262 Lettres

Lettre 96 de Jean-Alphonse Turrettini Ă  Johann Heinrich Gernler

[GenĂšve] 23.03.1688 [13/23.03.88]

Quelques iours apres

Au mois de décembre, JA avait donné une lettre pour Gernler au fils [Gabriel] de [Marc-Conrad Sarasin] de La Pierre qui s'en allait en Hollande retrouver son pÚre. Il avait joint à sa lettre la harangue funÚbre de son pÚre [Pictet, Benedicta memoria]. Or, à son grand étonnement, il voit que Gernler n'a rien reçu de tout cela et se demande pourquoi le jeune homme ne s'est pas acquitté de la commission. Ce qui est le plus fùcheux, c'est que Gernler, n'ayant rien reçu de JA, lui a envoyé ses...

[GenĂšve] 23.03.1688 [13/23.03.88]


Lettre autographe, signée, adressée. Inédite. (F)
Öffentliche Bibliothek der UniversitĂ€t (Basel), Ki. Ar. 130b 187 (n.f.)


Quelques iours apres


Au mois de dĂ©cembre, JA avait donnĂ© une lettre pour Gernler au fils [Gabriel] de [Marc-Conrad Sarasin] de La Pierre qui s'en allait en Hollande retrouver son pĂšre. Il avait joint Ă  sa lettre la harangue funĂšbre de son pĂšre [Pictet, Benedicta memoria]. Or, Ă  son grand Ă©tonnement, il voit que Gernler n'a rien reçu de tout cela et se demande pourquoi le jeune homme ne s'est pas acquittĂ© de la commission. Ce qui est le plus fĂącheux, c'est que Gernler, n'ayant rien reçu de JA, lui a envoyĂ© ses compliments en le priant de bien vouloir lui conserver l'amitiĂ© de feu son pĂšre. Il faut en finir une bonne fois et s'affermir dans l'idĂ©e que leur amitiĂ© est trĂšs sincĂšre et trĂšs solide. JA signale Ă  Gernler la grave maladie du correcteur Favon. Quelle perte pour l'imprimeur [Samuel I] de Tournes et pour JA lui-mĂȘme! Cet homme Ă©tait en effet le seul Ă  savoir dĂ©chiffrer l'Ă©criture de François Turrettini et il est maintenant Ă  l'agonie. Depuis le dĂ©but de la maladie de Favon, JA a Ă©tĂ© chargĂ© de la correction du IIe tome de l'Institutio, qui s'imprime fort vite. Cette occupation est longue et ennuyeuse. On a achevĂ© le premier volume auquel on a joint l'oraison funĂšbre; on n'a pas pu y joindre la taille-douce car le peintre [Johann Jakob I] Thurneysen n'a pu commencer le travail qu'aprĂšs la foire de Francfort. On lui envoie la miniature par les marchands et on laisse Ă  la tĂȘte du volume un feuillet blanc pour recevoir l'empreinte du portrait. JA aimerait pouvoir envoyer Ă  Gernler ce qu'il demande mais c'est impossible; en effet pour les canons thĂ©ologiques, [BĂ©nĂ©dict] Pictet a tout ce que son pĂšre avait fait; il aimerait faire imprimer tout ce qu'on trouvera. Et comme cet ouvrage est inachevĂ©, Pictet veut faire, sous son propre nom, un deuxiĂšme volume de canons, ajoutĂ©s Ă  ceux de son pĂšre. VoilĂ  pourquoi JA ne peut pas les lui envoyer et, Ă  ce stade-lĂ , les recopier serait inutile. Pour la Lettre de Claude Ă  François Turrettini et la RĂ©ponse de ce dernier, il en fera en revanche une copie qu'il lui enverra Ă  BĂąle. Il fera copier aussi le traitĂ© de la rĂ©union [Lettre de quelques protestants pacifiques] et y joindra quelques exemplaires de la harangue ainsi qu'une de ses thĂšses Ă  montrer Ă  [Jacques] Basnage. Son ami ne lui dit toujours rien au sujet de [Henri] Guib, Ă  qui il avait donnĂ© une lettre pour lui il y a six mois. Il semble que Guib demeure Ă  Amsterdam. C'est un homme savant que Gernler aurait tout intĂ©rĂȘt Ă  connaĂźtre. JA demande aussi des nouvelles de Bayle et se dit trĂšs content de son rĂ©tablissement. Il annonce Ă  Gernler qu'il est en train de copier la mĂ©taphysique de [Jean-Robert] Chouet pour lui-mĂȘme. Comme son correspondant la lui avait demandĂ©e, il lui fera parvenir celle qu'il avait achetĂ©e, dĂšs qu'il aura achevĂ© sa copie. Cet exemplaire contient aussi la morale de Minutoli. Son cousin AndrĂ© [Turrettini] est Ă  Paris et JA l'a