152 Lettres

Lettre 2901 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

[Genève] 01.12.1718 [s.d.]

Lorsque je reçûs

JA n'a pas communiqué la lettre de Wake concernant l'affaire de Lausanne puisque celle-ci venait d'être jugée mais il le fera dès qu'une occasion se présentera. La modération dont fait preuve l'Église de Wake sur les questions de la grâce et de la prédestination est la plus sage puisque les matières ne sont ni claires en elles-mêmes ni révélées avec assez de précision pour pouvoir en faire des condamnations. C'était la pensée de l'Église de Lyon dans le IXe siècle. Rémi, qui en était...

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Lettre 2901 de Jean-Alphonse Turrettini à William Wake

[Genève] 01.12.1718 [s.d.]


Lettre imprimée. (F)
, /

BG, XIII, 1727, p.92-127.


Lorsque je reçûs


JA n'a pas communiqué la lettre de Wake concernant l'affaire de Lausanne puisque celle-ci venait d'être jugée mais il le fera dès qu'une occasion se présentera. La modération dont fait preuve l'Église de Wake sur les questions de la grâce et de la prédestination est la plus sage puisque les matières ne sont ni claires en elles-mêmes ni révélées avec assez de précision pour pouvoir en faire des condamnations. C'était la pensée de l'Église de Lyon dans le IXe siècle. Rémi, qui en était l'archevêque, tout en étant lui-même augustinien, ne voulut pas qu'on condamnât ceux qui étaient d'un autre sentiment. L'Église anglicane suit en cela un modèle encore plus grand, celui de l'Église des quatre premiers siècles, la plus pure. À cette époque-là on ne disputait pas sur ces matières ou, si on le faisait, c'était contre le destin des stoïciens (qui est l'éponge de la religion) ou les monstruosités des gnostiques, des manichéens et des marcionites. On soutenait alors deux thèses 1) la liberté de l'homme 2) la nécessité de la grâce, thèses dont la certitude est confirmée par l'Écriture et par l'expérience. Il aurait fallu s'en tenir à cela. Les réformateurs ont été trop rigides sur ces matières mais ils étaient unis en d'autres occasions, comme le montre la proximité de Luther et de Melanchthon (pourtant de sentiments différents sur ces sujets) ou de Melanchthon et de Calvin ou de Calvin et de Bullinger ou de Bullinger et Bèze ou de Bullinger et Pierre Martyr. Il n'y a pas d'accord sur le vrai sentiment de Calvin concernant la grâce universelle et la grâce particulière: Daillé cite maints passages universalistes, d'autres en font un particulariste. Quoi qu'il en soit, il n'a jamais considéré l'universalisme comme une opinion dangereuse, comme le montre sa réfutation du Concile de Trente [Acta synodi, 1547] où il affirme ne pas vouloir commenter ce qui est dit dans la session VI sur le fait que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes. De même dans la préface qu'il fit à la traduction française des lieux communs de Melanchthon de 1546, il avoua certes qu'il ne partageait pas les sentiments de celui-ci sur la liberté et sur la prédestination mais il le fit avec beaucoup de douceur et de modération, davantage pour excuser Melanchthon que pour le combattre. Puisqu'il s'agit d'un livre rare, JA en cite un long extrait qui montre que Calvin n'approuvait guère les idées de Melanchthon mais qu'il considérait au fond ces disputes comme "perplexes et confuses" et inutiles à l'édification. Pour ce qui concerne Bullinger, on estimait à raison que celui-ci "melanchthonisait". Il y a un discours tenu le 28 janvier 1536, l'Oratio de moderatione servanda, qui n'est pas citée par Daillé, où Bullinger traite la question expressément mais d'une manière très sage et très modérée. Il montre que la providence divine s'étend à tout mais ne fait rien qui soit contraire à la sagesse, à la bonté et à la justice de Dieu. Pour ce qui est de la prédestination, il veut esquiver deux excès opposés, celui de ceux qui attribuent le salut de l'homme au libre arbitre et celui de ceux qui parlent d'une manière si outrée de l'élection, de la grâce etc. qu'ils établissent une nécessité absolue. Il prouve ainsi, contrairement aux autres, que Dieu n'est pas l'auteur du mal et que ceux qui périssent, périssent par leur faute, la cause du péché étant dans le mauvais usage que l'homme fait de son libre arbitre. Bullinger confirme son opinion par un beau passage tiré du De vocatione gentium qu'il attribue à Ambroise. Bullinger conclut en réduisant tout à deux grands principes 1) tout le