143 Lettres

Lettre 2298 de Samuel Turrettini Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Paris ap.29.07.1712 [s.d.]

J'ai recû au retour

C'est au retour d'un petit voyage qu'il a fait à Fontainebleau que Turrettini a trouvé la lettre de JA et le recueil des harangues [Orationes] pour l'abbé [Jean-Paul] Bignon; celui-ci a semblé très reconnaissant du présent. Turrettini n'a plus pensé à la proposition d'hébreu depuis qu'il en a écrit à JA et cela d'autant plus que son offre de commencer les leçons après les vendanges avait été déclinée sous prétexte qu'à ce moment-là on n'aurait peut-être plus besoin de cela. Il en a été co...

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Paris ap.29.07.1712 [s.d.]


Lettre autographe, signée, adressée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.T.21

Budé, Lettres, III, p.370-374.


J'ai recû au retour


C'est au retour d'un petit voyage qu'il a fait à Fontainebleau que Turrettini a trouvé la lettre de JA et le recueil des harangues [Orationes] pour l'abbé [Jean-Paul] Bignon; celui-ci a semblé très reconnaissant du présent. Turrettini n'a plus pensé à la proposition d'hébreu depuis qu'il en a écrit à JA et cela d'autant plus que son offre de commencer les leçons après les vendanges avait été déclinée sous prétexte qu'à ce moment-là on n'aurait peut-être plus besoin de cela. Il en a été content puisqu'il n'avait fait cette proposition que par déférence pour son père [Michel], ne se sentant ni l'inclination ni les compétences pour cette tâche. En outre, cela l'aurait obligé à employer son temps à Paris à étudier l'hébreu alors qu'il n'a pas un moment de libre avec toutes les visites qu'il fait. D'ailleurs, n'est-ce pas la conversation avec les gens du lieu qui fait l'attrait du voyage? Si on voyage pour rester enfermé dans un cabinet comme on peut le faire chez soi, cela ne vaut pas la peine. Il a vu Fontenelle, qui remercie JA de son souvenir, et dont Turrettini admire l'esprit, la solidité et la politesse; il a également rencontré le père Hardouin qui l'a diverti par les paradoxes historiques qu'il débite; il considère les anciens historiens comme des romanciers modernes auxquels on ne peut pas se fier. Le seul moyen d'apprendre sûrement l'histoire pour lui est d'étudier les médailles. Il travaille actuellement à une édition des conciles fort avancée; Turrettini a envoyé à JA sa dissertation De sacramento altaris, comme il le lui avait dit dans sa dernière lettre. Il a vu le père Tournemine qui vit dans la même société que Hardouin et qui est celui qui a la part la plus active au Journal de Trévoux; il lui a parlé de la Vie de Jésus-Christ de Butini où il y a bien des choses suspectes d'hérésie. D'après lui, il faut que l'auteur soit infecté de socinianisme ou bien très ignorant pour ne pas s'apercevoir des erreurs qu'il a commises en suivant [Jean] Le Clerc. Turrettini a vu certains des pères bénédictins qui ont donné au public diverses éditions des Pères, dont Montfaucon, Le Nourry et Banduri. Ce dernier, qui est Italien, a publié depuis peu deux gros volumes in-folio intitulés Imperium orientale qui contiennent diverses pièces concernant l'histoire de l'Empire d'Orient et peuvent servir de supplément à l'histoire byzantine [Compendium Byzantinæ Historiæ]. Montfaucon a fait récemment un ouvrage sur les Hexaples d'Origène, qui est sous presse; il a mis ensemble un grand nombre de fragments d'anciennes versions par lesquels il prétend rétablir une partie des anciens Hexaples. Le père Le Quien a publié cette année Jean Damascène en 2 volumes in-folio avec des notes. Turrettini a rencontré Dacier mais n'est pas encore arrivé à voir sa femme; chaque fois qu'il l'a cherchée, elle était sortie pour aller à la messe. Il n'aurait jamais cru une savante et une nouvelle catholique aussi dévote! Le seul prédicateur dont il ait jusqu'ici apprécié le sermon est l'abbé Bignon; il l'a entendu dimanche dernier à l'occasion de la fête du patron de son Église. Il a fait un sermon sur la nécessité de la vocation à la prêtrise et sur les marques qui permettent de reconnaître une vraie vocation mais il n'a rien dit qu'un r[éformé] ne pût dire également. Il lui semble que les prédicateurs d'ici ne récitent pas bien leurs sermons; ils le font avec une fougue extraordinaire qui a peu de rapport à la nature du sujet qui est traité; il trouve qu'il y a plus à profiter pour la récitation dans les tragédies. Turrettini regrette que l'écrit de Delpech ne soit pas tel que JA l'aurait désiré. L'évêque de Londres [Henry Compton] avait paru au début bien résolu à traiter Delpech de manière ferme mais, puisqu'il est calviniste, il a dû se laisser surprendre par Delpech qui se montre si attaché à certains dogmes. Il faut aussi dire que l"'évêque, dont l'esprit n'a jamais été très relevé, est actuellement très affaibli. On continue de faire pression sur Turrettini pour qu'il hâte son retour et toutes les raisons qu'il a pu donner pour les faire changer d'avis ont été vaines; son père [Michel] estime que le voyage devait durer un an et que ce terme est expiré; son frère [François-Jean I] qui veut venir à Paris, ressent de l'impatience parce qu'il doit attendre son retour avant de partir; le père [André] de [Jean (?)] de La Corbière attend avec impatience que son fils revienne. C'est pourquoi il faudra se résigner à partir; on voulait que cela se fît au début ou au 15 de ce mois mais il a pu obtenir un répit jusqu'au Ier septembre. Il pense partir, vraisemblablement, autour du 20 pour jouir de la compagnie de [Jacob Chapeaurouge (?)-]Dauphin. Le regret du départ sera compensé par la joie de revoir JA.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Paris

RĂ©ception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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