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Lettre 2440 de LĂ©onard Baulacre Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Leyde 24.11.1713

Vous devés me trouver bien

Baulacre avait donné une lettre pour JA à Saurin le cadet [Marc-Antoine] qui devait se rendre à Genève en compagnie d'un seigneur anglais [Henry Howward de Carlisle] mais il a su depuis qu'ils ont changé d'avis et passeront l'hiver à Hanovre. L'Église d'Utrecht est toujours vacante; Saurin de Londres [Louis] avait été appelé mais son Consistoire ne lui a pas donné de permission. Il y a une autre vacance importante à l'Académie de Leyde suite au décès, il y a quinze jours, de van Til qui y enseig...

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Leyde 24.11.1713


Lettre autographe, signée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.B.14

Budé, Lettres, I, p.194-200. Omissions. Extrait dans Hermanin, Werenfels, p.90, n.116.


Vous devés me trouver bien


Baulacre avait donné une lettre pour JA à Saurin le cadet [Marc-Antoine] qui devait se rendre à Genève en compagnie d'un seigneur anglais [Henry Howward de Carlisle] mais il a su depuis qu'ils ont changé d'avis et passeront l'hiver à Hanovre. L'Église d'Utrecht est toujours vacante; Saurin de Londres [Louis] avait été appelé mais son Consistoire ne lui a pas donné de permission. Il y a une autre vacance importante à l'Académie de Leyde suite au décès, il y a quinze jours, de van Til qui y enseignait la théologie. Les curateurs veulent avoir un habile homme et l'un d'entre eux a demandé à Baulacre s'il pensait que JA viendrait en Hollande. Il a répondu par la négative; ensuite on a évoqué le nom de [Samuel] Werenfels qui, d'après lui, pourrait au contraire accepter puisqu'il n'a ni femme ni fortune considérable et Bâle ne semble pas lui convenir entièrement. La chose n'a pas eu de suite mais il est connu que dans ce pays la cabale l'emporte toujours. Du reste la théologie n'est pas dans une très bonne situation à Leyde: [Franciscus] Fabricius, coccéien, a une foule d'étudiants mais très peu de génie; [Johannes] Marck, qui n'est pas coccéien, a une théologie très dure; Wesselius, voëtien, explique la théologie de [Bénédict] Pictet mais la trouve trop libre et trop peu attachée à l'ancien système. Voici le théologien genevois comme le lièvre de la fable qui a trouvé en Hollande des grenouilles plus timides que lui! Le professeur d'hébreu prétend prouver la trinité dans le passage d'Ésaïe [6,3] par les accents. Les coccéiens de Hollande trouvent du reste la trinité dans le passage "Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob" mais Baulacre ne saurait dire par quels arguments. La situation de la prédication n'est pas bien meilleure que celle de la théologie; les seuls bons prédicateurs sont [Jacques] Bernard et [Colas (?)] de La Treille mais les jeunes ne les prennent pas comme modèles, préférant donner soit dans le pathétique soit dans la théologie dure. Il a entendu récemment un jeune homme prêcher l'imputation du péché d'Adam; Baulacre lui-même avait prêché le matin se concentrant uniquement sur la nécessité des bonnes œuvres; comme il ne demande rien en Hollande, il n'y a pas de raison de se conformer aux fâcheuses idées qui sont professées ici. Clermont est un grand coccéien qui voudrait toujours expliquer l'Apocalypse et qui a été obligé de prêcher une matière plus édifiante par son troupeau qui a menacé de déserter ses sermons. D'Arbussy, prédicateur très populaire, qui répète vingt fois le même concept et qui glâne ici et là quelques idées coccéiennes qui le font briller, a déclaré que dans le passage de l'évangile qui dit que Jésus-Christ est venu porter le feu, ce dernier indique le Saint-Esprit, en prétextant qu'ailleurs il est dit que Jésus-Christ est venu porter l'épée, qui indique clairement la division, et qu'il est indigne du Saint-Esprit de répéter deux fois la même chose. C'est un orthodoxe outré; il a avoué dans un sermon son péché de jeunesse consistant à croire que seule la justice passive de Jésus-Christ nous était imputée. Quelqu'un a dit qu'il s'agissait d'une rétractation à la saint Augustin où l'on se rétractait d'avoir eu raison. Baulacre n'a vu aucun de ces ministres d'Amsterdam, suivant la bonne maxime de ne fréquenter que des gens qui lui conviennent. [Gédéon] Huet a fait paraître un petit traité en vers sur l'art de prêcher [Conseil d'un père à son fils]. On reproche à [Jacques] Basnage de traiter en chaire des matières qu'il n'entend pas comme quand il a voulu prouver dans un sermon, par l'exemple de la quadrature du cercle, que les sciences gâtaient l'esprit. On vient de perdre le pasteur [Daniel] Brunier, homme de véritable mérite qui laisse une nombreuse famille nécessiteuse. [Jean] Le Clerc, qui réitère son estime pour JA, a recensé dans sa Bibliothèque choisie le Concile de Constance de Lenfant. Il a apprécié l'impartialité de l'auteur mais il lui reproche la façon dont il a parlé de Jean Huss. Il s'agit d'une très belle édition dédiée au roi de Prusse [Friedrich Wilhelm I]. Lenfant s'attèle maintenant au Concile de Bâle [Histoire de la guerre des hussites] et Baulacre a été chargé de demander à ce sujet des mémoires à une personne très versée dans l'histoire ecclésiastique.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Leyde

RĂ©ception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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