9 Lettres

Lettre 1259 de Samuel Werenfels Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Bâle 31.10.1699 [21.10.1699]

Vous ne le croiriez

Werenfels a lu et relu maintes fois la lettre de JA. Il ajoute de sa plume quelques vers en latin qui peuvent compléter ceux de son correspondant. Pour ce qui concerne l'histoire des anciens hérétiques, Werenfels n'est pas étonné du penchant de JA pour le pyrrhonisme. Seuls ceux qui ne savent pas ce que c'est que savoir voient toutes les choses comme certaines. Werenfels lui-même est du reste assez proche de JA à cet égard mais il y a une différence entre leurs pyrrhonismes respectifs: JA y a ab...

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Bâle 31.10.1699 [21.10.1699]


Lettre autographe, signée, adressée. (F et L)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.W.3

Hermanin, Werenfels, p. 306-309.


Vous ne le croiriez


Werenfels a lu et relu maintes fois la lettre de JA. Il ajoute de sa plume quelques vers en latin qui peuvent compléter ceux de son correspondant. Pour ce qui concerne l'histoire des anciens hérétiques, Werenfels n'est pas étonné du penchant de JA pour le pyrrhonisme. Seuls ceux qui ne savent pas ce que c'est que savoir voient toutes les choses comme certaines. Werenfels lui-même est du reste assez proche de JA à cet égard mais il y a une différence entre leurs pyrrhonismes respectifs: JA y a abouti en connaissance de cause, Werenfels parce qu'il n'a pas encore examiné comme il faut la question. Il ne connaît Pélage que par Vossius [Historiæ de controversiis] ; il n'a pas consulté les sources, ce qui est indispensable pour porter un jugement correct, mais il le fera et demande à JA de lui fournir le fil d'Ariane qui pourra l'orienter dans ce labyrinthe. Si JA lui apporte cette aide, il lui dira sincèrement, il le promet, ce qu'il pense de Pélage. Il a l'impression que les Pères ont crié trop fort; pour dire les choses franchement, il a l'impression, à propos de Pélage, que c'était un fort honnête homme, hérésie exceptée. Cela est confirmé par de nombreux témoignages et il n'est pas mauvais de dire d'un homme que, mises à part ses idées, il s'agit de quelqu'un de bien. On serait heureux si on disait cela de nous à Paris ou à Rome. Son but était d'inciter les gens à être d'aussi bons chrétiens que lui; pour ce faire, il a préféré l'argument a facili à celui ab impossibili en affirmant que pourvu qu'il le veuille, l'homme peut être sans péché. Or, on a tellement attaqué ce principe qu'on a poussé Pélage et ses disciples à aller plus loin qu'ils ne le voulaient au début. Voilà l'idée de Werenfels mais JA pourra rectifier cette interprétation. JA pourrait-il excuser les procédures du Concile d'Éphèse? Comment répondrait-il si Werenfels lui posait la même question mais au sujet du synode de Dordrecht? Si on avait eu un Fra Paolo [Sarpi] pour écrire l'histoire de tous les conciles et de tous les synodes à la façon de son Concile de Trente, que de choses on aurait pu voir! Werenfels a entendu dire qu'un professeur de Lausanne, Sterky, s'est mis en tête de faire la paix entre luthériens et réformés; si tel est le cas les professeurs de Genève devraient l'encourager. Ce n'est pas qu'il croie les luthériens plus traitables qu'ils ne l'ont été jusqu'à présent. Mais quand les réformés s'échauffent sur ces matières, cela fait plaisir de les entendre louer la paix, la modération, la douceur et blâmer le zèle et l'emportement. Il faut saisir toutes les occasions qui permettent de favoriser certaines attitudes; ce n'est du reste que dans le contexte du dialogue avec les luthériens qu'on peut se permettre de louer la tolérance sans être trop mal vu par les zélotes. La lettre de JA à [Johann Rudolf III] W[ettstein] a fait son effet.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Bâle

RĂ©ception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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