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Lettre 2930 de William Wake à Jean-Alphonse Turrettini

[Angleterre] 24.05.1719 [13.05.1719]

I had yesterday

Les deux jeunes gens, dont JA avait annoncé la venue à Wake, Pyniot et Grove [I], sont enfin arrivés et lui ont transmis la lettre du destinataire, les herbes vulnéraires (il est ainsi approvisionné jusqu'à la fin de l'année) et le volume de Werenfels [Opuscula], pour lequel le prélat remercie de tout cœur son correspondant. Il a aussi beaucoup apprécié le Sermon de JA [1719]. Le sujet est très bien choisi pour l'occasion et très bien développé. Il espère profiter de la lumière de...

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Lettre 2930 de William Wake à Jean-Alphonse Turrettini

[Angleterre] 24.05.1719 [13.05.1719]


Lettre autographe, signée. (Ang)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 493 (f.65-66)

Adams, Wake's Gallican Correspondence, I, p.305-313.


I had yesterday


Les deux jeunes gens, dont JA avait annoncé la venue à Wake, Pyniot et Grove [I], sont enfin arrivés et lui ont transmis la lettre du destinataire, les herbes vulnéraires (il est ainsi approvisionné jusqu'à la fin de l'année) et le volume de Werenfels [Opuscula], pour lequel le prélat remercie de tout cœur son correspondant. Il a aussi beaucoup apprécié le Sermon de JA [1719]. Le sujet est très bien choisi pour l'occasion et très bien développé. Il espère profiter de la lumière de ce texte puisqu'il approche du moment où sa vie touchera au terme. Il a en effet 62 ans, sa constitution n'a jamais été forte, il est victime d'attaques fréquentes et douloureuses. La difficulté de sa situation réside dans le fait qu'il doit continuer à assumer sa charge dans l'Église mais, qu'en même temps, il ne peut pas éviter d'avoir plus d'occupations que ses forces ne le lui permettent. C'est pourtant Dieu qui l'a conduit là où il est et il fera tout le possible pour aller jusqu'au bout. Dans sa dernière lettre, JA parle de l'Église gallicane; Wake va donc lui en dire quelque chose mais avec la discrétion rendue nécessaire par l'échange épistolaire. Il y a environ un an, du vivant de Ravechet, certaines mesures avaient été prises pour réformer certains abus dans l'Église gallicane; Wake pense ne pas se tromper en affirmant que la Sorbonne et la plupart du haut clergé y étaient opposés. Ils ont donc pensé que cela pourrait se faire par une forte union avec l'Église anglicane, celle dont la constitution était pour eux la plus proche. Ils ont donc décidé d'encourager certains à écrire à Wake. Un certain nombre de lettres, amicales mais générales, ont été ainsi échangées. Ils ont abordé d'abord la question du gouvernement épiscopal et les prélats gallicans se sont trouvés d'accord avec le système anglican. Ils sont passés ensuite à la doctrine et là non plus il n'y a pas eu de mésentente totale sur les Articles de l'Église d'Angleterre. La liturgie anglicane leur a été envoyée et elle n'a pas déplu. Bref, les choses se présentaient assez bien mais Wake avait dit depuis le début qu'il n'entretenait cette correspondance qu'à titre privé et que, si on voulait aller plus loin, il fallait obtenir l'approbation du pouvoir civil. Ils s'accordèrent sur ce point puisque certains bruits commençaient à circuler. L'abbé Dubois chargea l'un des correspondants, le bon docteur Du Pin [l'autre étant Girardin], de réunir les lettres et la correspondance fut momentanément suspendue. Wake est sûr que les hommes les plus savants auxquels cette affaire avait été communiquée (probablement de manière trop libre ou imprudente) étaient tellement convaincus du bien-fondé de la réforme anglicane qu'ils auraient été prêts à l'embrasser ou du moins à trouver une meilleure méthode pour promouvoir l'union entre les deux Églises. Pour ce qui concerne les autres Églises protestantes, elles excuseront facilement la façon de procéder de Wake en considérant que c'était la seule capable de faire avancer les choses et d'amener une telle réforme dans l'Église de France. Il est navré qu'en Suisse le feu augmente au lieu de diminuer. L'année passée, il avait écrit au professeur [Samuel] Scheurer à Berne en s'ouvrant sincèrement à lui sur ce sujet délicat mais il doute que son correspondant l'ait jamais communiqué à ses amis. Plus récemment, il a écrit à l'antistès de Zurich [Johann Ludwig Nüscheler] et aux pasteurs helvétiques. Il a été navré de constater que l'antistès avait l'esprit tellement aigri contre les partisans d'Amyraut et qu'il en parlait dans des termes tellement durs qu'il n'ose pas les répéter. Wake est sûr que plusieurs personnes, même très modérées, ont estimé qu'il était allé trop loin dans une question qui n'est pas de sa compétence. Withworth étant désormais à Berlin, il ne pourra plus rien faire pour cela en Hollande; il sera peut-être à la longue plus utile là où il est maintenant mais la situation politique actuelle n'est pasfavorable à l'union avec les luthériens et les calvinistes. Pour pouvoir travailler à celle-ci, il faut que plusieurs conditions politiques (la paix dans le Nord, une clarification avec la Cour prussienne, la résolution des divisions dans la famille royale etc.) se réalisent. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille pour le moment abandonner l'entreprise. Quant aux controverses qui ont éclaté dans l'Église anglicane l'année dernière, il faut reconnaître qu'il y a plusieurs dissidents qui se séparent de sa communion mais qui la rejoignent occasionnellement pour certains services spécialement solennels. Il y a beaucoup de différences entre eux mais on peut reconnaître quatre groupes principaux, presbytériens, indépendants, anabaptistes et quakers. Tous font l'objet de la plus grande tolérance: les deux premiers groupes à condition de souscrire 36 des 39 articles, idem pour le troisième à l'exception de l'article sur le baptême des enfants. Les quakers n'en souscrivent aucun mais ils partagent la foi dans la trinité dans une sorte de confession de foi dressée pour eux. Les dernières controverses ne concernent aucun d'entre eux mais elles ont surgi à cause de certains ministres qui professent l'arianisme et certains autres qui prônent d'autres hérésies. À cela s'ajoute une certaine notion de libertinisme, qui refuse toute confession de foi et pose comme seule condition à l'admission à la dignité pastorale ou épiscopale la vérité de l'Écriture. Ils considèrent comme une usurpation l'exigence de se soumettre à une confession. Ils ont déjà tellement répandu leurs idées que les ministres des Églises séparées refusent ouvertement de souscrire à la divinité du Christ et ils sont en grand nombre. Si on ne met pas un terme à cette licence, ce n'est pas seulement l'Église établie mais le christianisme entier qui sera en danger. La question du reste ne concerne pas quelle confession de foi pourrait être requise mais plutôt s'il est permis à une Église de proclamer et d'exiger la soumission à une autre confession qu'à celle qui consiste à reconnaître que l'Écriture est la Parole de Dieu. Wake est d'accord qu'on peut éliminer tous les points curieux et non nécessaires mais il ne faut pas ouvrir la porte à toutes les hérésies, les enthousiasmes etc.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Angleterre

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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