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Lettre 3203 de Gabriel Bergier Ă  Jean-Alphonse Turrettini

[Lausanne] av.17.05.1722 [s.d.]

Vous prenés trop

Bergier renseigne JA sur les derniers développements de l'affaire du Consensus. Les députés bernois [Johann Anton et Johann Rudolf Tillier] arrivÚrent dimanche passé et le lendemain le banneret [Johann Anton] Tillier fit venir Bergier au chùteau; il s'entretint pendant deux heures et plus, le but de la visite étant de savoir quelle était la disposition des esprits touchant la députation. AprÚs avoir manifesté tout son respect et sa soumission à l'égard des autorités bernoises, Bergier aff...

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Lettre 3203 de Gabriel Bergier Ă  Jean-Alphonse Turrettini

[Lausanne] av.17.05.1722 [s.d.]


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
BibliothÚque de GenÚve, Ms fr 485 (f.41-48)


Vous prenés trop


Bergier renseigne JA sur les derniers dĂ©veloppements de l'affaire du Consensus. Les dĂ©putĂ©s bernois [Johann Anton et Johann Rudolf Tillier] arrivĂšrent dimanche passĂ© et le lendemain le banneret [Johann Anton] Tillier fit venir Bergier au chĂąteau; il s'entretint pendant deux heures et plus, le but de la visite Ă©tant de savoir quelle Ă©tait la disposition des esprits touchant la dĂ©putation. AprĂšs avoir manifestĂ© tout son respect et sa soumission Ă  l'Ă©gard des autoritĂ©s bernoises, Bergier affirma qu'il ne signerait jamais le Consensus si cette signature signifiait la reconnaissance d'une telle doctrine comme Ă©tant la vĂ©ritable; il ajouta qu'il considĂ©rait plusieurs articles de ce formulaire comme dĂ©nuĂ©s de fondement scripturaire ou manifestement contraires aux enseignements bibliques. C'est pourquoi une signature qui Ă©quivaudrait Ă  une reconnaissance de vĂ©ritĂ© doctrinale serait une fausse dĂ©claration, qui porterait offense aux autoritĂ©s. Il termina en disant qu'il ne pourrait jamais s'engager Ă  enseigner les doctrines du Consensus, ne les croyant pas conformes Ă  la Parole de Dieu; mais, pour obĂ©ir au souverain, il s'engagerait formellement Ă  ne jamais combattre ces doctrines et Ă  ne pas enseigner celles qui y sont condamnĂ©es; cet engagement serait d'autant plus facile que, de l'aveu mĂȘme de ceux qui les ont composĂ©es, les doctrines du Consensus ne sont pas essentielles. Tillier rĂ©pondit que les autoritĂ©s bernoises Ă©taient des princes pieux qui jamais ne gĂȘneraient les consciences, Dieu seul pouvant prescrire des lois Ă  celles-ci. En tant que protestants, ils reconnaissent pour rĂšgle de la foi la seule Écriture et ont autorisĂ© la Confession helvĂ©tique seulement parce qu'ils l'ont estimĂ©e conforme Ă  la Bible. En adoptant le Consensus, ils n'ont pas voulu dĂ©roger au principe fondamental du protestantisme; il n'est, dans leurs intentions, qu'un formulaire pour prĂ©venir les troubles et les divisions dans l'Église, comme le prouve, entre autres, le mĂ©moire du clergĂ© de Berne approuvĂ© par LL.EE. Il ajouta qu'on n'avait jamais inquiĂ©tĂ© aucun ministre pour ne pas avoir enseignĂ© les doctrines du Consensus et donna comme exemple le cas de SprĂŒnglin, qui avait dĂ©clarĂ© haut et fort son universalisme sans devenir pour autant l'objet de tracasseries. AprĂšs avoir soulignĂ© qu'une Ă©ventuelle signature de sa part ne concernerait pas seulement sa personne mais aussi son ministĂšre, il s'en alla, Tillier l'ayant priĂ© de bien rĂ©flĂ©chir Ă  leur conversation. Le jour suivant, il retourna chez le banneret et y trouva [Jean-Pierre] de Crousaz; il communiqua Ă  Tillier le fruit de ses rĂ©flexions, Ă  savoir qu'en tant que simple individu, il pouvait signer en conscience le Consensus