindiciæ; Lutheri et Calvini] mais il s'était extraordinairement échauffé sur la question du Consensus tant à Genève qu'en Suisse. Et JA tient de source sûre qu'il avait écrit plusieurs lettres qui contribuèrent à échauffer les ecclésiastiques de ces pays-là. La Compagnie de Genève a décidé d'informer Wake de ce décès; JA prie son correspondant de saisir l'occasion de la réponse qu'il voudra peut-être faire pour exhorter l'Église genevoise à persévérer dans la modération sur le fait des questions obscures comme celles de la grâce et de la prédestination. Cela tombera d'autant plus à propos que le successeur probable de Pictet sera [Antoine I] Maurice, qui est parmi les rigides et d'idées assez semblables à celles du défunt. JA pourtant a toujours évité d'entrer en conflit avec Pictet et espère qu'il en ira de même avec le nouveau collègue. JA n'a plus eu de nouvelles du Palatinat; il espère qu'on laissera tranquilles les réformés et qu'on veillera aux besoins des uns et des autres par la collecte qu'on envisage. L'affaire du Consensus s'est assoupie; JA ne sait même pas si on a répondu aux lettres des deux rois [George I, "Aux illustres", 1723; Friedrich Wilhelm I, "Aux Illustres", 1723]. Les députés de Genève [Jacob Chapeaurouge-Dauphin et Marc-Conrad Trembley] lui ont rapporté que la plupart des politiques de Zurich et de Berne étaient très modérés; ceux-ci ont dit que sans l'intervention échauffée des ecclésiastiques, le Consensus serait certainement tombé mais que cela ne tarderait pas à arriver. Ils sont du reste allés jusqu'à boire à la santé de JA. Il n'y a pour le moment pas de suites au sujet du différend qui oppose Genève au roi de Sardaigne [Victor-Amédée II] ; celui-ci est attendu dans le voisinage après la moisson. Il n'y a pas lieu de s'effrayer de ce voyage mais on reste vigilant. C'est un bonheur pour Genève d'avoir le roi d'Angleterre [George I] pour ami et protecteur; JA remercie Wake des bons services qu'il lui a offerts à ce propos. Il a vu les Patres apostolici [1724] que Le Clerc a dédiés à Wake; dans les deux dissertations préliminaires, il réfute bien les rêveries de Whiston sur les Constitutions apostoliques et sur les lettres d'Ignace. Ces dissertations montrent bien que Le Clerc n'est pas arien, de même que ses prolégomènes à l'histoire ecclésiastique prouvent qu'il n'est guère socinien et qu'il a sur la trinité et sur les natures du Christ des sentiments ordinaires à l'exception près qu'il veut qu'on se tienne aux expressions de l'Écriture, en quoi il n'a peut-être pas tort. Un pareil homme mériterait de recevoir quelques marques de reconnaissance pour tout ce qu'il"fait pour le public. Il travaille à achever sa belle histoire des Pays-Bas et dit vouloir donner prochaînement le reste de son commentaire à l'Ancien Testament. Ces grands ouvrages pourraient peut-être être l'occasion, soit pour l'État soit pour l'Église d'Angleterre, de lui faire obtenir quelque chose, d'autant plus qu'il ne perd pas une occasion de manifester le respect qu'il a pour cette Église-là. JA dit tout cela à Wake de son propre chef et sans que personne en soit au courant. Daye se porte bien et étudie avec application l'hébreu. On a vu une Déclaration du roi de France [Louis XV] sur la religion qui renouvelle toutes les précédentes; si elle est exacte, on va voir beaucoup de choses tristes. Quand on pense à l'esprit du papisme, qui est toujours le même, et au déluge d'impiété et d'irreligion qu'il y a partout, on ne peut que s'étonner de l'acharnement qu'ont certaines personnes à rester dans des divisions qui ne portent que sur des bagatelles. Après avoir déjà fermé la lettre, JA vient d'apprendre qu'on a finalement la réponse des Cantons évangéliques à la deuxième lettre du roi d'Angleterre dont il joint une copie ["Réponse", 1724]. Il y a des compliments à perte de vue mais ils ne sont là que pour colorer le refus d'une exhortation très sage et très pieuse. L'endroit où ils disent qu'ils ôteront le Consensus quand la réunion sera faite, serait une raillerie si elle était adressée à une personne d'un autre rang. [Jean-Pierre] de Crousaz, la personne qui faisait le plus d'honneur à l'Académie de Lausanne, s'en va à Groningue. Messieurs de Berne lui ont accordé son congé, en ajoutant que sa place resterait libre pendant un an de façon à lui permettre de revenir s'il le voulait. Son fils [Abraham] assurera l'interim et il pourra ainsi s'assurer peu à peu cette place.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation

Oxford


Cités dans la lettre

Ouvrages

Amica responsio amicæ disceptationis Dan. Sev. Sculteti de rebus inter protestantes controversis, De consensu et dissensu inter reformatos et augustanæ confessionis fratres Dissertationis de consensu et dissensu inter reformatos et augustanæ confessionis fratres vindiciæ adversus animadversiones quas edidit lutheranus Déclaration du Roy concernant la Religion Formula Consensus Ecclesiarum Helveticarum Reformatarum circa doctrinam de gratia universali et connexa aliaque nonnulla capita Histoire des Provinces-Unies des Pays-Bas avec les principales medailles et leur explication depuis le commencement jusqu'au Traité de la Barrière conclu en 1716 Historia ecclesiastica duorum primorum a Christo nato sæculorum Primitive Christianity reviv'd Sanctorum Patrum [...] Opera vera et suppositicia [...] J. B. Cotelerius [...] eruit [...] Recensuit [...] Joannes Clericus Veteris Testamenti Prophetæ, Veteris Testamenti libri historici Virorum immortales et beatæ memoriæ Lutheri et Calvini Consensus in materia prædestinationis et Augustini sententiæ brevis expositio [«Réponse à Sa Majesté Britannique», Zurich, 17.06.1724] dans [Barthélemy Barnaud], Mémoires pour servir à l'histoire des troubles arrivés en Suisse à l'occasion du Consensus «Aux Illustres et Magnifiques Seigneurs, les Bourguemaîtres, Avoyers, Landmans, & Conseillers, des Cantons Evangeliques de Suisse, Zurich, Berne, Glaris, Bâle, Schaffouse, Appenzel, St Gall, & Bienne, Nos très-chers Amis » [Datée de St James, ce 30 janvier 1722/23] dans [Barthélemy Barnaud], Mémoires pour servir à l'histoire des troubles arrivés en Suisse, à l'occasion du Consensus « Dissertationes duæ » dans Sanctorum Patrum Opera edita et inedita «Frédéric-Guillaume, par la Grace de Dieu, Roi de Prusse &c. Aux Illustres et Magnifiques Seigneurs, les Bourguemaîtres, Avoyers, Landmans, & Conseillers, des Cantons Evangeliques de Suisse, Zurich, Berne, Glaris, Bâle, Schaffouse, Appenzel, St Gall, & Bienne, Nos très-chers Amis » [Datée de Berlin, ce 6 avril 1723] dans [Barthélemy Barnaud], Mémoires pour servir à l'Histoire des troubles arrivés en Suisse, à l'occasion du Consensus ➤ Lister (16)