140 Lettres

Lettre 1782 de Samuel Werenfels Ă  Jean-Alphonse Turrettini

BĂąle 11.05.1707

Tristis civitatis

Werenfels est profondément affligé par le triste état de GenÚve et ce d'autant plus que JA en est trÚs affecté. Il se rend compte de la gravité du mal mais il incite son ami à ne pas se décourager puisque Dieu y mettra fin. Ce qui arrive maintenant à GenÚve s'est produit à Bùle il y a quinze ans. Le peuple était tellement fasciné qu'il n'écoutait plus personne, ni les magistrats ni les pasteurs. PriÚres, conseils, avertissements, tout était vain. Qui plus est, des Suisses envoyés pour apaiser la...

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BĂąle 11.05.1707


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (L)
Archives de la Fondation Turrettini (GenĂšve), 1/Gd.W.3-II


Tristis civitatis


Werenfels est profondĂ©ment affligĂ© par le triste Ă©tat de GenĂšve et ce d'autant plus que JA en est trĂšs affectĂ©. Il se rend compte de la gravitĂ© du mal mais il incite son ami Ă  ne pas se dĂ©courager puisque Dieu y mettra fin. Ce qui arrive maintenant Ă  GenĂšve s'est produit Ă  BĂąle il y a quinze ans. Le peuple Ă©tait tellement fascinĂ© qu'il n'Ă©coutait plus personne, ni les magistrats ni les pasteurs. PriĂšres, conseils, avertissements, tout Ă©tait vain. Qui plus est, des Suisses envoyĂ©s pour apaiser la situation, furent mĂ©prisĂ©s et huĂ©s. Finalement un changement survint qui fut, sinon favorable, du moins tolĂ©rable mais le sort des auteurs des troubles fut, malheureusement, funeste. Ces hommes insensĂ©s et dĂ©magogiques apprirent qu'il est plus facile d'ameuter les foules que de les apaiser. En effet aprĂšs tous les remĂšdes qu'on avait pu envisager, en vain, Dieu a brouillĂ© les langues de ces fous. Les dĂ©magogues durent apprendre qu'il Ă©tait trĂšs difficile d'apaiser une foule excitĂ©e et ils rĂ©alisĂšrent qu'ils Ă©taient en son pouvoir. Quand ils voulurent mettre un terme Ă  ces troubles tragiques, ils s'aliĂ©nĂšrent une partie du peuple qui ne voulait pas en rester lĂ  soit parce que les promesses qu'on leur avait faites ne s'Ă©taient pas rĂ©alisĂ©es soit parce qu'il devenait impossible de freiner le mouvement une fois enclenchĂ©, soit parce qu'un certain nombre de magistrats privĂ©s de leur pouvoir poussĂšrent des hommes violents contre les agitateurs. Quoi qu'il en fĂ»t la cause, les magistrats surent profiter de la division de la foule pour rĂ©cupĂ©rer leur autoritĂ©. La mĂȘme chose arrivera Ă  GenĂšve Ă  condition que les deux Conseils restent unis et qu'aucun de leurs membres n'entretienne la sĂ©dition. Aujourd'hui tous les bons citoyens reconnaissent que les rĂ©formes faites Ă  ce moment-lĂ  ont eu des consĂ©quences nĂ©fastes et veulent les voir disparaĂźtre. Avant les troubles, on se plaignait et Ă  juste titre de la corruption de la RĂ©publique mais maintenant on veut revenir Ă  ce premier Ă©tat qui paraissait justement corrompu. VoilĂ  ce qui arrivera Ă  GenĂšve aussi si le peuple ne tire pas de leçon des malheurs des autres. Werenfels pense que la VĂ©nĂ©rable Compagnie pourrait faire beaucoup pour apaiser ces troubles Ă  condition de rester unie et de ne pas donner l'impression de soutenir les magistrats. Il faudra Ă  la fin faire preuve de beaucoup de charitĂ©. Si on devait en conclure Ă  l'utilitĂ© des lettres de pasteurs suisses, il faudrait en avertir les dĂ©lĂ©guĂ©s [Hans Jakob Ulrich et Johannes II Escher] qui sont actuellement Ă  GenĂšve, en leur indiquant aussi quel devrait en ĂȘtre le contenu. Il est sĂ»r du reste que les dĂ©lĂ©guĂ©s feront tout le nĂ©cessaire pour faire comprendre l'importance, pour la sĂ©curitĂ© de la Suisse entiĂšre, que GenĂšve soit gouvernĂ©e dans le calme. Il recommande Ă  JA de ne pas dĂ©sespĂ©rer, d'agir en bon citoyen et en bon pasteur et de remettre les choses Ă  Dieu. Dans un PS, Werenfels ajoute les conseils qu'un ami lui a donnĂ©s concernant la situation genevoise. Il lui a demandĂ© d'abord si les magistrats Ă©taient des hommes de bien appartenant aux diffĂ©rentes classes. Sur la rĂ©ponse affirmative de Werenfels, il continua en disant que la crise finirait alors par se dĂ©nouer positivement; mais en cas contraire, si l'État n'avait pas de son cĂŽtĂ© les bons citoyens, alors il succomberait. Pour rester maĂźtres de la situation, il faut que les magistrats mettent de leur cĂŽtĂ© les vauriens qui, par leur violence et leur mĂ©chancetĂ©, ont acquis autant de puissance que les agitateurs.

Adresse

GenĂšve


Lieux

Émission

BĂąle

RĂ©ception

GenĂšve

Conservation

GenĂšve


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