28 Lettres

Lettre 3105 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 04.01.1721

Nous avons reçû. Monsr Bonet

[Ludwig Freidrich] Bonet et JA ont reçu les lettres de Wake et, comme celui-ci le souhaitait, les ont échangées. Avant d'entrer en matière, JA lui présente ses vœux pour la nouvelle année, pour la conservation de sa personne si précieuse non seulement pour l'Angleterre mais aussi pour les autres Églises protestantes et celles persécutées en particulier. Ce qui se passe dans le Palatinat confirme qu'il y a de la part des catholiques un dessein précis de dépouiller les protestants de leurs privilè...

Lettre 3105 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 04.01.1721


Lettre autographe, signée. (F)
Christ Church Library (Oxford), Arch. W. Epist.31 (107-110)

Extraits dans Sykes, Wake, II, p.84-85.


Nous avons reçû. Monsr Bonet


[Ludwig Freidrich] Bonet et JA ont reçu les lettres de Wake et, comme celui-ci le souhaitait, les ont échangées. Avant d'entrer en matière, JA lui présente ses vœux pour la nouvelle année, pour la conservation de sa personne si précieuse non seulement pour l'Angleterre mais aussi pour les autres Églises protestantes et celles persécutées en particulier. Ce qui se passe dans le Palatinat confirme qu'il y a de la part des catholiques un dessein précis de dépouiller les protestants de leurs privilèges; et cela même s'il y a eu des assurances maintenant de la part de l'empereur [Karl VI]. La réunion des protestants contribuerait sûrement au bon déroulement de ces affaires. Il faut dire du reste que le projet de réunion avance chaque jour et même au-delà de tout espoir. Pfaff publie chaque jour de nouveaux traités pleins de modération pour adoucir les luthériens. Il a fait récemment des dissertations iréniques; auparavant il avait publié un recueil d'écrits de la Réformation [Acta et scripta] dont plusieurs très utiles pour prôner l'union, comme par exemple le Syngramma de Brentius et diverses confessions de foi composées par les luthériens. Il paraît que dans la même université de Pfaff il y a aussi un autre collègue, Klemm, qui a écrit à Zurich et à Berne pour les inciter à la réunion. Un autre théologien de Tübingen nommé Hiemer a publié une dissertation inaugurale De moderatione theologica [voir Acta doctoralia] qui va dans le même sens. Il y a aussi des lettres de Rechenberg, de Pritz, de Cyprian et d'Arnoldi [Simon Johann Arnold (?)] qui sont très modérées; on n'aurait pas de peine à faire entrer ces théologiens dans le projet de la réunion. On doit dire aussi que les calvinistes les plus rigides commencent à s'adoucir et à pencher vers la paix; c'est ce que Wake verra par la réponse faite par [Samuel] Scheurer au nom des théologiens de Berne; la même attitude apparaît par les corollaires très pieux de Hortin qui s'hérige contre le syncrétisme qui consisterait à faire entrer tous les protestants dans les mêmes sentiments mais se prononce en faveur d'une vraie et fraternelle tolérance sur les choses non fondamentales. L'autre professeur en théologie, nommé Ringier, malgré des idées très orthodoxes, vient de publier une longue dissertation De consensu protestantium dans laquelle il montre que les disputes sur la prédestination ne sont au fond que des disputes de mots. JA, dans la lettre de remerciement qu'il lui a envoyée, écrit qu'il partage ses idées à l'égard de la question de l'universalité et de la particularité de la volonté de Dieu de sauver les hommes et de la mort de Jésus-Christ. Il croit en revanche qu'il y a quelque chose de réel dans la question de la grâce suffisante donnée à tous ou seulement à quelques-uns et de la résistibilité ou irrésistibilité de la grâce. Mais, que ce soient des logomachies ou des questions peu importantes, il ne faut pas exiger là-dessus des signatures ni condamner ceux qui pensent autrement, surtout quand on sait que ces signatures sont regardées d'un mauvais œil partout et qu'elles constituent un obstacle sur le chemin de la réunion. Il a terminé sa lettre en invitant Ringier et ses collègues à la réflexion; il a insinué tout cela doucement puisqu'en même temps qu'ils écrivent de telles choses, ils continuent de faire signer le Consensus aussi sévèrement qu'avant. Une quinzaine d'étudiants reçus il y a quelques semaines à Lausanne ont été obligé de signer purement et simplement. Les sachant tous dans des sentiments très opposés, le recteur et les professeurs les ont assemblés avant et leur ont dit que le souverain ne leur imposait pas ces articles comme des articles de foi et qu'il s'agissait d'un formulaire d'union destiné à empêcher les contestations. Après avoir entendu cela, les étudiants ont accepté de signer. Pour Zurich, il laisse la"parole à [Hans Heinrich II] Ott qui est mieux informé que lui. Il dira simplement que les ecclésiastiques de ce pays-là continuent d'être très rigides mais qu'ils n'ont néanmoins pas trop mal reçu la Nubes. Celle-ci a été même réimprimée [Francofurti et Lipsiæ, 1720], comme aussi une harangue De scandalo dissidiorum, rédigé par un certain [Johann Jakob I] Ulrich en 1618, à l'époque