209 Lettres

Lettre 2988 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 06.01.1720

Ce n'est qu'en tremblant

JA se permet de déranger Wake pendant la session du Parlement pour le remercier de la façon obligeante dont il a reçu la dédicace de son recueil pacifique [Nubes Testium]. Il a envoyé plusieurs exemplaires de l'ouvrage par la voie de France, qui est la plus courte, de manière que si certains sont arrêtés, d'autres puissent parvenir à Sa Grâce. L'ouvrage a été bien reçu en Suisse et en Allemagne; à Ratisbonne on en a voulu cent exemplaires pour les distribuer aux ministres et aux différent...

Lettre 2988 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

Genève 06.01.1720


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Christ Church Library (Oxford), Arch. W. Epist.31 (79-81)


Ce n'est qu'en tremblant


JA se permet de déranger Wake pendant la session du Parlement pour le remercier de la façon obligeante dont il a reçu la dédicace de son recueil pacifique [Nubes Testium]. Il a envoyé plusieurs exemplaires de l'ouvrage par la voie de France, qui est la plus courte, de manière que si certains sont arrêtés, d'autres puissent parvenir à Sa Grâce. L'ouvrage a été bien reçu en Suisse et en Allemagne; à Ratisbonne on en a voulu cent exemplaires pour les distribuer aux ministres et aux différentes Cours. [Daniel Ernst] Jablonski, à qui JA avait envoyé le plan, l'a communiqué à Printzen, premier ministre d'État et directeur des affaires ecclésiastiques; celui-ci l'approuve et lui en demande un exemplaire. Jablonski lui a aussi envoyé les actes de divers synodes de Pologne tenus depuis quelques années où les luthériens et les réformés se sont joints ensemble et ont renouvelé l'accord de Sandomierz, qui avait été rompu pendant un certain temps. Ces documents, joints à ceux qu'il a reçus de ses amis de Suisse et d'Allemagne ou qu'il a trouvés lui-même, pourraient former un supplément de la Nubes. Il transcrit ensuite un passage d'une lettre qu'il a reçue de Jablonski et qui souligne, entre autres, l'importance, pour la bonne réussite du projet, de l'œuvre conjointe des rois de Prusse [Friedrich Wilhelm I] et d'Angleterre [George I]. Il faut dire que jamais les temps n'ont été aussi favorables du point de vue tant politique que théologique. JA remercie aussi Wake de ce qu'il a fait pour [Paul] L'Escot. [Hans Heinrich II] Ott exprime dans ses lettres toute sa reconnaissance envers l'archevêque pour les bontés qu'il en reçoit; il a fait de tels progrès dans la langue anglaise et il se plaît tellement en Angleterre qu'il songe à s'y établir. JA lui a conseillé de suivre les avis de Wake. Il ne peut que le recommander à son correspondant; il est fils d'un excellent père [Johann Baptista], auquel il faudrait que tous les ecclésiastiques de son pays ressemblassent. Une nouvelle lettre de Suisse a été adressée à Wake concernant les protestants du Palatinat. L'affaire n'a pas évolué pour le moment et on attend toujours la réponse de la Cour de Vienne à l'Électeur palatin [Karl Philipp III de Wittelsbach] ; cependant le roi de Prusse et le landgrave de Hesse [Carl VIII] ont entamé déjà des représailles à l'égard des catholiques qui demeurent dans leurs États. JA vient de recevoir une lettre de Pfaff, professeur de théologie à Tubingue, qui approuve entièrement la dissertation sur les articles fondamentaux [Brevis et pacifica disquisitio] ainsi que la Nubes Testium; les ministres de Ratisbonne l'ont prié de faire un traité sur la même matière. Il transcrit de larges extraits de cette lettre par lesquels Wake se rendra compte que le théologien est vraiment bien intentionné et qu'il n'est pas seul à être dans ces pensées. Pour ce qui concerne le cheminement intellectuel qui a amené JA à embrasser les principes modérés, il doit dire qu'après la nouvelle philosophie, qui y a beaucoup contribué, il est redevable principalement à son voyage en Angleterre et aux conversations qu'il a eues pendant ce temps-là avec Tillotson et avec [Gilbert I] Burnet. Les ouvrages de ces grands hommes qu'il a lus ensuite n'ont fait que le confirmer et le raffermir dans ses convictions. Ces principes lui paraissent tellement essentiels au christianisme qu'il a de la peine à imaginer qu'on puisse en avoir d'autres de bonne foi. Ceux qui s'échauffent encore sur des questions obscures ou difficiles ou sur des cérémonies parfaitement indifférentes lui semblent avoir peu saisi du message de l'Évangile et être des chrétiens imparfaits. Pour ce qui concerne la Suisse, un des théologiens les plus rigides, [Elisaeus I] Malacrida, est mort depuis peu. L'année dernière un autre professeur très rigide, [Johann Rudolf] Rudolf, avait été remplacé par un autre, Hortin, très modéré; s'il en"allait de même cette fois-ci, les affaires iraient beaucoup mieux dans ce pays-là. Il ne resterait alors plus que Zurich où pourtant certains magistrats et même certains ecclésiastiques semblent s'adoucir; le problème est pourtant que ceux-ci non seulement sont en petit nombre mais commettent aussi des imprudences, comme le montre la récente affaire du piétisme, c'est-à-dire certaines assemblées et singularités qui semblent très innocentes à JA mais qu'il faut éviter quand on a à faire à des esprits échauffés. JA a chargé [Ludwig Friedrich] Bonet de rendre à Wake l'ouvrage que l'expéditeur lui a dédié.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation

Oxford


Cités dans la lettre