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Lettre 2918 de William Wake à Jean-Alphonse Turrettini

Lambeth House (Londres) 11.03.1719 [26.02.1718/9 (v.s.)]

Quod ad literas tuas, mense Decembri

Wake répond avec retard à JA en raison des multiples occupations dont il est accablé; il le prie d'excuser le désordre avec lequel il lui communique ce qui suit. Il est peiné que les affaires ecclésiastiques bernoises ne soient pas encore résolues et il s'en étonne d'autant plus que ces disputes sur les décrets divins se déroulent à un moment où ailleurs elles sont déjà finies. En Angleterre, il est établi qu'on ne doit rien demander d'autre sur ces matières que ce qui est explicitement affirmé...

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Lettre 2918 de William Wake à Jean-Alphonse Turrettini

Lambeth House (Londres) 11.03.1719 [26.02.1718/9 (v.s.)]


Lettre originale non autographe, signée, adressée. (L et Ang)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 493 (f.53-57)

Extraits dans Sykes, Wake, II, p.38-41, 44.


Quod ad literas tuas, mense Decembri


Wake répond avec retard à JA en raison des multiples occupations dont il est accablé; il le prie d'excuser le désordre avec lequel il lui communique ce qui suit. Il est peiné que les affaires ecclésiastiques bernoises ne soient pas encore résolues et il s'en étonne d'autant plus que ces disputes sur les décrets divins se déroulent à un moment où ailleurs elles sont déjà finies. En Angleterre, il est établi qu'on ne doit rien demander d'autre sur ces matières que ce qui est explicitement affirmé dans les articles de foi, les seuls qu'on demande à tous les ministres de souscrire. Les quelques rares théologiens qui se sont risqués à déclancher une querelle sur ces matières, ont été condamnés par tous comme des ennemis de la paix ecclésiastique. Wake a déjà montré dans sa lettre précédente le soin que l'Église anglicane avait eu depuis le début d'éviter toute controverse. La reine Élisabeth, dans sa grande sagesse, ne voulut pas qu'on introduisît ce genre de disputes dans les universités. Même s'il en a déjà traité précédemment, Wake va dresser un bref historique des articles de Lambeth, condamnés par l'Église anglicane non pas à cause de la doctrine mais comme menace pour la paix ecclésiastique; il pense que cela pourra aider les autorités bernoises dans l'affaire qui les occupe actuellement. Deux professeurs de Cambridge furent impliqués dans l'affaire des articles: Whitaker, bien connu pour sa polémique anti-romaine, était proche du calvinisme, Baro, français, partageait plutôt le point de vue luthérien; les deux étaient extrêmement opiniâtres dans leurs opinions respectives. En 1595 l'un des disciples de Baro, Barrett, soutint publiquement devant l'Université les idées de son maître. Le pro-recteur [Duport], favorable à Whitaker, saisit l'occasion pour demander que le discours de Baro fût examiné. Il en condamna certaines propositions et en demanda la rétractation. Sans entrer dans les détails, il faut dire que l'affaire fut relatée à l'archevêque [Whitgift] ; celui-ci, sans être partisan des idées de Barrett, condamna pourtant le procès du pro-recteur. Les partisans de Whitaker écrivirent alors, et de façon même désobligeante, à l'archevêque qui leur répondit dans de meilleures formes en réitérant sa volonté d'empêcher la continuation de la polémique et en promettant une punition à quiconque le ferait, d'un côté comme de l'autre. Après avoir examiné soigneusement l'affaire, il écrivit à l'Université en imposant le silence sur ces matières. Avec entêtement, les deux professeurs continuèrent, pendant ce temps-là, à polémiquer devant l'Université. Obligé alors d'intervenir pour mettre un terme à la controverse, l'archevêque proposa des articles auxquels les deux parties étaient censées se soumettre. Tout ce que l'archevêque voulait avec ces neuf articles dont Wake donne la liste, était non pas obliger les consciences ni imposer un consensus mais seulement faire en sorte que, en forçant chacun à ne rien professer de contraire publiquement, on apaisât le climat et on arrêtât de distraire les candidats au ministère par ces querelles. La lettre d'accompagnement des articles, dont Wake cite quelques passages, est très explicite à cet égard: les articles devaient être considérés comme des avis privés, réputés en accord avec la doctrine de l'Église anglicane, et non pas comme des lois. C'est ainsi qu'il en écrivit à la reine elle-même et au recteur de l'Université. Malgré cela, la reine désapprouva l'intervention du haut prélat, n'appréciant guère qu'une certaine allégeance ait été demandée sur des matières aussi délicates; elle demanda donc à l'archevêque de suspendre les articles. Malgré les mises en garde de la reine et de l'archevêque, Baro continua à s'exprimer publiquement sur la controverse et à défendre ses opinions devant l'Université. Un nouveau procès fut institué contre lui. À la mort de Whitaker, sa place fut occupée par Cecil, plutôt proche des positions de Baro; il envoya à l'archevêque les remarques de Baro aux articles"de Lambeth que Wake transcrit pour JA. À la mort de la reine Élisabeth, Jacques, originaire d'Écosse, devint roi [I] ; cela inspira aux puritains l'espoir qu'il les favoriserait. Las des continuelles pétitions dont ceux-ci le submergeaient, il décida de réunir à Hampton Court les uns et les autres pour surmonter leurs controverses et faire retrouver à l'Église sa stabilité. Pour ce qui est de la question qui intéresse ici, il suffira de dire que Reynolds, puritain, demanda que les articles de Lambeth fussent inclus dans ceux de l'Église anglicane, demande à laquelle s'opposa de toutes ses forces Overall qui exposa ses sentiments devant l'assemblée. Le roi et