262 Lettres

Lettre 2208 de Samuel Turrettini à Jean-Alphonse Turrettini

La Haye 09.07.1711

Il y a quelque tems

Depuis la dernière lettre que Turrettini a écrite de Leyde, il a demeuré encore quelque temps dans cette ville. Il a disputé une seconde fois contre un fils du professeur [Johannes van] Marck qui soutenait des thèses publiques sous son père. Il a disputé sur le sens qu'il fallait donner au verset du Lévitique et de Job "je sais que mon redempteur est vivant". Ces disputes ne valent pas grand'chose et il n'y a pas d'auditeurs. Il a aussi assisté à quelques leçons publiques de [Jacques] Bernard su...

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La Haye 09.07.1711


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.T.21


Il y a quelque tems


Depuis la dernière lettre que Turrettini a écrite de Leyde, il a demeuré encore quelque temps dans cette ville. Il a disputé une seconde fois contre un fils du professeur [Johannes van] Marck qui soutenait des thèses publiques sous son père. Il a disputé sur le sens qu'il fallait donner au verset du Lévitique et de Job "je sais que mon redempteur est vivant". Ces disputes ne valent pas grand'chose et il n'y a pas d'auditeurs. Il a aussi assisté à quelques leçons publiques de [Jacques] Bernard sur la Recherche de la vérité où il a expliqué en passant des matières théologiques qu'on expliquerait d'une façon différente dans un auditoire de théologie. Avant de partir, il a été à Rheinsbourg où il a vu Poiret qui y vit doucement depuis 22 ans avec quelques amis qui suivent ses idées. Turrettini est à La Haye depuis le début de la semaine dernière. Il a rendu les lettres de JA et remis les thèses [Cogitationes] à Basnage et à [Jacques] Saurin. Basnage les a trouvées un peu délicates mais Turrettini n'a pas eu le temps de s'en entretenir avec lui. Il a vu plus souvent Saurin qui a eu beaucoup de bontés pour lui; il entre fort dans les idées des thèses. Il essaie de maintenir une réputation d'orthodoxie mais ne manque pas de taper sur les doigts des théologiens scolastiques. On aura bientôt un deuxième volume de ses sermons [La Haye, 1712] ; le premier [La Haye, 1708] a été tellement bien reçu qu'on en a fait trois éditions. Il se plaint des critiques qu'on a adressées à Genève à son sermon "sur les profondeurs" ; il fallait d'après lui tenir compte des circonstances. Puisqu'il était obligé de prêcher sur la prédestination, le mieux qu'il ait trouvé à faire a été de montrer toutes les difficultés du système et cela pour amener les gens à la tolérance. Il y a ici trois ministres ordinaires – [Pierre] de Joncourt, Chion et Basnage – et un quatrième, [Coüet] du Vivier, qui en fait les fonctions mais ne fait pas partie du Consistoire. Il passe pour un homme savant mais c'est un théologien très dur et grand coccéien. Ces messieurs prêchent 3 fois par semaine, le dimanche matin, le jeudi et ils font le deuxième prêche du dimanche suivant; puis ils se reposent pendant trois semaines. Saurin est ministre extraordinaire; il ne fait donc pas partie du Consistoire et prêche tous les 15 jours, une fois le dimanche matin comme décharge des pasteurs ordinaires et une fois le dimanche au soir au IIIe prêche. Il y a aussi deux autres ministres qui s'occupent tour à tour de ce IIIe prêche du dimanche soir: il s'agit de Corneli ou Corneille, dont le père [Laurent] a été régent à Genève, et d'un Huet [Gédéon] à qui on avait fait des affaires dans le temps à cause de lettres qu'il avait écrites en faveur de la tolérance. Deux fois par semaine se réunissent des sociétés de gens de lettres dans lesquelles on a eu la bonté de recevoir Turrettini. Une de ces sociétés est presqu'entièrement composée de ministres et on y discute des questions de théologie; il y a, entre autres, Chion, Saurin, Du Vivier, le chapelain de mylord Rabby [Thomas II Wentworth de Strefford] et [Daniel] Brunier, ministre réfugié qui n'est pas très doué pour la prédication mais qu'on dit éclairé et judicieux. L'autre société est composée de ministres (Du Vivier, Chion, Brunier) et de laïcs, tels Rou, auteur de tables chronologiques, Martel et Térond qui a une bonne réputation de poète. On y traite de questions de théologie, d'histoire, de critique et parfois des nouvelles. On a imprimé ici un petit livre de Cantiques que [Bénédict] Pictet a composé sur les vérités de la religion chrétienne et sur les erreurs de l'Église romaine, fait à l'usage des Églises de Flandres. On s'étonne qu'étant si peu doué pour la poésie, Pictet n'arrête pas de publier des écrits de ce genre. De Joncourt lui a dit avoir corrigé beaucoup de fautes dans ces vers mais qu'il avait pu à peine transformer ces vers de chansons de village en chansons de bourg. [Jean] Le Clerc est venu ici il y a quinze jours, après avoit été longuement prié par Sinzendorf, ambassadeur de la Cour de Vienne. Il a eu des conversations avec celui-ci ainsi qu'avec le prince Eugène, qui est ici depuis quelques temps de même que le roi de Prusse [Friedrich I]. Il les a vus manger ensemble à la Maison des Rois où le roi de Prusse régalait quelques députés aux États. Turrettini a rejoint ici [Richard] de Vendargues à qui Basnage et Saurin ont proposé l'Église de Tournai qu'il a acceptée. Il ne reste qu'à attendre l'approbation des États, qui sont seuls maîtres de l'élection. Turrettini a vu ici un petit livre intitulé Exhortation à la repentance, imprimé à Londres par Renoult. Celui-ci avait été accusé il y a quelque temps de socinianisme par [Michel] David, ministre à Kilkenny en Irlande, contre qui est écrit l'ouvrage, qui présente celui-ci comme un brouillon achevé. Ce David est le frère du régent de 7e [Léonard].

Adresse

Genève


Lieux

Émission

La Haye

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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