85 Lettres

Lettre 1740 de Jean-Alphonse Turrettini à Gilbert I Burnet

Genève 08.10.1706

Je dois mille remerciemens

JA remercie Burnet de l'accueil que celui-ci a réservé à l'un de ses protégés [Charles Loste] et des sermons qu'il lui a envoyés [Because iniquity, A Sermon preach'd at the Cathedral Church, A Sermon preach'd in Lent, A Sermon preach'd before the Right Honourable the Lord Mayor]. JA a aussi beaucoup apprécié le commentaire de Burnet aux XXXIX Articles [An Exposition of the Thirty-Nine Articles, 17053], notamment sur les questions de la prédestination...

Genève 08.10.1706


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Lambeth Palace Library (London), Ms 932/80


Je dois mille remerciemens


JA remercie Burnet de l'accueil que celui-ci a réservé à l'un de ses protégés [Charles Loste] et des sermons qu'il lui a envoyés [Because iniquity, A Sermon preach'd at the Cathedral Church, A Sermon preach'd in Lent, A Sermon preach'd before the Right Honourable the Lord Mayor]. JA a aussi beaucoup apprécié le commentaire de Burnet aux XXXIX Articles [An Exposition of the Thirty-Nine Articles, 17053], notamment sur les questions de la prédestination et de la grâce; il le considère comme l'un des meilleurs cours de théologie. À Genève, on a aboli la signature obligatoire du Consensus, ce que JA espérait depuis longtemps mais qu'il craignait de ne jamais voir se réaliser. C'était une tyrannie insupportable comme Burnet l'avait lui-même remarqué dans ses Voyages. L'occasion s'est présentée quand un jeune ministre réfugié [Jacques Vial de Beaumont] a remplacé le "sic sentio" par le "contrarium non docebo". Une réaction assez virulente s'en est suivie de la part des ministres les plus zélés (parmi lesquels les deux collègues de JA, [Bénédict] Pictet et [Bénédict] Calandrini) qui en ont fait une affaire de parti et de famille et ont réussi à mettre de leur côté le Petit Conseil. Celui-ci fut néanmoins obligé d'abandonner le "sic sentio" à cause du grand vacarme fait par le Conseil des Deux-Cents qui s'était assemblé par hasard en ce temps-là. La nouvelle signature proposée était pourtant équivoque et ne plaisait pas à JA et à ses amis qui y trouvaient un certain air d'inquisition qui convenait mal à des matières aussi obscures et indifferentes. Mais leurs tentatives pour convaincre les zélés de l'abandonner furent sans résultat. Heureusement que le Conseil des Deux-Cents refusa de l'approuver, remettant la question sur le tapis. Les zélées [François Dassier; Bénédict Pictet; Antoine I Maurice; Michel Turrettini; Vincent Minutoli; Jacob Bordier; Pierre Gaudy; Melchisedec I Pinault] remuèrent ciel et terre pour s'y opposer et allèrent jusqu'à organiser leur absence, en espérant bloquer ainsi toute décision. Tel ne fut pas le cas et la Compagnie décida d'abolir toute signature et de se contenter d'exhorter ceux qu'on recevait au ministère de ne pas choquer les sentiments reçus. JA, qui était modérateur le jour de la décision, en rapporta aux Conseils; il enverra son discours à Burnet à la première occasion. Le procureur général refusa d'entendre les zélés, en leur permettant seulement de présenter leurs raisons par écrit. Pictet et Calandrini présentèrent alors chacun un mémoire qui peignait la situation de manière tragique, comme si la religion allait être renversée. Malgré cela, la décision de la Compagnie fut maintenue mais le Deux-Cents, trouvant qu'elle n'allait pas assez loin, l'exhorta à y apporter encore des adoucissements. Et c'est la situation dans laquelle on se trouve à présent, la question restant donc ouverte. Pour défendre ses thèses, JA a invoqué, entre autres, les relations avec les luthériens et avec les anglicans, ce qui a beaucoup impressionné les esprits raisonnables, malgré les clameurs de Pictet qui a dénoncé l'arminianisme qui règne actuellement en Angleterre. Il avait du reste dit la même chose il y a quelques années lors de l'introduction d'un nouveau service trois jours par semaine qui avait quelques rapports avec la liturgie anglicane. Ce qui a du reste joué aussi en leur faveur a été le fait que Pictet avait écrit tout autrement dans ses livres sur la réunification avec les luthériens. La situation actuelle n'est pas encore entièrement satisfaisante mais au moins on n'est plus obligé de croire ni d'enseigner ces dogmes-là. [Louis I] Tronchin aurait été ravi de voir de tels développements. De manière plus générale, JA constate que les esprits se sont adoucis en matière de religion un peu partout et que les temps sont favo"rables à une réunification entre les protestants; les souverains aussi – et notamment la reine d'Angleterre [Anne Stuart] et le roi de Prusse [Friedrich I] – ont tout intérêt à promouvoir cette réunion. Les choses avancent du côté de la Prusse, comme l'ambassadeur à Ratisbonne [Ernst de Metternich] l'a récemment certifié à JA. Du point de vue théologique, ce qui était la pierre d'achoppement jusqu'ici, à savoir la prédestination, n'en est plus une, du moment que les réformés ont beaucoup évolué à ce propos. Il faut donc saisir le moment favorable, qui ne se représentera peut-être plus. La reine d'Angleterre devrait prendre toute l'affaire en main et diriger le mouvement; elle devrait nommer elle-même dans tous les pays des théologiens modérés, capables de faire avancer le débat. Outre cette indication, JA en donne neuf autres pour organiser le mouvement. Il cite les noms, en Suisse, de [Samuel] Werenfels, de [Johann Rudolf] Zwinger et de [Jean-Frédéric I] Ostervald et à Genève d'[Antoine I] Léger comme ceux de personnes modérées susceptibles de s'intéresser au projet. JA serait reconnaissant si Burnet voulait bien communiquer toutes les proposition à l'archevêque de Cantorbéry [Tenison]. Il aimerait aussi que Burnet transmette à la Cour le désir qu'on a à Bâle et en Suisse qu'on négocie, dans le traité de paix qui devrait se signer prochaînement, le démantèlement du Fort de Huningue, qui met en danger la sécurité suisse et favorise les Cantons catholiques philo-français. L'Église de Genève serait ravie d'entamer une correspondance officielle avec l'Église d'Angleterre, ce qui pourrait avoir des effets positifs sur les non-conformistes.

Adresse

[Angleterre]


Lieux

Émission

Genève

Réception

Angleterre

Conservation

Londres


Cités dans la lettre