bien vient de Dieu 2) tout le mal vient de nous. Et Bullinger, il ne faut pas l'oublier, a été l'un des principaux réformateurs de Suisse, le successeur de Zwingli, le chef de l'Église zurichoise pendant quarante-quatre ans, l'ami intime de Calvin et de Bèze, l'auteur de la Confession helvétique. E"n Suisse, du reste, beaucoup d'autres partageaient l'universalisme qui n'était pas considéré comme une opinion dangereuse; c'était d'ailleurs la prédestination absolue qui rencontrait de grandes oppositions. On en a des preuves dans les lettres que les théologiens de Zurich, de Berne et de Bâle écrivirent à l'Église de Genève à l'occasion de l'affaire de Bolsec. Celui-ci, médecin de Paris se trouvant à Genève à la fin de l'année 1551, avait accusé Calvin de faire de Dieu l'auteur du péché; emprisonné, il avait prétendu que la plupart des théologiens en Suisse étaient de son avis. Sur cela, on écrivit aux autres Églises qui répondirent sur un ton très modéré, quoi qu'on leur eût écrit d'une manière très vive. Zurich invita à la réconciliation et, quant au sujet de la dispute, tint des positions qui ne plurent pas à Calvin qui s'en plaignit à Bullinger. Berne envoya une longue lettre dans laquelle elle soutint qu'il ne fallait pas être trop sévère sur ces matières pour ne pas pécher contre la charité; quant à la substance, elle montrait que l'élection et la réprobation recélaient beaucoup de difficultés et faisaient de la peine à bien de gens. Ils concluent qu'il faut parler de ces matières avec une grande circonspection. Les Bâlois écrivirent aussi une lettre très modérée, renvoyant à leur confession de foi et donnant un abrégé de leur doctrine. Ils ajoutèrent qu'ils étaient même disposés à changer de sentiments, si on leur indiquait quelque chose de meilleur dans la Parole de Dieu. Dans les années qui suivirent, il y eut à Berne plusieurs disputes sur la prédestination, certains ministres se refusant de suivre la doctrine de Calvin qui faisait de Dieu l'auteur du péché. Messieurs de Berne ne voulurent jamais prendre position sur ces matières et invitèrent tout le monde à la retenue; ils publièrent même plusieurs édits dans cet esprit-là. Dieu a veillé tout particulièrement sur les confessions de foi, qui ont été toutes rédigées de façon très modérées. Depuis ce temps-là, la prédestination est devenu un sujet majeur de dispute entre luthériens et réformés alors qu'elle ne l'était pas à l'origine; mais, même les plus rigides, se sont exprimés à maintes reprises sur le fait qu'il s'agissait de disputes de peu d'importance et que ce n'était pas là un sujet de séparation. Il y a eu sur cela beaucoup d'écrits à l'époque de [John] Dury et l'Église de Genève aussi a montré une position modérée à l'égard des luthériens; on peut penser à Johann Rudolf Stucki et à Johann Heinrich Heidegger. JA ajoute le jugement des théologiens de Marbourg et de Rintel, les uns réformés, les autres luthériens, réunis à Cassel. Des Marets, l'un des réformés les plus rigides, approuva néanmoins la prise de position de Cassel. Jurieu, théologien très intolérant et rigide, parle pourtant du particularisme et de l'universalisme comme d'une "affaire du néant", qui est devenu à tort un sujet de division [Jugement sur les méthodes]. Si tout le monde s'accorde à dire que ces matières sont de peu d'importance pour les rapports avec les luthériens, comment pourrait-on prétendre qu'elles le sont pour les réformés eux-mêmes; comment peut-on leur imposer des formulaires et des signatures? Ce qui n'est pas important à Hambourg ou à Leipzig, le devient-il à Berne ou à Genève? Que diront les luthériens de cette manière différente d'évaluer la question? C'est ce que dit le sage évêque anglican Davenant dans son écrit adressé à Dury dans lequel il veut qu'on s'en tienne aux confessions de foi déjà établies. La Formula Consensus va exclure du ministère d'excellents serviteurs de Dieu. Et quand on pense que les ministres des quatre premiers siècles, presque tous les réformateurs et la plupart des théologiens de France n'auraient pas pu le signer! Il est du reste sûr que ce formulaire déplaît beaucoup aux luthériens, comme cela ressort d'une lettre de 1707 envoyée par feu le roi de Prusse [Friedrich I] à l'Église de Genève où il félicite celle-ci d'avoir aboli la signature obligatoire.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation


Cités dans la lettre

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