66 Lettres

Lettre 3329 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 18.10.1723 [18.10.1723 (s.n.)]

J'eus le plaisir

JA a eu le plaisir de voir il y a quelques semaines [Hans Heinrich II] Ott et Daye mais seulement pour huit jours, le premier étant parti par la suite pour Zurich, l'autre pour Bâle. Il espère les revoir à nouveau sous peu. Si Daye s'arrête quelque temps à Genève, JA se fera un plaisir de le suivre. Il transcrit par la suite un extrait d'une lettre que l'avoyer de Berne, [Christoph] Steiger, lui a envoyée au sujet du Consensus; Steiger rend compte de la Diète de Frauenfeld où, après maint...

Lettre 3329 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 18.10.1723 [18.10.1723 (s.n.)]


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Christ Church Library (Oxford), Arch. W. Epist.31 (164-165)


J'eus le plaisir


JA a eu le plaisir de voir il y a quelques semaines [Hans Heinrich II] Ott et Daye mais seulement pour huit jours, le premier étant parti par la suite pour Zurich, l'autre pour Bâle. Il espère les revoir à nouveau sous peu. Si Daye s'arrête quelque temps à Genève, JA se fera un plaisir de le suivre. Il transcrit par la suite un extrait d'une lettre que l'avoyer de Berne, [Christoph] Steiger, lui a envoyée au sujet du Consensus; Steiger rend compte de la Diète de Frauenfeld où, après maintes discussions, on s'est accordé pour dire qu'on abolira le Consensus quand la réunion entre les protestants sera faite, ce qui apparaît à JA bien singulier, voire burlesque. Il a aussi reçu, et envoie à Wake, le projet de la réponse que les Cantons évangéliques doivent faire aux deux rois [George I et Friedrich Wilhelm I] ; c'est une réponse adroite qui fait tout pour dorer la pillule. Promettre qu'on abolira la Formula après la réunification, ce serait comme si on disait qu'on donnera au malade les remèdes après sa guérison. JA a appris de différents côtés que les autorités politiques auraient déféré aux demandes des représentants des deux rois et du Corps évangélique de Ratisbonne si les ecclésiastiques ne les en avaient pas empêché par une activité effrénée: ils ont en effet publié plusieurs écrits en allemand, en latin et dans les deux langues; ils ont fait du porte à porte auprès de tous les membre des Conseils, en leur représentant l'affaire comme étant de la plus grande importance pour la religion et pour l'État et faisant passer les opposants du Consensus pour des gens sans religion, voire des déistes et des athées. JA a eu entre les mains la lettre que l'antistès de Zurich [Johann Ludwig Nüscheler] a envoyée au doyen de l'Église des Grisons et qui peint cette affaire en des tons outrés, indiquant les ecclésiastiques de Lausanne comme des gens ayant des sentiments affreux, dont il a horreur. Les luthériens sont scandalisés et ont parlé à JA de [Samuel] Scheurer comme de l'un des plus emportés de Berne et de l'antistès de Zurich comme du plus échauffé de tous. JA n'a pourtant pas perdu l'espoir qu'avec le temps les esprits s'adouciront et qu'on pourra faire valoir le grand désir des Cantons évangéliques pour la réunion quand il y aura des négociations politiques. La chaleur avec laquelle on se bat en Suisse en faveur de la doctrine la plus rigide sur la prédestination continue de faire un très mauvais effet sur les luthériens. C'est ce qui ressort de deux lettres que JA a reçues, l'une du duc de Saxe-Gotha [Friedrich II] et l'autre de Cyprian, l'un des théologiens de cette Cour-là, et dont il envoie une copie à Wake. JA n'est pas au courant des griefs dont ces deux lettres font état mais il pourrait s'agir simplement de vieilles plaintes. Il est néanmoins vrai que les réformés du Palatinat auraient pu être plus coopératifs, compte tenu surtout du fait que les Cantons évangéliques s'étaient offerts de les dédommager de la septième portion qu'ils auraient cédée aux luthériens. Il transcrit à ce propos un passage d'une lettre de l'avoyer [Christoph] Steiger. Pour revenir à l'affaire du Consensus, JA doit dire à Wake qu'une personne de Genève, qui est connue du prélat [Bénédict Pictet], passe pour avoir beaucoup travaillé à échauffer les esprits en Suisse. Il leur a fourni plusieurs lettres et extraits des registres qu'ils ont publiés avec beaucoup d'imprudence; ce genre de démêlés aurait tout intérêt à être enseveli dans le plus grand silence. Cette même personne a cru chagriner JA en leur fournissant une lettre de feu son père à feu Claude [dans Claude, Lettre], lettre qui était la réponse à celle, très belle et judicieuse, que le ministre de Charenton lui avait envoyée pour montrer les inconvénients du Consensus ["Réponse"]. Avec tout le respect possible qu'il a pour la mém"oire de celui qui a été un très bon père, JA doit convenir qu'il avait l'esprit trop échauffé sur ces matières. Il n'y a pas de honte à reconnaître cela et à s'adoucir en théologie. En 1706, quand on a aboli à Genève la signature obligatoire du Consensus, ils étaient cinq ou six pasteurs et professeurs dont les pères avaient été très rigides en ces matières et qui avaient pourtant adopté des positions bien différentes des leurs, étant prêts à abandonner de bon cœur et pour le bien de l'Église les positions des parents. C'était du reste ce qui était arrivé à Louis [I] Tronchin dont le père Théodore avait été à Dordrecht et était très intransigeant sur la question de la grâce universelle. JA plaide la cause du colonel Stewart qui demeure toujours dans le voisinage et qui n'a plus eu aucun contact avec ceux de son ancien parti. Il assure que, s'il obtient la grâce, il se retirera dans un coin d'Écosse avec sa famille sans plus songer à faire quoi que ce soit contre le gouvernement. JA, qui le connaît bien depuis longtemps, appuie sa demande et prie Wake de lui dire quelles démarches il pourrait faire. JA a fait parvenir à son correspondant, par l'entremise de quelqu'un qui avait amené à Genève le fils [Charles II] de [Charles I Spencer] de Sunderland, un ouvrage de Roques [Le Pasteur évangélique] ; il remettra maintenant à Ott les Pensées sur la réunion qu'il a eu le bonheur de trouver; c'est un ouvrage paru en 1723 et dont l'auteur se nomme Brucker. Il remercie enfin Wake des bontés qu'il a pour Ott et [Paul] L'Escot; il connaît ce dernier depuis quarante ans; il est un très honnête homme.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation

Oxford


Cités dans la lettre