97 Lettres

Lettre 3193 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

[Genève] 20 et 22.04.1722 [20 et 22.04.1722 s.n.]

C'est avec la plus

C'est dans la plus amère douleur que JA écrit à Wake: malgré la très belle lettre du roi de Prusse [Friedrich Wilhelm I, Schreiben, 1722], le parti rigide l'a emporté à Berne dans le Conseil des Deux-Cents par 64 voix contre 62. On peut estimer que si la lettre du roi d'Angleterre [George I, "Aux Illustres", 1722] était arrivée avant la séance, les modérés auraient gagné. Mais Dieu en a voulu autrement et il faut baiser la verge qui nous frappe. L'Église, l'Académie de Lausanne et tout le...

Lettre 3193 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

[Genève] 20 et 22.04.1722 [20 et 22.04.1722 s.n.]


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Christ Church Library (Oxford), Arch. W. Epist.31 (135-136)


C'est avec la plus


C'est dans la plus amère douleur que JA écrit à Wake: malgré la très belle lettre du roi de Prusse [Friedrich Wilhelm I, Schreiben, 1722], le parti rigide l'a emporté à Berne dans le Conseil des Deux-Cents par 64 voix contre 62. On peut estimer que si la lettre du roi d'Angleterre [George I, "Aux Illustres", 1722] était arrivée avant la séance, les modérés auraient gagné. Mais Dieu en a voulu autrement et il faut baiser la verge qui nous frappe. L'Église, l'Académie de Lausanne et tout le Pays de Vaud se trouvent dans la plus grande consternation puisque, d'après la sentence, tous les ministres, les professeurs, et les étudiants stipendiés devront signer le Consensus sans restriction ni limitation et prêter le Serment d'association qui contient également des engagements très rigides. Un grand nombre a pourtant déclaré qu'il ne signerait pas, préférant ainsi perdre son emploi. JA transcrit à ce propos un extrait d'une lettre qu'il a reçue de Bergier, premier ministre de Lausanne âgé de 66 ans, un homme très droit, d'un grand mérite et de petite fortune. Celui-ci dit qu'il se retirera à la campagne en attendant soit la mort soit un poste à l'étranger; il exprime aussi le regret de devoir se séparer de la famille de sa fille et recommande à JA son gendre Treytorrens qui risque de souffrir de sa disgrâce. JA n'a pas pu lire cette lettre sans verser des larmes. On peut penser que si la lettre du roi d'Angleterre, résolue il y a plus d'un mois, arrivait, l'affaire pourrait être remise sur le tapis et le parti modéré reprendre le dessus ou, du moins, que les rigueurs de la persécution pourraient s'atténuer. JA demande à Wake de se renseigner sur cette lettre et sur les motifs qui font qu'elle n'est pas encore partie. Il recommande aux prières de son correspondant ces pauvres affligés, dont il se demande s'ils ne pourraient pas trouver asile en Angleterre. JA, qui avait déjà fermé sa lettre, la rouvre puisqu'il vient de recevoir la dernière de Wake qui lui apprend que la lettre du roi d'Angleterre avait été accordée. Malheureusement elle n'a pas été expédiée ou, en tout cas, on n'en a pas de nouvelles et dans cet intervalle le coup fatal a été frappé. On peut espérer que, compte tenu des irrégularités qu'il y a eu dans le jugement et de l'absence de plusieurs personnes de bien, si la lettre arrive, l'affaire sera reprise. Il incite donc Wake à s'y intéresser de près. Il est sûr que, si la lettre n'est pas arrivée, cela est dû à la négligence des commis. Au cas où la lettre ne serait pas encore partie, il serait souhaitable qu'elle fût adressée à Genève au comte [Armand-Louis] de Marsay avec prière d'en appuyer fortement le contenu et d'agir en faveur des victimes de cette nouvelle persécution qui nuit énormément à la cause de la réunion des protestants. Il faut aussi craindre que, si les modérés sont obligés de partir, les idées rigides deviennent universelles et la tyrannie insupportable; les théologiens suisses s'éloigneront de plus en plus de la théologie sage et modérée qui règne en Angleterre et dans une grande partie de l'Allemagne. Si la lettre n'est pas encore partie, il faudrait l'adresser au seul Canton de Berne où les partis sont plus équilibrés alors qu'à Zurich la prévention est presqu'universelle. Parmi ceux qui souffriront le plus de cette situation, figure [Jean-Pierre] de Crousaz, brillant professeur de mathématiques et de philosohie, qui a dédié son dernier ouvrage De l'éducation des enfants à la princesse de Galles [Caroline Wilhelmina de Braunschweig-Lüneburg-Hanovre]. Il a très peu de fortune; il pourrait honorer une académie étrangère. Outre lui, il y a aussi trente ministres à Lausanne et dans le Pays de Vaud qui ont déclaré qu'ils ne signeront pas et qui vont être privés de leur emploi et réduits à la misère. Et tout cela parce qu'on croit pouvoir dire avec saint Paul que "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés", parce qu'on ne veut pasreconnaître l'imputation antécédente du péché d'Adam ni reconnaître l'inspiration des points-voyelles. Ce qui est le plus étonnant, c'est qu'on condamne de la sorte presque tous les réformateurs de Suisse et beaucoup d'autres théologiens dont on parle avec vénération. JA avoue que la douleur l'a emporté. Il est aussi navré d'apprendre que la santé de Wake est altérée.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation

Oxford


Cités dans la lettre