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Lettre 3080 de Gabriel Dumont à Jean-Alphonse Turrettini

Leipzig 07.09.1720

Ne voyant plus

N'ayant reçu aucune réponse de la part de Francke et de Thomasius, Dumont a décidé de faire le voyage à Halle pour voir si ces messieurs se décideraient ainsi à prendre position. Il a été bien reçu sur le plan des civilités et Francke lui a même offert certains de ses ouvrages [Programmata diversis temporibus; Prælectiones hermeneuticæ] et un recueil sur les dernières heures de personnes mortes dans des sentiments de piété [Henckel von Donnersmarck, Die letzen Stunden] ; mai...

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Leipzig 07.09.1720


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 487 (f.45-48)


Ne voyant plus


N'ayant reçu aucune réponse de la part de Francke et de Thomasius, Dumont a décidé de faire le voyage à Halle pour voir si ces messieurs se décideraient ainsi à prendre position. Il a été bien reçu sur le plan des civilités et Francke lui a même offert certains de ses ouvrages [Programmata diversis temporibus; Prælectiones hermeneuticæ] et un recueil sur les dernières heures de personnes mortes dans des sentiments de piété [Henckel von Donnersmarck, Die letzen Stunden] ; mais, quand il a été question de la dissertation de JA [Brevis et pacifica disquisitio], il a avoué ne pas avoir eu le temps de la lire, accablé comme il l'est par ses multiples fonctions. Interrogé sur la question de la réunification elle-même, il répondit avoir toujours honni l'esprit d'aigreur qui règne parmi les théologiens et l'avoir soigneusement évité dans ses écrits et ses discours. Mais pour la réunification, il estime avoir des choses plus importantes à faire, comme s'occuper de la conversion des âmes. C'est de cette conversion du reste qu'on peut attendre une union entre luthériens et réformés; c'est de la mauvaise méthode ce que l'on a fait jusqu'à présent. Il ajouta que [Jacques] Basnage avait déclaré quelque part que les théologiens réformés n'avaient jamais cru à la présence réelle du Christ dans la cène, en faisant ainsi un aveu public du peu de sincérité des théologiens qui ont affirmé le contraire pour se rapprocher des luthériens. Il ajouta que c'était absurde de vouloir s'unir entre les hommes si on ne s'était pas, au préalable, uni avec Dieu et que c'était par cette dernière union qu'il fallait commencer. Pour lui, la manière dont on s'y prend actuellement est plus une affaire de politique que de charité et de religion et la méthode actuelle n'est pas meilleure que celle de Calixtus le fils [Friedrich Ulrich] qui, dans son écrit destiné à réunir les protestants [Via ad pacem inter protestantes], avait défendu sa démarche en disant qu'unis on aurait mieux combattu les piétistes et les autres sectaires. Au fond, les loups prétendent être unis entre eux pour mieux égorger les brébis. Toute la conversation, qui dura une bonne heure et à laquelle assista Carescausas, un gentilhomme réfugié, a fait comprendre à Dumont que Francke était fort éloigné du projet de la réunification et qu'il la craignait plutôt. Pour que les piétistes s'engagent dans ce projet, il faudrait les convaincre qu'on veut tolérer tous les frères qui reconnaissent la Parole de Dieu comme seul fondement de leur foi. Thomasius, qu'il a vu par la suite, lui a témoigné avoir lu avec grand plaisir la dissertation de JA; il ne considère pas la réunification comme une chose si difficile, pourvu qu'on puisse y faire entrer les théologiens. Ceux-ci sont maintenant recherchés par toute la partie de la noblesse qui veut étendre ses droits contre les rois, les électeurs et les princes et qui se sert d'eux pour se captiver l'estime des peuples. Comme il y a encore quelques prétendus inspirés à Halle, Dumont souhaita en voir quelque-uns dans leurs mouvements convulsifs mais l'esprit en décida autrement. Il s'est néanmoins entretenu cinq heures avec Arnassant dont on lui avait lu l'«Avertissement prophétique» et qu'on décrivait comme un homme ne sachant ni lire ni écrire. Il lui fit l'histoire de la manière dont il avait été saisi une première fois par l'Esprit-Saint lors d'une assemblée en France, ajoutant que, dans des ravissements suivants, il avait parlé 24 heures de suite, sans reprendre haleine et sans se trouver après cela fatigué, tout en n'ayant absorbé aucune nourriture. Dumont lui dit que dans l'Écriture les prophètes restent maîtres d'eux-mêmes et savent parfaitement ce qu'ils disent, alors que l'homme lui disait n'avoir aucune maîtrise de ses mots ni pouvoir contrôler la violence. En parlant, il eut quelques mouvements de tête et une espèce de hoquet, qui peut-êtr"e se seraient accentués si Dumont avait pris un air surpris. Il ne pense pas que l'homme soit aussi ignorant qu'il le prétend mais il n'ose pas conclure à une pure et simple imposture. Il penche plutôt du côté de la maladie. Dumont lui raconte enfin quelque chose arrivé à Dresde à propos du formulaire qu'on doit ajouter aux prières publiques pour demander à Dieu la bénédiction sur la grossesse de la princesse royale [Marie Josephe de Saxe]. Le docteur Loescher, autrefois professeur à Wittemberg et actuellement surintendant du diocèse de Dresde, effaça de sa propre autorité du formulaire (dont il était chargé) la qualité de saint qu'on y donnait au baptême qu'on souhaitait pour l'enfant de la princesse. Le Consistoire a été interpelé sur ce changement et a affirmé ne pas le partager et reconnaître au contraire comme saint le baptême des catholiques. Loescher a maintenu sa position et se refuse à définir comme saint un tel baptême. La question est à l'examen mais il semble que Loescher ne se pliera pas; ce n'est pas le moyen de gagner l'esprit de la princesse qui, par politique ou par conviction, faisait paraître assez de bienveillance à l'égard des luthériens. Frisch se dispose à donner une belle édition des auteurs rei agrariæ; c'est le maître ès arts [Friedrich Gotthilf (?)] Freitag, bon philologue, qui en a été chargé.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Leipzig

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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