160 Lettres

Lettre 2678 de Jean III Sarasin Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Londres 20.08.1716 [09/20.08.1716]

Votre lettre m'a fait

Sarasin fait des vœux très ardents pour la santé de JA qui semble maintenant commencer à être dans un meilleur état. Il n'a pas encore pu remettre les harangues que JA a envoyées à de Rossières puisque celui-ci ne les a pas reçues. L'archevêque [Wake] est à la campagne depuis un mois et y restera encore quinze jours; Sarasin lui donnera à son retour les dissertations [Turrettini, Orationes, 1711], qu'il avait lui-même demandées, à son retour. Avant de partir, il avait exprimé à Sarasin l'...

+ 3 pages

page 1

01268_2678-1_ug70363_turrettini_file.jpg

page 2


01269_2678-2-3_ug70364_turrettini_file.jpg

page 3

01270_2678-4-5_ug70365_turrettini_file.jpg

page 4


01271_2678-6-7_ug70366_turrettini_file.jpg

page 5

01272_2678-8_ug70367_turrettini_file.jpg

Londres 20.08.1716 [09/20.08.1716]


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.S.6


Votre lettre m'a fait


Sarasin fait des vœux très ardents pour la santé de JA qui semble maintenant commencer à être dans un meilleur état. Il n'a pas encore pu remettre les harangues que JA a envoyées à de Rossières puisque celui-ci ne les a pas reçues. L'archevêque [Wake] est à la campagne depuis un mois et y restera encore quinze jours; Sarasin lui donnera à son retour les dissertations [Turrettini, Orationes, 1711], qu'il avait lui-même demandées, à son retour. Avant de partir, il avait exprimé à Sarasin l'intention d'écrire à la Compagnie de Genève et à la Classe de Neuchâtel depuis sa campagne. Sarasin fait ensuite le récit de son voyage à Oxford. Il est parti de Londres avec le docteur [Daniel] Lombard que JA connaît; [Jean] Masson aussi était de la partie. Sarasin essaie de profiter de toutes les occasions de se retrouver parmi des gens savants; en effet ces messieurs lui ont rendu le voyage très agréable. Il a été surpris de constater qu'on cultivait très peu les lettres à Oxford et que malgré tous les moyens qu'on a pour avancer dans les sciences, on y fait très peu de progrès. On ne s'y intéresse qu'aux affaires et les mauvaises dispositions qu'on nourrit à l'égard du roi [George I] ne font qu'empirer les choses. Dans chaque collège, il n'y a que trois ou quatre whigs pour quarante ou cinquante tories ou, pour mieux dire, jacobites. Les étrangers sont scandalisés de voir qu'à l'Église, on ne répond presque point aux prières pour le roi. Dans la plupart des collèges, sur les murailles et sur les fenêtres, est écrit en gros caractères "God bless king James the third". Les sermons sont presque tous séditieux; à l'Université, il en a entendu un qui a fait particulièrement du bruit et qui comparait les actuelles divisions anglaises à celles qui règnaient en Angleterre entre les maisons d'York et de Lancaster. Il faisait comprendre tacitement que le roi n'a pas plus de droit à la couronne sur le prétendant [James Francis Edward Stuart] que la maison d'York n'en avait sur celle de Lancaster et vice versa. Tous les jours on entend ce genre de sermons qui incitent à la sédition au lieu de prêcher au peuple la morale chrétienne. Voilà ce qui explique les mauvaises dispositions du peuple à l'égard du gouvernement. Il faut espérer que la fermeté du roi, le bon ordre du gouvernement et la providence qui s'est si clairement prononcée en faveur de la maison de Braunschweig amènera la paix dans le royaume. Cette situation explique aussi que l'étude soit négligée actuellement à l'Université d'Oxford et que dans les collèges on s'éloigne du but qui devrait être le leur. Malgré cela, il y a toujours des personnes qui travaillent pour le public, tel le docteur Hudson, bibliothécaire de la Bodléienne, qui prépare une édition de Josèphe [Oxonii, 1720]. Malheureusement c'est un homme qui connaît certes très bien le grec mais qui n'est pas très versé dans la critique ni dans les autres sciences, ce qui fait que cette édition n'aura probablement rien de rare. Wilkins en est à la lettre aux Hébreux dans sa traduction du Nouveau Testament copte [Novum Testamentum, Oxonii, 1716] ; il y aura deux colonnes, l'une avec le texte copte, l'autre avec le texte latin, le tout précédé d'une longue préface sur l'antiquité des manuscrits. Celui que Sarasin a vu dans son bureau devrait être du IIe siècle. Il y manquait le passage de Jean sur les trois témoins céléstes ainsi que celui sur la femme pécheresse. Ils seront donc omis [dans l'édition] et placés à la fin. L'impression devrait prendre fin au début du mois d'octobre. Depuis un mois, on a commencé la continuation de la Bible des Septante de Grabe in-folio et in-8° [Vetus Testamentum, Oxonii, 1707-1720]. Paraîtra prochainement le commentaire d'Origène sur les Psaumes. Ockley travaille à l'édition de l'histoire des sarasins qu'il traduit en anglais d'un manuscrit arabe assez ancien."Ce sera un grand ouvrage qui donnera une idée fort exacte de cette histoire. Sarasin serait resté plus longtemps à Oxford mais c'était la période des grandes vacances et donc sans possibilité d'entendre des leçons. Il a essayé d'employer son temps de manière profitable. Il a ainsi rencontré le docteur Smalridge qui lui a fait beaucoup de civilités par égard pour JA et [Samuel] Turrettini. C'est un prélat distingué par son savoir mais auquel l'extrême attachement qu'il a pour le parti tory fait du tort. Il a aussi rencontré Wilcocks et Bradshaw; en revanche, il n'a pas pu rencontrer Potter, évêque d'Oxford, qui était à la campagne, ni Sclavering, professeur d'hébreu. Il a appris la délivrance des galériens et en a rendu publiquement grâce dans un sermon qu'on lui a demandé de faire à la Société de l'Isle de France. En France, les affaires semblent se brouiller au sujet de la Constitution [Clément XI, Unigenitus]. Sans être fanatique, on pourrait s'imaginer que ces disputes amèneront des effets positifs. Wilkins leur a dit que Ravechet, syndic de la Sorbonne, lui avait envoyé un recueil de tout ce qui a été fait contre la Constitution avec ordre de le remettre à l'archevêque de Cantorbéry; il ajoutait que les choses en étaient à un point tel en France qu'on se croyait à la veille d'une rupture avec Rome. À partir de ces nouvelles, on a longuement réfléchi aux moyens qu'on pourrait utiliser pour amener la France à la Réformation; Aufrère a ensuite rédigé le mémoire ci-joint. Il faudrait que d'habiles gens travaillassent encore à ces matières et que de tels écrit fussent répandus discrètement en France.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Londres

RĂ©ception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

+ 3 pages

page 1

01268_2678-1_ug70363_turrettini_file.jpg

page 2


01269_2678-2-3_ug70364_turrettini_file.jpg

page 3

01270_2678-4-5_ug70365_turrettini_file.jpg

page 4


01271_2678-6-7_ug70366_turrettini_file.jpg

page 5

01272_2678-8_ug70367_turrettini_file.jpg