du synode et adressée donc aux luthériens et aux arminiens. C'est très modéré sur l'universalité de la mort de Jésus-Christ et sur la prédestination. Il en transcrit quelques passages. L'auteur est l'arrière-grand-père du recteur de l'Académie [Johann Jakob II] et du bourgmestre [Hans Jakob]. Ce sont du reste ces messieurs qui ont fait réimprimer la harangue; ils feraient mieux de marcher sur les traces de leur ancêtre plutôt que de rester attachés à un formulaire rigide. Bonet et JA ont longuement discuté de la proposition de Wake de faire accorder les Églises protestantes sur la confession et la liturgie anglicane; certes, cela serait souhaitable et, bien que JA ne les considère pas sans défaut (mais quel écrit de cette nature ne l'est-il pas?), il les juge très raisonnables. Il ne pense pourtant pas que cela soit réalisable puisque les Églises tiennent encore davantage aux confessions (qu'elles considèrent presqu'aussi vénérables que la Parole de Dieu) et aux liturgies qu'aux dogmes. Il suffit de penser aux troubles qui ont déchiré l'Angleterre au siècle passé et qui ont leur origine dans le dessein primitif d'établir en Écosse la liturgie anglicane; on peut évoquer aussi la révision des Psaumes faite il y a une vingtaine d'années et établie avec beaucoup de peine (du reste ils ne sont reçus ni par les Églises françaises de Hollande, ni par une partie de celles d'Allemagne, de Suisse et d'Angleterre). Et ces changements étaient très nécessaires, les anciens Psaumes étant désormais incompréhensibles et même burlesques. Il en va de même pour la liturgie; après que Neuchâtel en a établie une nouvelle inspirée de celle d'Angleterre [Bâle, 1713], JA a proposé de faire quelque chose de semblable à Genève mais les obstacles ont été prodigieux et tout ce qu'on a pu faire a été l'établissement des Prières qu'on fait maintenant le lundi, le mardi et le vendredi [Genève, 1711] ; elles ne sont pas sans rapport avec celles d'Angleterre mais elles sont encore très imparfaites. Et il faut dire tout de même qu'à Genève, on n'est pas aussi attaché aux anciens usages qu'on l'est dans beaucoup d'autres endroits. À Berlin, par exemple, le Sénat académique avait proposé, il y a peu de temps, d'introduire dans quelques villes, et notamment à Magdebourg, la communion des malades et quelques cantiques de Genève mais le peuple s'y est opposé avec opiniâtreté, comme si on voulait changer toute la religion. Cela devrait suffire à convaincre Wake de la difficulté d'introduire partout une même confession et une même liturgie; ce qui constituerait un nouvel obstacle à la réunion, plus fort et plus insurmontable que les autres. Pour les confessions, il suffit de montrer comment elles s'accordent toutes sur les points fondamentaux, comme cela ressort du Corpus confessionum imprimé à Genève ou de l'Harmonia confessionum [de Salvard]. Pour la liturgie, en attendant qu'on puisse convaincre les esprits de recevoir ou du moins d'imiter celle d'Angleterre, qui est un excellent modèle, on peut se tenir à l'opinion selon laquelle les diverses cérémonies ne doivent pas empêcher la communion des Églises ni autoriser leur séparation. C'est avec sagesse qu'Ambroise conseilla à Augustin de suivre les usages de Milan à Milan et ceux de Rome à Rome. Il n'est en effet pas possible d'engager les chrétiens à une parfaite conformité; il est plus simple et plus naturel de les disposer à la tolérance. JA a aussi demandé sur cela l'avis de [Jean-Frédéric I] Ostervald et de [Samuel] Wer"enfels et il le communiquera à Wake. Il y a actuellement à Londres un excellent ministre de Genève, [Jacques] Vial, dont on a déjà remarqué la piété, la droiture et la sagesse. Wake peut lui parler à cœur ouvert; il est en effet très modéré, très prudent et partage entièrement les idées des deux correspondants. Il est très bien informé de tout ce qui concerne les frères du Désert. Les nouvelles de Provence sont encore mauvaises; le mal est presque calmé à Marseille mais fait des ravages à Aix. Pour ce qui concerne les affaires, elles sont aussi dérangées à Genève qu'ailleurs; ce que le Parlement anglais décidera pour la Compagnie du Sud aura beaucoup d'influence. JA réitère sa suggestion d'envoyer des théologiens (luthériens dans les Cours, Églises et universités luthériennes; calvinistes dans les pays réformés) pour sonder les esprits. Il faudrait que ce soit par ordre de quelques souverains, comme le roi d'Angleterre [George I] et celui de Prusse [Friedrich Wilhelm I]. Il faudrait aussi engager les académies des deux confessions à abolir les signatures de condamnation des sentiments opposés et à s'adoucir sur les questions de la prédestination etc. C'est de quoi il faudrait surtout convaincre les Suisses et les Hollandais. Pour cela aussi, il faudrait l'intervention des souverains. Wake a sûrement appris que [Jean-René] Senac était retourné en France et s'était jeté dans les bras des jésuites. Les pauvres Églises du Piémont, qui n'ont encore rien touché de la pension du roi d'Angleterre, se recommandent à Wake.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation

