160 Lettres

Lettre 213 de Jean-Alphonse Turrettini à Barthélemy Micheli du Crest

[Leyde] 13.04.1691 [s.d.]

Quand votre lettre ne

En dépit de la précipitation avec laquelle ses compagnons de voyage l'ont obligé à voir Paris et de la sottise qu'il a faite en arrivant à La Haye quand le Congrès venait de se terminer, JA va s'efforcer de raconter à son cousin, qu'il considère comme son père, ce qu'il a pu voir de cette ville. La capitale française l'a frappé par sa magnificence et il a visité ce qu'il faut absolument voir, à savoir les églises, les bâtiments les plus importants, le cheval de bronze du Pont-Neuf, la statue de...

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[Leyde] 13.04.1691 [s.d.]


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (F)
Archives de la Fondation Turrettini (Genève), 1/Ea.5.7


Quand votre lettre ne


En dépit de la précipitation avec laquelle ses compagnons de voyage l'ont obligé à voir Paris et de la sottise qu'il a faite en arrivant à La Haye quand le Congrès venait de se terminer, JA va s'efforcer de raconter à son cousin, qu'il considère comme son père, ce qu'il a pu voir de cette ville. La capitale française l'a frappé par sa magnificence et il a visité ce qu'il faut absolument voir, à savoir les églises, les bâtiments les plus importants, le cheval de bronze du Pont-Neuf, la statue de la place des Victoires, la salle et les galeries du palais, les appartements du Louvre et de Versailles. Quelle impression sur quelqu'un qui n'était jamais sorti de Genève! Il a été pourtant quelque peu déçu de Versailles où il y a de grandes dorures et partout de la magnificence mais sans beaucoup de délicatesse et de goût. C'est un étalage de richesses qui inspire néanmoins du respect pour la grandeur du roi [Louis XIV]. Il a été également déçu par les prédications entendues dans la chapelle royale: c'était un oratorien qui assurait les sermons de tout le carême et qui n'a débité que des déclamations vides et des galimatias et qui avait par ailleurs une voix désagréable. Il en va de même des prédications entendues à Paris; la seule qu'il ait appréciée est celle d'un jésuite de Lyon, qui n'était par ailleurs pas un modèle à suivre. Le temps très limité dont il disposait l'a empêché de visiter les bibliothèques parisiennes. Mais il a pu faire la connaissance des frères [Pierre et Jean-Baptiste] Stoppa. Ceux-ci, couverts d'affaires, ont malheureusement eu du mal à se libérer de leurs obligations. Il a néanmoins pu rencontrer à trois reprises le brigadier [Jean-Baptiste], qui lui a semblé habile dans le domaine des sciences et très au courant des nouveautés littéraires. Il a invité JA à revenir à Paris et s'est engagé à le voir souvent. JA a été charmé de l'accueil et de la compagnie de Pavillon dont il a apprécié la délicatesse d'esprit et la philosophie consistant à savoir vivre. Il a aussi eu l'occasion de rencontrer Malebranche assez longuement; il est grand, maigre et porte sur son visage les traces de ses profondes méditations. Ils ont abordé bien des sujets, y compris ceux de l'infaillibilité de l'Église, de la transsubstantiation et de la politique. Quoiqu'il en ait parlé avec diplomatie, il n'était pas impossible de deviner le fond de ses sentiments. C'est un homme qu'il serait utile de revoir s'il retourne à Paris. JA terminera le récit de son séjour parisien sur quelques remarques à propos de la Comédie italienne qui ne vaut pas grand chose. On y a joué une pièce toute française qui n'avait d'italien que des détails secondaires. Les comédiens français par contre sont bien meilleurs. Il a pu les apprécier dans la tragédie Tiridate [de Brueys] et dans la comédie Le Grondeur [de Campistron]. Les Flandres et la Hollande l'ont ensuite enchanté avec leurs villes propres et gaies mais aucune d'entre elles, pas même Anvers ni Amsterdam qui sont très belles, ne peut être comparée à Paris. À La Haye, il a eu l'occasion de rencontrer Frémont [d'Ablancourt] qui l'a fort bien reçu, quoique brièvement, et s'est informé de la santé de ses connaissances genevoises, en particulier de celle de Madame de Windsor. Madame de Haucourt croyait Micheli marié, le confondant évidemment avec son frère [Jacques]. Il y a fait aussi d'autres rencontres, notamment [Henri] Basnage de Beauval (qui est un homme très agréable), et compte bien y retourner pour un séjour plus long. JA espère également pouvoir retourner à Amsterdam pour fréquenter des juifs et prendre des cours sur le rabbinage. Il aimerait suivre le conseil de son cousin, pour ce qui est de l'arabe, mais il n'y a pas d'enseignement de langues orientales à Leyde, ce qui est étrange pour une telle Académie. On a toutes les peines du monde à aborder les savants de cette ville, qui inspirent de la peur. [Friedrich] Spanheim est un peu de ce genre-là mais il est excusable"à cause de ses grandes occupations; il a été du reste gentil avec JA et lui a offert le libre accès de sa maison. Il ne fait qu'un collège d'histoire qui est presqu'achevé. JA l'a entendu prêcher dimanche dans un sermon savant et plein de feu. [Charles II] Drelincourt est d'une approche plus facile mais JA le trouve un peu pédant; il sera néanmoins obligé d'aller à ses leçons s'il les reprend parce qu'autrement il en serait ombragé. JA se plaint en général de Leyde, qui offre peu de cours qui vaillent la peine d'être suivis, peu de prédicateurs de renom et peu de livres, les libraires n'effectuant pas de prêt. Il se trouverait mieux à Rotterdam. Pour ce qui est de la guerre, le bruit court que Mons est tombé aux mains des Français mais la nouvelle n'a pas été confirmée. Les régiments qui devaient être levés pour le Piémont ne le sont pas, au grand dam du colonel [Henri] Arnaud. Quant à [Jean-Antoine] Dautun, il ne se produit pas assez mais on l'incite à le faire. Il n'y a probablement pas de place en Hollande pour lui tant il y a des ministres réfugiés ici et il désirera peut-être se tourner du coté de l'Angleterre. D'ailleurs JA envisage de faire cette année le voyage dans cette île et aimerait savoir ce que sa famille en pense.

Adresse

[Genève]


Lieux

Émission

Leyde

RĂ©ception

Genève

Conservation

Genève


Cités dans la lettre

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