l'évêque refusèrent la pétition de Reynolds en arguant, entre autres, du fait que pour de telles matières, il était suffisant d'en débattre dans les universités, sans graver pour autant les articles de foi. Ainsi au début de son règne, Jacques sut préserver la paix ecclésiastique et quand, quelques années après, les conflits recommencèrent, il promulgua un édit qui interdisait de prêcher sur des questions telles que la prédestination, l'élection, la réprobation etc., matières laissées au débat entre savants. À ce moment-là, une nouvelle controverse surgit qui mérite d'être mentionnée: Montagu, archidiacre de Herford et chanoîne de Windsor, soutint avec beaucoup d'ardeur la doctrine de l'Église protestante contre Rome; dans son livre, paru en 1624, il s'exprima sur la prédestination, la réprobation etc. Il fut ensuite accusé d'arminianisme. Il fit appel au roi et, dans un autre livre, défendit sa doctrine; le roi chargea White d'examiner sa doctrine et celui-ci l'approuva. Le roi Jacques donna donc la permission de publier le livre et voulut que cela se fît sous son nom. Les réactions à cet ouvrage imprimé sous une telle autorité furent nombreuses et l'auteur fut examiné par le Parlement. Un édit du roi interdit toute discussion pouvant nuire à la paix; le roi lui-même commanda la réimpression des articles et promut Montagu à la dignité épiscopale. Tout ceci rendit furieux les puritains qui obtinrent du Parlement suivant, en 1628, la condamnation de l'arminianisme et l'imposition d'une interprétation rigide des articles, contre les arminiens eux-mêmes. Le roi estima alors qu'il fallait céder pour le moment aux puritains et ordonna la suppression du livre de Montagu non pas pour son contenu mais toujours pour la question de la paix ecclésiastique. En Écosse, en 1615, le futur évêque Ussher fit publier les articles de Lambeth qui furent pourtant abrogés après le livre de Montagu. La période qui suivit, à l'enseigne d'une extrême confusion, n'a pas besoin d'être décrite. Dans l'Église anglicane elle-même il n'y a plus eu de querelles à ce sujet; les opinions différentes étaient permises mais sans que cela débouchât sur des disputes et des divisions. L'amitié entre Hammond et Sanderson, dont l'un penchait vers l'arminianisme et l'autre vers le calvinisme, en est un exemple. Avec la restauration, beaucoup de choses changèrent dans l'Église d'Angleterre mais non pas cette attitude concernant les articles; du reste on ne devait pas enregistrer d'autres disputes à ce propos. Dans les académies, dans les temples, la précédence fut donnée à ce qui était nécessaire pour la vie chrétienne. S'il y a eu quelques disputes, cela s'est toujours fait sans que la paix de l'Église fût mise en danger. Face aux divisions qu'il y a parmi les luthériens, les réformés etc, il faut revenir à une position plus modérée, prudente face à la profondeur des mystères divins. Ce fut l'attitude constante des évêques et des pasteurs anglicans qui firent en sorte que tous, supra et infralapsaires, particularistes et universalistes etc. souscrivissent toujours aux articles de l'Église d'Angleterre. Le mérite de cette situation va aux autorités politiques et ecclésiastiques qui ont su agir avec prudence sans rien innover dans les articles et en sachant s'opposer à toute nouveauté, comme le prouve le cas de l'ar"chevêque Whitgift qui, en dépit de sa haute charge, a été censuré dans l'affaire des articles de Lambeth. Cette prudence, qui a été et est celle de l'Église anglicane, doit aussi être celle des Églises de Suisse; il faut que le conflit qui touche l'Église bernoise soit résolu. Celle-ci peut s'inspirer non seulement de l'exemple anglican mais aussi de celui des Églises réformées. Même au synode de Dordrecht différentes positions étaient présentes, de celles, supralapsaires, de Gomarus à celles, plus modérées, des envoyés anglais mais aussi à celles des théologiens français et des réformés polonais. Il rappelle, parmi les envoyés anglicans, le nom de Davenant, dont il a déjà parlé dans des lettres précédentes et dont il transcrit ici un passage concernant la prédestination, passage tiré d'un livre qu'il écrivit une vingtaine d'années après le Synode [Animadversions]. En 1650, il publia des oraisons sur la mort du Christ, sur la prédestination et sur la réprobation dans lesquelles il explicita le sens des articles de l'Église anglicane. Si Wake se rappelle bien, Cameron aussi a exprimé une même opinion sur les mêmes articles et Friedrich Spanheim s'est occupé de publier ses ouvrages. Du reste Amyraut lui-même a été approuvé par le synode et défendu contre les attaques des plus rigides. L'imposition du formulaire par les frères de Berne élimine des Églises et des académies non seulement les professeurs et les pasteurs qui ont les mêmes sentiments que Cameron et Amyraut mais aussi une bonne partie de ceux qui partagent dans le fond ces opinions. Du reste, les auteurs de la Formula Consensus parlent avec une certaine bienveillance de ceux dont ils condamnent les opinions, comme cela ressort d'un passage de la préface que Wake transcrit. Qui du reste parmi les futurs ministres peut juger en conscience de telles matières? Qui peut trancher entre [Louis] Cappel et [Johannes I] Buxtorf concernant les points hébraïques? Qui peut savoir si l'Écriture, telle que nous l'avons aujourd'hui, est inspirée tant dans les choses que dans les mots? Qui peut se risquer à se prononcer sur l'autorité de la version des Septante ou sur la prééminence du codex samaritain? Il y a sûrement beaucoup de pasteurs et de magistrats à Berne qui se contenteraient de l'ancienne confession de foi, l'estimant suffisante. Il ne faut pas aller plus loin que l'ont fait le synode de Dordrecht et le texte même de la Formula Consensus.

