66 Lettres

Lettre 1841 de Thomas I Gautier Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Marbourg 26.09.1707

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Gautier remercie JA de l'excellente harangue sur la réunion avec les luthériens [De componendis] ; il a été d'autant plus heureux de la recevoir qu'il croyait son correspondant fâché par la façon très libre avec laquelle il lui avait exprimé ses opinions sur l'oraison funèbre de [Louis I] Tronchin. Il voit maintenant que JA a cette grandeur d'âme qui souffre sans s'émouvoir qu'on examine ses opinions sans forcément les partager. Sa science n'est pas enflée et s'accompagne de la charité, c...

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Marbourg 26.09.1707


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Bibliothèque de Genève, Ms fr 487 (f.142-143)


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Gautier remercie JA de l'excellente harangue sur la réunion avec les luthériens [De componendis] ; il a été d'autant plus heureux de la recevoir qu'il croyait son correspondant fâché par la façon très libre avec laquelle il lui avait exprimé ses opinions sur l'oraison funèbre de [Louis I] Tronchin. Il voit maintenant que JA a cette grandeur d'âme qui souffre sans s'émouvoir qu'on examine ses opinions sans forcément les partager. Sa science n'est pas enflée et s'accompagne de la charité, ce qui fait que JA est véritablement un théologien évangélique. La harangue sur la paix des protestants en est une nouvelle preuve puisqu'elle porte un esprit doux, éclairé et modéré qui prône la paix sur la base de preuves pressantes. Il est à souhaiter que les luthériens la lisent avec le même esprit que celui qui l'a composée. Quant aux réformés, ils n'ont pas besoin qu'on les exhorte à la paix. Le luthéranisme tient encore de l'esprit d'orgueil, de dureté, de calomnie et d'opiniâtreté de leur patriarche. Il suffit de voir les dissertations de Sebastian Edzardi [De causis; Pelagianismus] dans lesquelles l'auteur n'hésite pas à parler d'un calvinisme diabolique. Il transcrit des passages particulièrement violents même s'il reconnaît qu'il s'agit là d'un emporté et que d'autres sont plus modérés. Tel par exemple Johann Fabricius, qui, bien qu'il ouvre la porte du Ciel aux papistes et aux réformés universalistes, la ferme néanmoins aux particularistes. Du reste les luthériens, savants ou pas, disent tous qu'ils préféreraient être papistes plutôt que calvinistes. Les réformés de leur côté pèchent plutôt par excès que par défaut; les théologiens de Berlin et les professeurs de Francfort, pour faire plaisir à la Cour, donnent dans l'arminianisme, comme en témoignent [Isaac] Jacquelot et Strimesius; en Brandebourg, pour accorder les religions, on finira par supprimer la véritable. On a même fait imprimer des articles de foi fort vagues qu'on disait être du roi. Il est vrai que, pour peupler leurs terres et favoriser le commerce, le roi August [II de Pologne] et les princes de Lünebourg et du Brandebourg ont permis l'exercice de la religion réformée en divers endroits à ceux qui voudraient aller s'y établir; mais le clergé et les peuples empêchent autant qu'ils le peuvent que les nouveaux venus s'établissent parmi eux. On abuse à l'égard des luthériens des adoucissements, qui amèneront à l'indifférence. Si une telle réunion doit se faire, ce ne sera pas par des théologiens mais par les princes. Le règne de mille ans qu'on attend verra la conversion des Juifs; si Dieu rappelle ces malheureux, on ne peut douter qu'il ne le fasse aussi avec les chrétiens errants. Pendant qu'on travaille à la réunion avec les luthériens, on se divise de plus en plus entre réformés; la licence qui règne dans la théologie en Angleterre, en Hollande, dans le Brandebourg et peut-être à Genève et dans le voisinage ne présage rien de bon. Il est heureux de voir que Genève est délivrée des conflits qui avaient déchiré ses concitoyens. Il prie Dieu qu'il donne à la ville de mieux profiter de la dispersion et de l'oppression des protestants français; et qu'il permette à JA de vivre assez longtemps pour pouvoir remettre sa place à l'un de ses enfants, comme ses pères ont eu le bonheur de faire depuis des générations. Le fils de Gautier [Thomas II] a perdu sa femme et ce deuil semble lui faire faire, de temps à autre, des extravagances, quoique d'autre part sa raison ne soit pas troublée et qu'il compose des prédications aussi bonnes qu'avant. Il garde toujours de la reconnaissance pour ce que JA a fait pour lui pendant son séjour à Genève.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Marbourg

RĂ©ception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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