Oxford


Cités dans la lettre

Ouvrages

Acta doctoralia Hiemeriana, id est de moderatione theologica Acta et scripta publica ecclesiæ wirtembergæ Catechismus brevis, Christianæ disciplinæ summam continens [by John Ponet] [...] Huic catechismo adiuncti sunt articuli, de quibus in ultima Synodo Londinensi, anno Dom. 1552 [...], conuenerat Corpus et syntagma confessionum fidei quæ in diversis regnis et nationibus, ecclesiarum nomine fuerunt authenticè editæ Dissertatio de consensu protestantium in doctrina de prædestinatione, Dissertatio irenica de eo quod justum et æquum est circa imputationem consequentiarum theologicarum, Dissertatio irenica de influxu dogmatis Reformatorum de S. Cœna in praxin f. et p. Dissertatio irenica de influxu dogmatis de prædestinatione et reprobationis decreto absoluto in praxin fidei et pietatis, Formula Consensus Ecclesiarum Helveticarum Reformatarum circa doctrinam de gratia universali et connexa aliaque nonnulla capita Harmonia confessionum fidei orthodoxarum et reformatarum ecclesiarum La Liturgie ou la manière de célébrer le service divin, qui est établie dans les églises de la Principauté de Neufchâtel et Valangin Nubes Testium pro moderato et pacifico de rebus theologicis judicio, et instituenda inter protestantes concordia Nubes Testium pro moderato et pacifico de rebus theologicis judicio, et instituenda inter protestantes concordia Oratio parænetica, suggerens remedia, quæ gravi dissidiorum scandalo, in ecclesiis reformatis leniendo, salutariter adhiberi possunt Prières qui se doivent dire dans l'Eglise de Genève le lundi au soir, le mardi au matin, et le vendredi au soir The Boke of Common Prayer and administratio[n] of the Sacramentes, and other rytes and ceremonies of the Churche: after the use of the Churche of Englande BIBLE (Psaumes) Psaumes de David mis en vers françois, revus et approuvez par les pasteurs et professeurs de l'Eglise et de l'Académie de Genève « Clarissimorum virorum, qui anno 1526 Halæ Suevorum convenerunt, syngramma & pium & eruditum, super verbis Cœnæ Dominicæ. Ad Joannem Œcolampadium Basiliensem Ecclesiasten » dans Christoph Matthäus Pfaff, Acta et scripta ecclesiæ wirtembergicæ ➤ Lister (18)