selon l'intention des autoritĂ©s bernoises telle que le banneret la lui avait communiquĂ©e; mais en tant que pasteur de Lausanne il se devait d'avoir Ă  cƓur l'Ă©dification du troupeau et de mettre par consĂ©quent son honneur et sa rĂ©putation Ă  couvert. Il demanda donc que les autoritĂ©s emploient des moyens suffisants pour cela et obtint sur cela l'assurance du banneret. De Crousaz intervint en disant que les choses Ă©tant ainsi, ils pourraient signer sans scrupule, Ă  quoi Bergier ne rĂ©pondit guĂšre. Le jour suivant, Bergier rencontra le sĂ©nateur [Johann Rodolf] Tillier en prĂ©sence de [Marc-Benjamin Rosset] de Rochefort, le premier tenant exactement le mĂȘme discours que le banneret. Il ajouta nĂ©anmoins trois points: 1) la requĂȘte des professeurs lausannois a Ă©tĂ© lue en SĂ©nat, approuvĂ©e et jugĂ©e trĂšs respectueuse 2) LL.EE. prendront toutes les mesures nĂ©cessaires pour mettre Ă  couvert l'honneur des professeurs et imposeront le silence aux calomniateurs 3) la supplication des ministres intolĂ©rants est une piĂšce misĂ©rable, dĂ©nuĂ©e de toute charitĂ©. AprĂšs ce discours, Bergier se retira, satisfait des propos h"onnĂȘtes qu'il avait entendus. Le vendredi suivant les professeurs se mirent d'accord pour signer, estimant avoir reçu toutes les assurances requises d'hommes qui Ă©taient des dĂ©putĂ©s officiels et sur la parole desquels on pouvait donc compter; on exigerait seulement que leurs intentions et l'esprit dans lequel ils signeraient le Consensus soient connus avant l'acte officiel. Le banneret Tillier prit la parole et rĂ©itĂ©ra ce qu'il avait dĂ©jĂ  dit auparavant, Ă  savoir qu'en exigeant la signature du Consensus les autoritĂ©s bernoises ne voulaient pas l'imposer comme rĂšgle de foi mais comme formulaire qu'on ne devait pas attaquer. AprĂšs avoir rĂ©pĂ©tĂ© que la signature n'impliquait pas de croire aux doctrines du Consensus ni de les enseigner, ils signĂšrent tous, Ă  savoir les professeurs et les rĂ©gents qui Ă©taient pasteurs. Les professeurs s'engagĂšrent Ă  faire parvenir aux autoritĂ©s un document bref et clair spĂ©cifiant les mesures souhaitĂ©es pour mettre leur honneur Ă  couvert. N'ayant pas pu trouver un accord sur ces moyens, ils allĂšrent au prĂšche du matin, qui Ă©tait assurĂ© par [Louis-CĂ©sar] de Saussure; celui-ci dit exprĂ©ssement que LL.EE., comme princes protestants, n'exigeraient rien des signataires qui soit contraire aux principes de la RĂ©forme d'aprĂšs lesquels la Parole de Dieu est la seule rĂšgle de la foi. Pour ce qui est du Serment d'association, le banneret dit que les termes français du serment n'exprimaient pas exactement le sens des mots allemands et que lĂ  oĂč on avait traduit "supporter" il fallait lire "protĂ©ger." Voici l'Ă©tat des choses; il faut obĂ©ir au souverain quand on le peut en bonne conscience et tel a Ă©tĂ© le cas, puisqu'on a clairement dĂ©clarĂ© que la signature ne signifiait nullement un engagement Ă  enseigner les doctrines du Consensus. Et Bergier peut assurer JA qu'il se sent en paix avec sa conscience et content d'avoir pu Ă©viter l'Ă©clatement d'un scandale; Ă  cela il faut ajouter que les dĂ©clarations que les dĂ©putĂ©s ont faites sur les intentions de LL.EE. ont Ă©tĂ© prononcĂ©es Ă  plusieurs reprises devant tout le monde. Bergier veut savoir de JA ce qu'il rĂ©pondrait Ă  ceux qui lui diraient que l'arrĂȘt de rĂ©union entre les protestants de l'Empire n'empĂȘche pas que chaque Église ne retienne ses livres symboliques. Si cela peut se faire dans l'Empire, pourquoi pas en Suisse?

Adresse

[GenĂšve]


Lieux

Émission

Lausanne

RĂ©ception

GenĂšve

Conservation

GenĂšve


Cités dans la lettre

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