48 Lettres

Lettre 2408 de Hans Kaspar II Escher à Jean-Alphonse Turrettini

Zurich 12.08.1713

Les deux pieces

Les deux pièces qu'Escher a reçues de la part de JA [Cogitationes de religione; Cogitationes de controversiis] montrent que celui-ci travaille toujours pour le rétablissement de la véritable théologie. Il partage entièrement ce que le Genevois dit dans ses Cogitationes sur la religion et la théologie; en revanche, pour ce qui est de l'autre dissertation, il émet des réserves quant au problème du sens commun (en particulier au sujet de la thèse XX). Il est d'accord sur le fai...

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Zurich 12.08.1713


Lettre autographe, signée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.E.5

Budé, Lettres, I, p.350-354.


Les deux pieces


Les deux pièces qu'Escher a reçues de la part de JA [Cogitationes de religione; Cogitationes de controversiis] montrent que celui-ci travaille toujours pour le rétablissement de la véritable théologie. Il partage entièrement ce que le Genevois dit dans ses Cogitationes sur la religion et la théologie; en revanche, pour ce qui est de l'autre dissertation, il émet des réserves quant au problème du sens commun (en particulier au sujet de la thèse XX). Il est d'accord sur le fait que lorsque l'on lit un livre de mathématiques il ne faut que du sens commun bien appliqué pour comprendre ce que le texte dit; mais il lui semble qu'il en va différemment pour l'Écriture car, pour bien l'entendre, il faut aussi l'Esprit qui a inspiré les écrivains bibliques. Pour écrire ce qu'ils ont écrit, ceux-ci n'ont pas puisé seulement dans leur sens commun, comme ont pu le faire Sénèque et Épictète en ce qui concerne par exemple la morale naturelle, mais ils ont été illuminés par l'Esprit. Il faut donc participer de cet Esprit pour pénétrer leur pensée. Il faut que les organes du sens commun soient rectifiés et sanctifiés avant de pouvoir comprendre les vérités célestes; mais alors on ne les appelera qu'improprement du sens commun, à savoir des organes naturels. Un organe juste, un autre détraqué, un autre redressé ne sont pas un même organe mais des organes différents. Il semble à Escher qu'aussi bien Calvin que Zwingli ont été entièrement dans ces sentiments; peut-être JA aussi est-il du même avis et Escher ne l'aura pas bien compris? Les affaires de la véritable religion sont dans un état déplorable à Zurich; on a réduit celle-ci à des grimaces purement de façade et on ne songe plus à la repentance, à la régénération et à la sanctification. Chacun vit selon ses inclinations dépravées; on considère comme un caractère indubitable du vrai chrétien de savoir discuter un peu de religion, notamment des controverses. Divers magistrats ont fait là-dessus des remontrances au Sénat qui en a été ému et a invité les ecclésiastiques à chercher des remèdes contre un mal si funeste. Malheureusement leur réaction a été pitoyable et il ne semble pas qu'ils voient la nécessité d'une réforme; en outre les chanoines soutiennent qu'un tel examen ne reviendrait qu'à eux seuls, à l'exclusion de tous les autres (diacres, pasteurs de la campagne, professeurs qui ne sont pas chanoines). Le Magistrat fait preuve de beaucoup de douceur pour les convaincre et ne perd pas de courage. Les affaires politiques sont toujours très brouillées; l'abbé de Saint-Gall [Bürdigger] a ménagé une entrevue secrète entre ses ministres et ceux des deux Cantons. Elle s'est tenue à Baden où l'on a parlé sans conséquence des moyens de faire la paix; on se trouva de part et d'autre sur des positions assez proches à tel point qu'on se mit d'accord pour faire au plus tôt une conférence publique dans laquelle les ministres disposeraient des pleins pouvoirs. L'abbé de Saint-Gall proposa de la faire au bord du lac de Constance pour permettre à certains de ses ministres, âgés et malades, d'y participer. Mais depuis il a écrit une lettre très impertinente aux deux Cantons, en rétractant tout ce que ses ministres avaient accordé et en formulant des demandes absurdes. On lui a répondu de manière honnête mais ferme, on attend maintenant sa réplique et de la nature de celle-ci dépendra le maintien ou pas de la conférence de Rorschach. Au reste, rien de considérable ne s'est passé à la dernière Diète de Baden, sinon que, vers la fin, l'ambassadeur français [Charles-François Vintimille du Luc] a affirmé que le roi [Louis XIV] voulait que la paix d'Aarau fût affermie, ce qui a surpris tout le monde puisqu'on croyait qu'il ferait des propositions pour favoriser les catholiques. L'ambassadeur s'est même insurgé de ce qu'on ait propagé à Zurich et à Berne de telles choses. Pour ce qui est des Cantons catholiques, ils n'ont pas encore digé"ré la pillule qui concerne le libre exercice de la religion protestante dans les bailliages communs, notamment en Thurgovie et dans le Rhintal; mais les choses se sont arrangées puisque les protestants ont cédé certains de leurs droits. En tout cas, actuellement, la corruption est aussi grande parmi les protestants que parmi les catholiques, le luxe, l'ambition et l'avarice gâtant tout. À cela il faut ajouter la discorde, qui est un mal irrémédiable à cause de la division des religions et des passions et vices dominants. De part et d'autre, il y a beaucoup de corruption et si les protestants tiennent à leur liberté, ils n'ont pas la vertu pour la défendre. Heureusement qu'il y a ici et là des individus qui, comme JA, travaillent pour le véritable christianisme.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Zurich

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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