Adresse

Genève


Lieux

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

Ouvrages

Adversus Jovianum Animadversions […] upon a treatise intituled, Gods love to mankinde Appello Cæsarem. A just Appeale from two Unjust Informers, Articles, whereupon it was agreed by the Archbishoppes and Bishoppes of both provinces and the whole Cleargie in the convocation holden at London in the yere of our Lorde God 1562 Articles of Religion agreed upon by Archbishops and Bishops and the Mist of the Cleargie of Ireland, in the Convocation holden at Dublin [...] 1615 Articuli Lambethani Catechismus brevis, Christianæ disciplinæ summam continens [by John Ponet] [...] Huic catechismo adiuncti sunt articuli, de quibus in ultima Synodo Londinensi, anno Dom. 1552 [...], conuenerat Confessio et expositio simplex orthodoxæ fidei, & dogmatum catholicorum synceræ religionis christianæ Confessio exhibita Cæsari in Comitiis Augustæ, anno MDXXX Confessio fidei ac religionis, baronum ac nobilium regni Bohœmiæ Dissertationes duæ: prima de morte Christi [...] altera de prædestinatione & reprobatione Formula Consensus Ecclesiarum Helveticarum Reformatarum circa doctrinam de gratia universali et connexa aliaque nonnulla capita Gotteschalci et Prædestinationæ controversiæ ab eo motæ, historia, una cum duplice ejusdem confessione, nunc primum in lucem editâ [a Jacobo Ushero] Ta sozomena sive Opera partim ab auctore ipso edita, partim post ejus obitum vulgata, partim nusquam hactenus publicata vel é gallico idiomate nunc primum translata ➤ Lister (14)

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