63 Lettres

Lettre 696 de Jean Bazin de Limeville à Jean-Alphonse Turrettini

[Hollande] 27.08.1693 [27.08.]

Je ne croyois pt

L'expéditeur raconte à JA, dans les détails, l'affaire qu'il sait déjà, parce qu'il est très probable que le jour même on fera à la petite dame [Anne I de Morogues de Médan] une relation très désavantageuse de toute cette histoire. [Madeleine Remy] de M[ontigny], malgré les reproches que plusieurs personnes, et en particulier de Mirmant, lui avaient adressés, voyant qu'elle n'arrivait pas à séparer l'expéditeur de son épouse, refusa aussi bien d'être reçue par cellle-ci que de la recevoir, comme...

+ 1 pages

page 1

00894_696-1_ug68412_turrettini_file.jpg

page 2


00895_696-2-3_ug68413_turrettini_file.jpg

page 3

00896_696-4_ug68414_turrettini_file.jpg

[Hollande] 27.08.1693 [27.08.]


Lettre autographe, signée. Inédite. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Gd.10.I


Je ne croyois pt


L'expéditeur raconte à JA, dans les détails, l'affaire qu'il sait déjà, parce qu'il est très probable que le jour même on fera à la petite dame [Anne I de Morogues de Médan] une relation très désavantageuse de toute cette histoire. [Madeleine Remy] de M[ontigny], malgré les reproches que plusieurs personnes, et en particulier de Mirmant, lui avaient adressés, voyant qu'elle n'arrivait pas à séparer l'expéditeur de son épouse, refusa aussi bien d'être reçue par cellle-ci que de la recevoir, comme elle le dit elle-même à Bazin au cours d'une visite qu'elle lui rendit. Jurieu, [Lacombe de (?)] Vrigny et Le Page ont désapprouvé cette attitude insultante pour la femme de l'expéditeur. Celui-ci reçut, quelques jours plus tard et après une visite qu'il fit à la dame, une très longue lettre de sa main où elle lui reprochait tout ce qu'il avait fait depuis trente ans. Tout le monde convint que, pour l'instant, la femme de l'expéditeur ne devait pas prendre d'initiative, bien qu'elle fût disposée à se rendre chez la dame. Dans un premier temps, ce fut l'expéditeur lui-même qui se rendit, avec [Daniel I] de Superville, chez Madame de Montigny pour tenter de résoudre l'affaire à l'amiable. Ils trouvèrent un esprit aigri, persuadé d'avoir attendu trop longtemps une réponse qui lui était due; la visite ne laissait présager aucune solution favorable, les filles étant tout aussi mal disposées. Le lendemain l'affaire fut longuement discutée avec [Jacques (?)] Muisson qui reçut de l'expéditeur et de son épouse un plein pouvoir pour essayer de résoudre la chose mais échoua à son grand regret. Sur cela, la providence envoya un parent commun, de Hautecour, qui, d'humeur très douce et naturellement disposé à la pacification, s'engagea dans cette affaire, reprenant les choses là où Muisson les avait laissées. Finalement une visite put être arrangée entre l'épouse de l'expéditeur et Madame de Montigny, visite à laquelle Jurieu et de Hautecourt se joignirent: les choses se passèrent bien avec la dame mais de façon beaucoup plus houleuse avec les filles; on a évoqué la possibilité de rendre la visite mais celles-ci n'ont pas voulu en entendre parler. Cette éventualité n'est pourtant pas exclue pour ce qui concerne la mère. Les choses en sont là à présent et l'expéditeur assure qu'il a fait un fidèle récit des événements. Dans un PS, Bazin ajoute que la relation qu'il vient d'envoyer à JA fait suite à une de ses lettres qui lui demandait où en était l'affaire. JA y trouvera de quoy répondre à des faits qu'on impute faussement à l'expéditeur. Son neveu [Yvetot de Montigny] lui a dit que dans la société, on lui faisait un crime d'avoir trop voulu la paix; on lui reproche d'avoir fait parler Galway et tant d'autres, alors qu'ils l'ont fait de leur propre chef, scandalisés qu'ils étaient de tant d'aigreur. Tout le monde est rebuté. Les ministres disent qu'il s'agit d'esprits si malades que la raison est impuissante. De Superville en a par dessus les yeux. Madame de Montigny sait bien que tant qu'elle tiendra cette conduite, elle fera l'objet de tous les reproches. Elle s'est résolue à la paix uniquement pour se disculper aux yeux du monde, certainement pas pour entretenir un commerce fraternel. Du reste elle a fait la preuve qu'elle n'était pas maîtresse de sa famille et qu'elle ne savait pas, ou ne voulait pas, se servir de son autorité. C'est l'expéditeur qui a fait les premiers pas et il n'en a pas honte. Il envoie à JA le fragment d'une lettre de La Motte [I] ; il est libre de le montrer ou pas à la petite dame. De la Motte [II] et son frère ont travaillé à la paix mais ont été rebutés de ne voir que de l'aigreur. Le 3 juillet, le Consistoire a mis fin aux différents entre les divers pasteurs et des visites ont eu lieu de part et d'autre; la petite sœur [Susanne Basnage] s'est rendue, après quelques jours seulement puisqu'elle ne tient pas son cœur dans sa main, chez sa sœur [Hélène Jurieu] et son beau-frère [Pierre] à qui elle n'a pas adressé un mot. Les choses en sont restées là et les deux beaux-frères n'ont pas échangé de visites depuis. Basnage et Piélat semblent maintenant en rajouter et épaulent Jurieu contre les hérétiques au-delà de ce que celui-ci demandait. Pour ce qui est de la guerre, on croit que la campagne ne finira pas sans une seconde action et on va renforcer les troupes. [Jacques] Bibaud lui a dit qu'on chassait 2'000 réfugiés à Genève parce qu'il n'y a plus de blé que pour six mois. Il joint la lettre pour sa sœur [Anne I de Morogues]. On vient de lui dire que les États-Généraux ont écrit à l'empereur [Léopold I] pour le prier de ne pas céder à une paix avec la France mais au contraire d'inciter les princes d'Allemagne à continuer la guerre, la bataille de Neerwinden ayant été très pernicieuses pour les ennemis.

Adresse

[Paris]


Lieux

Émission

Hollande

Réception

Paris

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

+ 1 pages

page 1

00894_696-1_ug68412_turrettini_file.jpg

page 2


00895_696-2-3_ug68413_turrettini_file.jpg

page 3

00896_696-4_ug68414_turrettini_file.jpg