152 Lettres

Lettre 886 de Jean Bazin de Limeville à Jean-Alphonse Turrettini

La Haye 26.01.1695 [26.01.95]

J'avois veritablement

Bazin de Limeville est satisfait d'avoir dit à de Cambiague que JA l'avait oublié puisque c'est probablement à cela qu'il doit l'heureuse surprise d'une lettre de la part du Genevois. Il ne croyait pas véritablement à ce qu'il avait dit, car JA a trop bon cœur pour une telle attitude, mais parfois on désire s'entendre dire des choses qu'on aime. Il est fâché que l'air natal n'ait pas complètement rétabli la santé de JA; l'avantage est que, attaché à deux endroits, il est presque libre, ce qui mo...

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La Haye 26.01.1695 [26.01.95]


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.L.25


J'avois veritablement


Bazin de Limeville est satisfait d'avoir dit à de Cambiague que JA l'avait oublié puisque c'est probablement à cela qu'il doit l'heureuse surprise d'une lettre de la part du Genevois. Il ne croyait pas véritablement à ce qu'il avait dit, car JA a trop bon cœur pour une telle attitude, mais parfois on désire s'entendre dire des choses qu'on aime. Il est fâché que l'air natal n'ait pas complètement rétabli la santé de JA; l'avantage est que, attaché à deux endroits, il est presque libre, ce qui montre l'estime qu'on a de lui. Les guerres des messieurs sont suspendues, sans être pour autant finies ; les derniers écrits de part et d'autre ont été très virulents. Celui d'[Henri] Basnage [de Beauval] [Considérations] a été condamné par le Magistrat au moment même où les commissaires du synode, [Pierre] de Joncourt et [Jourdain] Olivier, travaillaient à l'instruction de l'affaire; cela les a arrêtés. On verra au prochain synode de Haarlem ce qu'il en sera. Mais ce synode aura aussi une autre affaire épineuse à traiter, celle du livre d'[Élie] Saurin contre la doctrine de Jurieu [Examen de la théologie], imprimé malgré la défense du synode de Breda et la réconciliation qui s'était faite à Dordrecht. Cela a fait un grand fracas. La province d'Utrecht a interrompu l'impression d'un troisième ouvrage de Saurin [Reflexions sur les droits de la conscience] contre le Commentaire philosophique [de Bayle] et la réfutation qu'en a faite Jurieu [Des droits des deux souverains]. Celui-ci a repris ses Pastorales; il y a aussi une lettre, avec caractère et papier du pays, venant soi-disant des frères de France [Lettre des fidèles], qui demande des éclaircissements au sujet de la première Pastorale [Lettres XXII]. C'est un ouvrage malin de la cabale, dont on ne connaît pas l'auteur [Basnage de Beauval], mais qui reprend tous les griefs de de Beauval quoiqu'avec un tour moins bon. Les choses ne vont pas comme elles devraient aller. Jurieu, [Jacques] Basnage et leurs femmes mêmes se sont rencontrés le mois passé mais par pure formalité ; peu après, Bazin assista au mariage de [Daniel I] de Superville où les quatre personnages étaient présents et assis en vis-à-vis. Ils burent à leur santé et cela s'arrêta là. Le Magistrat de Rotterdam a fait plusieurs tentatives de réconciliation, en vain. Ce n'est plus l'œuvre des hommes. Jurieu se porte mieux que d'habitude et prêche régulièrement sans se fatiguer. Son substitut, de la Grange, ne prend en charge que le prêche du mercredi. Quant à Bazin lui-même, il a quitté Rotterdam et habite désormais La Haye. Il a patienté 18 mois après son mariage et puisque les choses avec sa famille ne s'arrangeaient pas, il a pris cette décision. Il a fallu lutter pour avoir la paix; il l'a eue avec [Madeleine] de Montigny mais non avec ses filles qui ne veulent pas recevoir leur tante de bon cœur. La petite dame [Anne I de Morogues de Médan] lui a écrit une fois mais depuis plus rien. Quant à la plus petite de ses nièces, qui se trouvait à la Haye au moment où Bazin y aménageait, elle vint le rencontrer mais en le traitant froidement de Monsieur et non plus d'oncle. Son séjour à La Haye est plus agréable, notamment pour la société, mais il aurait continué volontiers à tout sacrifier à sa famille comme il l'avait fait depuis huit ans et demi. La France s'est consolée d'avoir perdu Monsieur de Luxembourg parce qu'on a perdu la reine [d'Angleterre, Marie II] ; mais elle ne doit pas se faire de fausses illusions là dessus. Le deuil est aussi sincère qu'universel et le roi [Guillaume III] a pu obtenir du parlement tout ce qu'il avait souhaité. Il semble que le roi sera en Hollande en mars pour accélérer les choses. La campagne de mer s'ouvrira de bonne heure du côté de l'Océan et du côté de la Méditerranée; on espère que la France sera forcée de faire une paix stable. Il a offert ses services à [Paul] L'Escot. Il envoie ses salutations à plusieurs personnes de Genève.

Adresse

[Suisse]


Lieux

Émission

La Haye

Réception

Suisse

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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