63 Lettres

Lettre 1238 de Louis Bénion à Jean-Alphonse Turrettini

Leyde 10.03.1699

Je suis tres sensible

Bénion remercie JA de la suite qu'il a donnée à sa recommandation de [Gabriel (?)] Dupuis. Il ne s'arrêtera pas dans cette lettre sur les disputes théologiques parce que son correspondant en est sûrement déjà informé par les livres publiés. Il considère ces querelles comme l'opprobre des réfugiés, ce qui doit être aussi l'avis de JA. La dispute entre Jurieu et [Élie] Saurin a pris fin définitivement, semble-t-il. Bénion était député au synode de La Brille, qui a clos le procès. On n'a jamais vu...

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Leyde 10.03.1699


Lettre autographe, signée, adressée. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.B.22

Budé, Lettres, I, p.241-245. Omissions.


Je suis tres sensible


Bénion remercie JA de la suite qu'il a donnée à sa recommandation de [Gabriel (?)] Dupuis. Il ne s'arrêtera pas dans cette lettre sur les disputes théologiques parce que son correspondant en est sûrement déjà informé par les livres publiés. Il considère ces querelles comme l'opprobre des réfugiés, ce qui doit être aussi l'avis de JA. La dispute entre Jurieu et [Élie] Saurin a pris fin définitivement, semble-t-il. Bénion était député au synode de La Brille, qui a clos le procès. On n'a jamais vu de combat plus inégal et il laisse imaginer à JA de quel côté on a penché. Jurieu a été aveuglé par une passion violente; quant à Saurin, c'est sûrement un homme de beaucoup d'esprit, de pénétration et de jugement mais il appartient à ceux à qui la vengeance est douce. Il aurait mieux valu pour lui présenter son intervention comme une pure et simple défense extorquée par son adversaire. Les députés lui sont en tout cas redevables de plusieurs bons morceaux de théologie et de morale. Mais d'autres polémiques ont éclaté comme celle entre [Pierre] de Joncourt, ministre à Middelbourg, et son collègue Duvelaar. Ils sont passés devant plusieurs synodes et ont imprimé un certain nombre de fascicules; leur dispute roulait autour des sacrements, de Joncourt soutenant qu'ils sont des seaux et des gages et Duvelaar le niant. Au lieu de s'éclairer, la question s'est fort embrouillée entre leurs mains. Autre polémique, celle entre Benoist et [Isaac] Jaquelot, à la suite de plusieurs lettres que le second a adressées aux prélats de France [Lettres à messieurs les prélats de l'Eglise gallicane] pour qu'ils s'engagent à faire cesser la persécution. Benoist y a vu une tentative d'accommoder les religions et a accusé l'ouvrage, qui est écrit dans un beau français, de cabale, de socinianisme et de déisme. Bénion est tombé des nues parce qu'il a rarement vu des accusations si atroces fondées sur si peu de choses; au contraire, il juge très favorablement les lettres. Chacun a fait sa propre apologie et d'autres ouvrages ont suivi avec de grosses injures. On a finalement nommé deux arbitres – [Henri] Des Marets et Baccuet – au jugement desquels ils ont promis de se soumettre. Le Grand Pensionnaire [Anthoine] Heinsius a en outre obligé Benoist à se réconcilier avec Le Vassor contre lequel il avait écrit violemment. Voilà ce que font les théologiens et l'idée qu'ils donnent aux libertins de la religion protestante! Ils se plaignent d'avoir été persécutés et voilà qu'une fois sortis des mains des persécuteurs ils se déchirent entre eux. Bénion regarde par contre JA comme quelqu'un qui est aux antipodes de ces gens-là; il avait pensé que, ses voyages terminés, son correspondant donnerait au public des ouvrages de sa façon. Il l'incite à le faire car si tout le monde écrit, tout le monde n'écrit pas bien. Il demande à JA de le renseigner sur ce qui se publie à Genève. Il juge bons les extraits donnés par [Jacques] Bernard dans les Nouvelles de la République des Lettres. L'ouvrage contre les Juifs de Jaquelot est différement apprécié par les uns et par les autres. On traduit à Amsterdam la Mischna avec des commentaires de Bertinoro et de Maïmonides auxquels l'auteur [Surenhusius] en a ajouté quelques-uns de sa façon. Il y a ici un rabbin très savant qui est sur le point de se convertir au protestantisme. Bénion a repris l'étude de l'hébreu avec un rabbin et d'après ce que celui-ci lui dit il pense que la traduction de la Mischna dont il vient de parler n'est pas mauvaise et aide la compréhension d'une langue qui n'est pas facile.

Adresse

Genève


Lieux

Émission

Leyde

Réception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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