chargĂ© d'acheter des livres. En effet, les libraires genevois n'ont plus de livres de Paris depuis 15 ans. Il fait notamment venir toutes les traductions de Dacier et de sa femme [Anne], dont Sarrasin lui avait prĂȘtĂ© plusieurs exemples qui l'avaient satisfaits. Il travaille actuellement Ă  un discours sur la superstition dont le sujet lui a Ă©tĂ© donnĂ© par un habile homme nommĂ© Bos [Baux]. Ils ne voient plus [Paul] L'Escot et JA ne comprend rien Ă  l'humeur du personnage; il doute fort que, comme il le dit, il ne se fasse recevoir l'Ă©tĂ© prochain avec [Jean-Antoine] Fatio qui est en Hollande. Quand JA a achetĂ© le Journal des Sçavans de la bibliothĂšque de [Marc (?)] Viret, le IIIe tome manquait. Puisqu'il est imprimĂ© en Hollande, Gernler pourrait-il le lui procurer de mĂȘme que les thĂšses de Le Blanc de Beaulieu imprimĂ©es Ă  Londres [Theses theologicĂŠ]? Les libraires genevois n'ont en effet rien de cela. Quant au reste, il se consacre aux mathĂ©matiques; il a fait"un petit cours de gĂ©omĂ©trie et commence Ă  mordre un peu d'algĂšbre qu'il trouve plus facile que prĂ©vu. Il poursuit sa lecture de la philosophie de CicĂ©ron et a commencĂ© Arnobe, qui est trĂšs beau et fort; il a d'ailleurs ouĂŻ dire que c'est le plus apprĂ©ciĂ© des PĂšres. Le capitaine [Benjamin] Micheli a fait comme son frĂšre [Marc] et a Ă©pousĂ© une rĂ©fugiĂ©e [Philis] de la famille d'Entragues. Bien des personnes sont mortes depuis un certain temps, et beaucoup d'autres sont dangereusement malades. On a vu Ă  GenĂšve la lettre de Fagel sur le Test. JA la trouve trĂšs judicieuse. Il croit qu'on l'imprimera Ă  GenĂšve [Lettre Ă  J. Stewart]. On parle beaucoup de la rupture de l'Angleterre et de la Hollande; JA la redoute et la considĂšre comme de mauvais augure pour GenĂšve. En effet si ces deux États sont occupĂ©s et l'empereur [LĂ©opold I] aux prises avec les Turcs, rien ne pourra arrĂȘter les desseins que les Français pourraient avoir contre la ville. Il ne peut s'empĂȘcher de trembler, au vu de la conjoncture. On enverra un dĂ©putĂ© [en rĂ©alitĂ© deux, Pierre Gautier et Jean-Jacques De La Rive] Ă  la DiĂšte d'Aarau avant que l'autre [Ami Le Fort] ne revienne de Paris; toutes ces dĂ©putations seront inutiles si la perte de la ville est dĂ©cidĂ©e. On fait sortir de France tous ceux qui n'ont pas signĂ©; plusieurs personnes considĂ©rables de Paris ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es grĂące Ă  cet arrĂȘt. On prĂȘche toujours dans les CĂ©vennes. La veuve [Gabrielle] et les enfants d'[Abraham] Du Quesne [Henri, Isaac, Jacob, Abraham de Monros] ont Ă©tĂ© mal traitĂ©s aprĂšs sa mort. C'est une drĂŽle de façon pour Louis XIV de montrer sa reconnaissance. Un fils cadet de Du Quesne est arrivĂ© Ă  GenĂšve et les a renseignĂ©s sur ces Ă©vĂ©nements; il considĂšre comme miraculeuse la façon dont il a pu s'Ă©chapper. JA fait maintenant de la musique; il a employĂ© l'hiver a Ă©tudier Godeau et le chante maintenant ad aperturam libri. Il trouve l'exercice utile et pourra s'y dĂ©lasser agrĂ©ablement aprĂšs avoir travaillĂ© Ă  des choses exigeant davantage de concentration. À l'heure qu'il est Favon est dĂ©cĂ©dĂ© et JA en est affligĂ©. Le Genevois profite toujours de la compagnie de [Jean-Antoine] Dautun, ne sort pas jusqu'au dĂźner et se consacre aux visites jusqu'Ă  deux ou trois heures; on lui a conseillĂ© d'en faire un peu plus que ce qu'il faisait, car on lui a dit que cela lui servirait autant que l'Ă©tude dans son cabinet. Sa santĂ© est assez bonne. Il a pu Ă©chapper au rhume que toute la ville a attrapĂ©. Il incite Gernler Ă  ne pas trop lire et surtout pas Ă  la chandelle; qu'il n'oublie pas ce qu'elle lui coĂ»te.

Adresse

Leyde


Lieux

Émission

GenĂšve

RĂ©ception

Leyde

Conservation

BĂąle


Cités dans la lettre