6 Lettres

Lettre 2258 de Hans Kaspar II Escher à Jean-Alphonse Turrettini

Zurich 13.02.1712

Ces Jours passés

Escher a reçu les exemplaires de la dissertation de JA [Disputatio theologica, 1711] et des Prières [Genève, 1711] ; il l'en remercie beaucoup, d'autant plus qu'il le considère comme un bon guide pour parvenir à l'intelligence des vérités célestes. On vit dans un siècle où ceux qui aiment la modération évangélique doivent écrire contre l'indifférence des religions pour éloigner les soupçons que certaines personnes alimentent à leurs égard. Pour Escher il y a peu de ces indifférents...

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Zurich 13.02.1712


Lettre autographe, signée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.E.5

Budé, Lettres, I, p.341-346.


Ces Jours passés


Escher a reçu les exemplaires de la dissertation de JA [Disputatio theologica, 1711] et des Prières [Genève, 1711] ; il l'en remercie beaucoup, d'autant plus qu'il le considère comme un bon guide pour parvenir à l'intelligence des vérités célestes. On vit dans un siècle où ceux qui aiment la modération évangélique doivent écrire contre l'indifférence des religions pour éloigner les soupçons que certaines personnes alimentent à leurs égard. Pour Escher il y a peu de ces indifférents qui se distinguent véritablement des athées; en effet celui qui croit en l'existence de Dieu et cherche à lui plaire ne saurait pas être indifférent à la manière de l'adorer, l'indifférence étant le plus grand mal qu'on peut faire à la religion. On distingue généralement la piété de la religion, on veut rendre les hommes plus assidus au culte extérieur, plus soigneux à raffiner leur orthodoxie stérile, pendant qu'on néglige le vrai retour à Dieu, la régénération et l'abandon de ce monde. Et voilà qu'il y en a assez pour faire passer Escher pour un piétiste dans l'imagination de beaucoup de monde, mais il sait à qui il écrit. Il ne méprise nullement le culte extérieur mais il voudrait qu'on le regardât comme une aide et un fruit de la piété. On a commencé à Zurich la réforme et le père d'Escher [Hans Jakob II] a été chargé par le Magistrat de représenter auprès du corps ecclésiastique la nécessité d'une telle entreprise. Il a dit que le chrétien d'aujourd'hui répondait très peu à l'idée que l'Écriture donne du fidèle; on a sujet de craindre que Dieu se lasse et ce serait un triste spectacle de voir la guerre, la peste ou la famine parmi un peuple voluptueux, luxurieux et ambitieux, dont les plus religieux croient que Jésus-Christ n'est mort que pour nous procurer la vie éternelle et non pas aussi pour nous sanctifier. Il a proposé la réforme de l'école, pour la transformer en un séminaire de piété et de bonnes mœurs et invité les ecclésiastiques à réfléchir à la façon dont on pourrait s'appliquer avec plus de soin à remédier à notre corruption. Sa harangue a été bien reçue et les ecclésiastiques travaillent actuellement à une réponse, après laquelle les deux États consulteront ensemble. Quatorze députés du Magistrat ont accompagné le père d'Escher, dont ce dernier lui-même, pour montrer aux ecclésiastiques qu'il ne s'agissait pas de bagatelles. Probablement Escher sera affecté à la réforme de l'école; c'est pourquoi il demande à JA de lui envoyer une copie des règlements de l'Université de Genève, surtout à l'égard des cours de philosophie et de théologie (durée, auteurs étudiés, précautions avant de passer à l'ordination, existence des collegia privata etc). L'Académie de Genève a donné de si grands hommes que son exemple pourra être de grande utilité. Pour ce qui est de la théologie, à Zurich, on ne fait qu'expliquer des systèmes alors qu'on devrait s'employer à l'explication de l'Écriture: un seul système succinct, expliqué pendant deux ou trois heures par semaine, devrait suffire. L'examen de ce qui s'imprime sur les matières de philosophie et de théologie a été fait il y a de cela quarante ans à l'occasion de la philosophie de Descartes; il ne contient autre chose, sinon que les livres de philosophie doivent passer par les mêmes mains que ceux de théologie afin d'éviter des troubles. La personne qui en a écrit à JA l'a cru, à tort, nouveau, peut-être parce qu'il a été imprimé avec le règlement pastoral; mais on l'a publié tel quel. Il ne voit guère de gens à Zurich capables d'écrire des livres de philosophie mais, s'il y en avait, personne ne les empêcherait, à moins qu'il ne s'agît d'impiétés. [Hans Heinrich] Bodmer, un des chefs de la République, homme plein de savoir et de piété qui possède la plus belle imprimerie de Zurich, aimerait mettre son fils [Bodmer II] en pension chez un libraire de Genève, pour qu'il s'instruise à la fois dans le négoce et dans la religion; il aimerait que JA lui indique lequel des libraires de la ville serait le plus propre pour une telle chose.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Zurich

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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