262 Lettres

Lettre 109 de Anonyme Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Sienne 29.07.1688 ? [04 Cal. August.]

Memens me promisse

L'expéditeur, fidÚle à la promesse qu'il avait faite en quittant GenÚve, écrit à JA, ce qui lui est d'autant plus agréable qu'il regrette la conversation avec le jeune homme, qui laisse déjà entrevoir en lui l'image paternelle. La perte de François Turrettini est ainsi moins cruelle. Quant à lui, il n'a pas joui d'une bonne santé en Italie; il a été saisi à Florence d'une fiÚvre qui l'a alité pendant quinze jours et il ne s'en est pas encore complÚtement remis; il pense que les cieux d'Italie ne...

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Lettre 109 de Anonyme Ă  Jean-Alphonse Turrettini

Sienne 29.07.1688 ? [04 Cal. August.]


Lettre autographe, signée, adressée. (L)
Archives de la Fondation Turrettini (GenĂšve), 1/Gd.S.2

Budé, Lettres, III, p.274-278. Traduite en français et datée 04.08.1689. Omissions.


Memens me promisse


L'expĂ©diteur, fidĂšle Ă  la promesse qu'il avait faite en quittant GenĂšve, Ă©crit Ă  JA, ce qui lui est d'autant plus agrĂ©able qu'il regrette la conversation avec le jeune homme, qui laisse dĂ©jĂ  entrevoir en lui l'image paternelle. La perte de François Turrettini est ainsi moins cruelle. Quant Ă  lui, il n'a pas joui d'une bonne santĂ© en Italie; il a Ă©tĂ© saisi Ă  Florence d'une fiĂšvre qui l'a alitĂ© pendant quinze jours et il ne s'en est pas encore complĂštement remis; il pense que les cieux d'Italie ne lui conviennent pas. Pas de livres, pas de personnes avec qui converser familiĂšrement, la viande interdite le vendredi et le samedi, ce qui est bien incommode lĂ  oĂč il n'y a pas de poissons. L'ignorance rĂšgne partout et il n'a de nouvelles que par les lettres qu'il reçoit d'Angleterre. Une fois qu'ils ont quittĂ© GenĂšve, ils ont traversĂ© la Savoie, rĂ©gion horrible habitĂ©e par un peuple inculte au visage Ă  peine humain et dont la difformitĂ© est accentuĂ©e par les vĂȘtements. En remontant une riviĂšre qui coule entre de trĂšs hautes montagnes, ils sont arrivĂ©s au pied du Mont-Cenis. AprĂšs une montĂ©e trĂšs rapide, ils sont arrivĂ©s sur un plateau trĂšs Ă©tendu oĂč se trouvait un lac d'oĂč part un cours d'eau qui, se grossissant d'une foule de ruisseaux, devient une riviĂšre importante. AprĂšs avoir franchi le plateau, couvert d'une Ă©paisse couche de neige et plongĂ© dans le brouillard, ils sont arrivĂ©s sur le versant italien et ont atteint Suse, portĂ©s dans des chaises en osier par des montagnards. Turin est une ville trĂšs agrĂ©able qui a Ă©tĂ© agrandie par feu le duc [Charles-Emmanuel II] ; le palais ducal est magnifique, rempli de tableaux prĂ©cieux. Turin quittĂ©, ils ont traversĂ© une plaine trĂšs fertile que les pluies avaient rendue dangereuse Ă  cause des trĂšs nombreux cours d'eau; ils sont passĂ©s par Vercelli et Novara avant d'atteindre Milan, qui est une grande et belle ville avec des Ă©glises magnifiques. Dans la basilique, tout en marbre, Ă©tait exposĂ© un clou de la croix et cela avait attirĂ© une foule immense. Devant l'autel, il y avait des femmes qu'on disait dĂ©moniaques et qui hurlaient au contact du crucifix. On disait qu'elles Ă©taient dans cet Ă©tat Ă  cause de leur incrĂ©dulitĂ© qui les a livrĂ©es au diable. Ils ont visitĂ© le superbe mausolĂ©e du cardinal Borromeo; le visage est assez bien conservĂ©, Ă  l'exception du nez, mais pour ce qui est du corps, il ne reste que des os. On raconte beaucoup de miracles que celui-ci aurait faits, en particulier quand la ville fut ravagĂ©e par la peste. L'expĂ©diteur a Ă©tĂ© déçu par la trĂšs cĂ©lĂšbre BibliothĂšque Ambrosienne dans laquelle il n'a pratiquement rien vu; soit qu'elle n'ait pas toutes les richesses qu'on lui attribue, soit qu'on n'ait pas pu ou voulu les lui montrer. Ainsi il avait demandĂ© au responsable de la bibliothĂšque, qui le questionna sur sa foi catholique, de lui montrer les plus anciens manuscrits grecs, notamment du Nouveau Testament, pour voir si on trouvait dans tous des accents. On lui a montrĂ© plusieurs commentaires de Chrysostome mais aucun Nouveau Testament grec, juste un codex latin dans lequel manquaient toutes les ÉpĂźtres et qui doit ĂȘtre celui dont parle Burnet dans son Voyage [Some letters]. Il a Ă©tĂ© mieux satisfait Ă  Florence oĂč il a rencontrĂ© Magliabechi (dont parle aussi [Gilbert I] Burnet) qui lui a ouvert aimablement la BibliothĂšque Laurentienne, la plus riche parmi toutes celles qu'il a visitĂ©es jusqu'Ă  prĂ©sent. Il a pu ainsi voir plusieurs codices grecs du Nouveau Testament dans lesquels manque le verset de Jean; il a vu aussi [...] qui est en trĂšs bons caractĂšres et avec des accents, ce qui est une preuve pour nier son antiquitĂ©. Magliabechi vit seul et ne mange que du pain et de l'ail avec du sel. Il y a des livres partout, tous les siĂšges et mĂȘme les escaliers en sont remplis, de sorte qu'il est difficile de monter et de descendre. Il a une mĂ©moire exceptionnelle, se rappelle de tout et n'a besoin d'aucun catalogue pour chercher un volume dans sa bibliothĂšque. Rien de nouveau ne se publie en France, en Hollande ou en Angleterre qu'il ne l'achĂšte. Personne n'est plus savant que lui en matiĂšre de livres.

Adresse

GenĂšve


Lieux

Émission

Sienne

RĂ©ception

GenĂšve

Conservation

GenĂšve


Cités dans la lettre

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